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Orpaillage : L’or suce le sang des enfants du Burkina

Il est 9 h quand nous arrivons sur le site de Bantara, village situé à une vingtaine de km de Kampti. Claxons de motos, bruits de moulins écrasant le granite, odeurs de fruits et de viande grillée auxquelles se mélangent par moments des effluves pestilentielles d’eaux usées nous accueillent dans cet univers peu habituel. Devant nous, deux enfants d’environ 13 ans malaxent de la boue de terre contenue dans des bassines. Debout, la main droite tenant une boite pleine d’eau tandis que la main gauche malaxe sans relâche la boue suivant une technique bien maitrisée, à la recherche de pépites d’or. Des gestes mécaniques répétés à longueur de journée, presque sans repos.

Derrière les deux gosses, des cases faites de Seko recouverts par endroits de toiles de fortune. L’humidité y est partout, devant les cases, et à l’intérieur par endroits.

Dans ces  »entrer coucher », des morceaux de cartons servant de couchettes tapissent le sol. Attirés par l’humidité, les moustiques y ont élu domicile et font manifestement des ravages à en croire l’infirmier Zida, chef de poste de Galgouly. Ces enfants sont aussi exposés aux risques de blessures sur les machines. C’est le cas de cet enfant qui a vu ses doigts arrachés par la courroie d’un moulin. D’autres enfants travaillent sur la roche sortie des puits. Avec les mortiers fabriqués avec du matériel de récupération, ils pilent la roche et avalent de la poussière à longueur de journée. Ils n’ont ni cache-nez ni lunettes de protection et souffrent de maux de poitrine, de douleurs aux épaules, de plaies sur les paumes. Ils ont le rhume et toussent fréquemment.
On dénombre une cinquantaine de sites fonctionnels dans le Sud-Ouest. Selon une étude menée en août 2010, près de 2013 enfants sont présents dans seulement 16 sites couverts par l’enquête. Les enfants sont utilisés aussi dans le creusage des puits de profondeur variable et reliés par des galeries .Le risque d’éboulement y est très élevé. Ils sont dépourvus de système de ventilation et on y descend à l’aide d’une corde attachée du dehors à un piquet de fer coincé entre des sacs de terre superposés. La vie des orpailleurs se déroule dans cet univers à risques : la nourriture leur est envoyée à l’aide de cette corde. Ils travaillent accroupis avec pioches et barres de fer et une torche fixée au front, ils morcellent les roches avant de les envoyer à l’extérieur par la même corde. Pour communiquer avec l’extérieur, on transmet le message par personne interposée de manière verticale. Dans ces galeries, on peut passer deux jours sans voir le jour. A 40m de profondeur dans le sous sol d’une colline, on y a creusé une galerie d’une largeur de 60 m appelée Hong Kong qui sert de restaurant et de dortoir.

Le travail dans les galeries est ardu. Il se fait au péril de la vie. Les activités y sont diversifiées. Il y a ceux qui posent les dynamites, un travail réservé aux plus courageux, dit- on. Celles-ci sont placées entre les trous des roches et reliées entre elles par des fils inflammables sur le long de la roche à faire sauter. Entre la mise à feu et la déflagration, le temps estimé est de 5 minutes. C’est le temps dont dispose l’artificier pour se projeter hors du trou et s’en éloigner.

Les sites d’orpaillage sont de hauts lieux de la prostitution. Des filles mineures y exercent de petits métiers, mais elles sont en réalité des racoleuses.

Les rapports sont négociés au double, voire au triple des tarifs ordinaires. Ces mineures baptisées  » crudités  » sont très recherchées. Quand le rapport est accompli dès que l’orpailleur sort du trou, il est considéré comme porte-bonheur. C’est pourquoi ces petites sont très prisées. Certaines mineures en grossesse que nous avons rencontrées sur les sites ont quitté fraichement la classe de CM2. L’une d’elle nous a confié qu’elle est venue aider sa grande sœur à laver l’or. Et elle dit avoir voulu en profiter pour gagner quelque sous pour ses frais de scolarité pour la classe de sixième. Mal lui en a pris, parce que dès son coup d’essai, la malheureuse s’est retrouvée en grossesse.

L’impact de l’or sur le système éducatif des villages riverains est assez révélateur des dangers encourus.

Entourée par quatre sites d’orpaillage, la circonscription d’éducation de base de Kampti 1 en a subit les
effets négatifs. De 2010 à 2011, soit en une seule année, 596 élèves (269 filles et 327 garçons) ont abandonné l’école pour rejoindre les sites. Soit un taux d’abandon de 14,19%. 45,97% de ces élèves qui ont abandonné l’école sont issus des classes de CE et CM dont l’âge moyen est de 11ans. En plus de cela, on note la fermeture des centres d’alphabétisation qui sont passés de 17 la campagne précédente à 11 aujourd’hui. Hormis cela, il y a des enfants qui font la navette entre l’école et les sites. Ces élèves exténués par le travail des mines ne sont plus en capacité de suivre les cours. Une véritable catastrophe.

Un programme pour occuper les enfants

Que faire des enfants en bas âge qui vivent avec leurs parents orpailleurs ? Dans cet environnement de désordre, les enfants sont exposés en permanence aux dangers. Il n’est pas rare de voir des enfants s’amuser avec des bouteilles ou des bidons récupérés dans des poubelles contenant de l’urine. En plus des nuisances dues aux bruits des machines, il y a celles venant des vidéos clubs munis de hauts parleurs. Les films y sont projetés à n’importe quel moment devant un public indiscriminé. L’Unicef et Plan Burkina ont mis en œuvre un programme d’occupation des enfants comprenant des espaces de jeux et de distractions.

Malheureusement, la communauté n’est pas organisée dans le sens de s’approprier ce programme afin d’en renforcer la convivialité.
L’initiative est assez limitée dans sa couverture des sites. Il se pose aussi un problème de salubrité et de vétusté des infrastructures d’accueil. Avec l’harmattan, on a pu mesurer les risques d’incendies avec la proximité des herbes des concessions faites de paille et aussi des tentes inflammables.

L’utilisation des enfants dans des travaux dangereux est défendu par l’article5 du code de travail et est aussi puni par le code pénal. Ces dispositions ne sont guère respectées dans les sites d’orpaillage. Au Palais de justice de Gaoua, les affaires portant sur l’exploitation des enfants sont quasi inexistantes. Les quelques rares cas qui ont été jugés ont été sanctionnées par des condamnations avec sursis. Pourtant, dans les sites, les enfants souffrent dans une indifférence générale. Ils sont exposés à la drogue, et à la violence des films vidéo, mais aussi à diverses maladies. Il est temps d’aller au secours de ces pauvres cherubins n

Ollo Daniel Palé

Collaborateur

L’Evènement

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