Le système d’exploitation de Microsoft, Windows Mobile, va devenir « la principale plate-forme de Nokia dans les smartphones ». Le titre du Finlandais chute en Bourse.
« Nous sommes sur une plate-forme en feu », avait diagnostiqué Stephen Elop, le patron de Nokia depuis six mois. Et pour se sauver, le géant finlandais a décidé de sauter dans les bras de… Microsoft. Le numéro un mondial des téléphones mobiles a annoncé ce vendredi, lors d’une journée d’investisseurs très attendue et à la veille du MWC, la grand messe des télécoms à Barcelone, qu’il s’alliait au géant américain du logiciel. Objectif ? Rattraper son retard dans les « smartphones », segment à la croissance exponentielle dominé par l’iPhone d’Apple, le BlackBerry de RIM et les téléphones sous Android de Google.
Nokia noue un « large partenariat stratégique avec Microsoft pour bâtir un nouvel écosystème mobile mondial », précise le Finlandais dans un communiqué. Nokia et Microsoft ont «des actifs hautement complémentaires» et leur partenariat «vise des produits différents et innovants avec une gamme de produits, une pénétration géographique, et une identité de marque sans rivales». Windows Phone, le système d’exploitation (OS) du groupe américain, sera « utilisé comme la principale plate-forme de Nokia dans les smartphones ». Exit donc les deux systèmes maison. Enfin, presque, car Symbian sera tout de même conservé, et Nokia prévoit toujours de lancer cette année des produits équipés de MeeGo, développé avec Intel.
Cultures communes
C’est un virage majeur pour Nokia, qui a très longtemps défendu l’option d’un OS développé en interne. Mais son handicap dans les « smartphones » est désormais trop lourd, plombant ses performances -sa part de marché mondial a chuté de 36,4 % en 2009 à 28,9 % en 2010 selon Gartner-, et le nouveau venu Stephen Elop avait clairement laissé entendre ces derniers jours qu’il était urgent désormais d’être pragmatique. Il faudrait bien se résigner à se convertir à un système d’exploitation concurrent pour profiter de son écosystème. Un point qui englobe « le terminal, les logiciels, les développeurs, les applications, le commerce électroniques, la publicité, les réseaux sociaux… », avait-il détaillé dans une lettre envoyée à certains cadres du groupe, dévoilée par le site Engadget.
Restait à savoir lequel, d’Android de Google, ou de Windows Mobile de Microsoft, Nokia allait choisir. Android, en plein boom, présente l’énorme avantage de la gratuité. Mais Microsoft est, comme le Finlandais, une grande puissance qui cherche à prendre sa revanche dans les « smartphones ». Et Stephen Elop, le patron de Nokia, est un transfuge du groupe américain. Une possible alliance avec Microsoft était donc l’un des scénarios les plus fréquemment évoqués par les analystes pour le changement de cap de Nokia…
Problème de calendrier
Un scénario qui, bien que prévisible, a cependant déplu au marché : le titre Nokia, en hausse de près de 4 % hier, a chuté de près de 10 % vendredi matin après l’annonce à Helsinki. Les premières analyses des observateurs du marché sont très dures : « Ma première pensée est de vendre les titres Nokia parce que Nokia vient de s’offrir gratuitement, et Google et Apple n’ont plus qu’à cheminer en riant vers un duopole », commente sèchement Neil Campling, analyste chez Aviate Global LLP à Londres, cité par l’agence Bloomberg. « La vraie inconnue ici est le calendrier », juge pour sa part Michael Schroeder, analyste chez FIM Bank à Helsinki. « Nokia dit que 2011 et 2012 sont des années de transition, et personne ne sait où seront les concurrents de Nokia d’ici là. Nokia ne peut rien faire pour freiner leur innovation ».
Stephen Elop avait aussi blâmé, dans le courrier adressé à ses cadres, « notre attitude en interne ». Le groupe a annoncé aujourd’hui des changements, avec le départ d’un cadre dirigeant et l’arrivée de quatre nouveaux noms dans la direction. Il a également prévenu que des emplois seront supprimés à travers le monde, mais « il n’y a pas encore de chiffres spécifiques en la matière », a précisé Stephen Elop.
CLÉMENCE DUNAND
Les Echos




