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Métiers de la recherche Comment faire la place aux jeunes

On n’y pense pas souvent, mais la recherche est un métier comme les autres. Mais comme il n’intéresse qu’une infime partie de la population, il n’a pas toujours fait l’objet de préoccupation. Néanmoins avec l’évolution du taux de scolarisation, une masse critique de personne se retrouve dans ce corps de métiers et le problème de l’emploi et de la carrière commence à s’y poser aussi. Le chercheur qui est en général un super diplômé, n’est plus à l’abri de l’angoisse de la recherche du job.

La crise a atteint le domaine de la recherche à mesure que la demande prend de l’ampleur. Les instituts qui se sont toujours occupés des questions de recherche, sont restés pratiquement les mêmes depuis le milieu des années 1970. L’Agriculture reste encore largement, la principale pourvoyeuse d’emplois dans la recherche. Pendant longtemps, les diplômés de l’Institut supérieur Polytechnique (ISP), les ingénieurs du développement rural en agronomie, élevage ou en Eaux et forêt trouvaient directement à s’employer, comme fonctionnaire, au CNRST.

A partir des années 1990, le PAS passe aussi dans la recherche et y introduit la précarité de l’emploi. Avec les programmes d’ajustement structurels, les partenaires techniques et financiers à travers divers projets inondent la recherche de l’argent mais précarisent paradoxalement le statut du chercheur. C’est l’époque de la contractualisation des emplois. Un changement de statut qui limite grandement les possibilités d’évolution dans la carrière. Pourtant, le personnel de la recherche n’était pas particulièrement pléthorique. Le principal domaine d’intérêt de la recherche burkinabè, la recherche agricole, comptait seulement, toutes institutions confondues moins d’une trentaine de chercheurs de haut niveau ( Stads et Boro, 2004).

Comment promouvoir les jeunes chercheurs

A priori, il y a un grand besoin du personnel de recherche, mais en même temps et paradoxalement, les jeunes chercheurs trouvent difficilement les conditions d’emplois favorables à leur plein épanouissement. C’est pourquoi une réflexion menée en 2006 à Dakar abouti à la mise en place du projet « améliorer l’intégration des jeunes chercheurs africains dans les systèmes de recherche et d’innovation pour accroître leurs performances au service du développement ». Ce projet est d’autant important qu’il a été reconnu dans divers fora, dont le Plan d’action de Lagos en 1980 que « la production des connaissances scientifiques, technologiques et des innovations » constitue un « tremplin incontournable du développement socio-économique du continent ».
Ce projet consacré à la valorisation et à l’intégration des jeunes chercheurs est mise en œuvre au Burkina Faso, un des pays parti au projet, qui dispose de chercheurs confirmés pour conseiller les jeunes chercheurs. L’équipe de projet au Burkina coordonnée par Dr Karidia Sanon est justement encadrée par le professeur Taladidia Thiombiano, mentor de la recherche, connu pour l’excellence de ses travaux et qui dirige le CEDRES, une des institutions de recherche la plus sérieuse et la plus capée.
L’équipe du Burkina Faso poursuit trois objectifs spécifiques dont la finalité est de permettre de diagnostiquer les facteurs qui empêchent l’insertion des jeunes chercheurs, de fournir des éléments d’aide à la décision pouvant stimuler l’insertion des jeunes chercheurs et d’explorer les systèmes d’auto organisation des jeunes chercheurs afin de faciliter leur insertion dans les institutions de recherche et d’innovation publiques ou privées ou d’en créer eux-mêmes.

C’est quoi un jeune chercheur ?

La définition est relativement dynamique et ne tient pas compte de l’âge forcément. Dans l’entendement du projet, jeune chercheur est « un jeune scientifique ayant obtenu une maîtrise, préparant une thèse ou titulaire d’un doctorat se trouvant au début de leur carrière professionnelle ». Cette définition embrasse large et n’est pas exempte de critique. Les sénégalais par exemple auraient une définition plus restrictive de la notion de chercheur qui est attestée par la possession du doctorat. D’où cette question du professeur Taladidia Thiombiano « que faire de ceux qui font la recherche dans les villages et dans nos contrées » ?

Ce projet sur la promotion des jeunes chercheurs permet aussi de faire une radioscopie plus ou moins parfaite de la situation de la recherche au Burkina Faso. En ce qui concerne les domaines de recherche, la biotechnologie est celle qui concentre le plus de chercheurs. Suivent dans l’ordre les sciences de la santé (médecine et pharmacie) et l’économie agricole et les ressources naturelles. Par contre le nombre de diplômés aptes à la recherche est inversement proportionnel. Il y a plus de diplômés 3e cycle (ingénieur, DEA, DESS, Doctorat) dans les sciences de la santé que dans les biotechnologie (CEDRES document de travail 2011).

En ce qui concerne le niveau de qualification ou de diplôme, la répartition est la suivante sur un total de 3925 cadres supérieurs formés dans les filières scientifiques pouvant donner accès aux métiers de recherche: les titulaires de la maîtrise représentent 54%, les titulaires de doctorat 27% et les ingénieurs 10%.

Pour ce qui concerne les questions de genre, les femmes restent encore relativement sous représentées. Dans la principale filière de recherche, dans la biotechnologie, sur la décennie 2000-2009 les femmes représentent 17% seulement des diplômés en maîtrises qui y exercent. Par contre les femmes sont mieux représentées dans les strates supérieures du DEA, elles seraient 32% des diplômés. Au niveau du doctorat cependant, les tendances traditionnelles reprennent leur droit, avec moins de femmes. Dans les autres domaines de recherche, l’effectif des femmes chercheuses reste très faible
Autre aspect important, les données en rapport avec l’accès des jeunes aux métiers de la recherche. Les données sont les suivantes?: le personnel actuel est vieillissant. La plupart des chercheurs actuels du CNRST qui ont un statut de fonctionnaire ont été intégrés en 1985 (CEDRES 2011).

Les jeunes chercheurs n’ont pas accès directement aux emplois de recherche plus sécurisés. La fonction publique recrute d’avantage les titulaires de doctorat, 58% du personnel chercheur et enseignant chercheur. Les ingénieurs sont très peu recrutés environ 4% des effectifs sur la période 2000-2009 (CEDRES 2011). Dans leur grande majorité les jeunes chercheurs commencent avec un CDD (contrat à durée déterminée). La précarité serait encore plus grande pour les femmes. Sur les CDD dans la recherche elles représenteraient 53%, c’est-à-dire plus d’un précaire sur deux dans la recherche est une femme.
Ce projet qui doit permettre une bonne employabilité des jeunes chercheurs est actuellement dans sa phase de croisière et est soutenu par le CRDI. Les activités programmées pour cette première phase devraient s’achever en décembre 2012 par l’édition d’un ouvrage scientifique. Si les femmes sont sous représentées en effectif, elles sont par contre qualitativement mieux loties, puisque le projet est coordonné par une femme, Dr Karidia Sanon. C’est une bonne consolation, puisqu’elle montre un réel leadership qui pourrait rejaillir sur le quantitatif .

Newton Ahmed BARRY

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