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Marché des tubercules : Un secteur en panne

Les tubercules, autrefois destinés à l’autoconsommation des producteurs, ont acquis aujourd’hui une valeur marchande notable. Malheureusement, au lieu que leur production s’accroisse, ce sont plutôt les difficultés qui s’amplifient dans leur circuit de commercialisation. Igname, patate douce, et pomme de terre sont en passe de devenir des aliments festifs tant leurs prix sur le marché sont exorbitants. Avec les caprices de la pluviométrie cette année, toutes les raisons justifient la flambée des prix de ces produits bien connus des Ouagalais.

Nous sommes à Guélwongo-Yaar, un petit marché rattaché au marché Sankar-Yaaré ce jeudi 24 novembre 2011. Malgré le pessimisme ambiant des commerçants, on note une affluence remarquable. Les tubercules, bien que rares dans ce milieu, procurent des capitaux substantiels pour ceux qui s’adonnent à leur commercialisation. Parmi la chaîne de commercialisation, on a des producteurs qui sont dans le groupe des producteurs-vendeurs. Il y a les grossistes qui achètent les tubercules, notamment l’igname et la patate douce auprès des producteurs et un autre groupe non négligeable qui exerce dans ce marché. Eux ce sont les transporteurs. Ce sont eux qui assurent, à l’aide des moyens de transport variés, le transport des marchandises. Les allées du yaar sont bondées en ce jour 24 novembre. Les transporteurs provoquent un encombrement difficile à gérer avec la petitesse de ce marché. Mais les détaillants, pour leur part, arrivent à se frayer une bonne place dans cette masse compacte.

Des petits détaillants installés par-ci, par-là, interpellent les clients. Ce sont en fait, des commerçants qui revendent les tubercules par unité de mesure. Les prix vont à partir de 200 F CFA en montant pour les patates douces, la pomme de terre est à 600 F CFA le Kg, l’igname quant à elle est sans unité de mesure. Il se négocie en fonction de sa taille. Dans le marchandage, ce ne sont pas toujours les consommateurs finaux qui se taillent la bonne part. «  La réalité est que ce secteur est tellement informel au point que chacun fixe ses prix souvent en fonction de ses humeurs  », confie un étalagiste installé non loin de là. Mais en ce qui concerne la pomme de terre, le circuit semble plus structuré, surtout à l’approche des fêtes. «  On dirait que les commerçants se sont mis d’accord pour nous escroquer.  », se plaint Honoré Traoré au marché Laafi-Yaar.

Un marché dépendant de l’étranger

D’aucuns pensent qu’il y a de l’anarchie dans le commerce des tubercules et qu’il faut nécessairement fixer une marge à ne pas dépasser. Mais les commerçants n’apprécient pas de telles critiques. Le transporteur d’ignames, Moussa Bandé de Laafi-Yaar est convaincu que tant qu’il continuera d’assurer le transport de ses ignames, personne ne peut lui imposer leur prix de vente même pas l’Etat. Il ajoute  : «  Je vais jusqu’au Ghana pour apporter l’igname, et vous pensez que je vais le vendre à perte sous prétexte que l’Etat va contrôler les prix ? »

Autre difficulté évoquée, il s’agit de la conservation assez délicate des tubercules. Avec la pomme de terre, qui vient de la Hollande par exemple, la question se pose avec acuité. Responsable de nombreux charretiers dans la ville de Ouagadougou, le commerçant Jonas Pacodé doit acheminer ses pommes de terre par conteneurs de la Hollande jusqu’à Ouagadougou. Sans compter le transport, il se soucie de l’état de sa marchandise  : «  Avant même la mise en vente, la pomme de terre nous arrive souvent pourrie.  », révèle-t-il. Ses employés relèvent également un autre problème, non moins grave. «  Lorsque l’on est charretier à Ouaga, tout peut arriver. Si ce n’est pas les agents des impôts qui nous traquent, ce sont les hommes de Simon (NDLR  : les policiers municipaux) qui n’hésitent pas à saisir nos marchandises. Et que voulez-vous  ? Tout cela se répercute sur le prix de nos produits. Nous aussi, nous ne cherchons que notre pain quotidien  », confie un jeune charretier, rencontré aux environs de l’aéroport international de Ouagadougou.

Les consommateurs le ressentent dans leurs plats quotidiens. Le marché des tubercules est pauvre à un moment où les céréales se raréfient, pourtant la demande des Ouagalais ne fait que s’accroître.

Elodie TAPSOBA

Germaine TECKA

Sidwaya

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