C’est finalement le vendredi 28 mai passé, aux environs de 18h, que le réseau de l’opérateur TELECEL FASO a été rétabli. Soit cinq (5) jours après sa suspension par l’ARCE. L’Autorité de régulation des télécommunications électroniques avait ainsi mis sa menace en exécution. La raison en est que l’entreprise, actuellement propriété d’un certain Apollinaire Compaoré, n’avait pas, jusqu’à la date butoir du 24 mai 2010, payé à l’État la somme de 26 330 270 000 francs représentant la redevance pour le renouvellement de sa licence. TELECEL a fini par plier, à la suite de sa concurrente Zain. Mais comment ? Retour sur les tractations houleuses entre TELECEL et l’ARCE.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que TELECEL a eu très chaud dans le bras de fer qui l’a opposé récemment à l’État burkinabè. Aujourd’hui le réseau est rétabli et officiellement l’opérateur s’est acquitté de ses obligations pour le renouvellement de sa licence. Mais au juste, a-t-il payé à ce jour la totalité des 26 milliards 330 270 000 francs CFA requis ou a-t-il obtenu un compromis avec d’autres échéances de paiement ? On ne pourra pas encore répondre exactement à cette interrogation. Aucune pièce comptable publiée n’apporte la preuve d’une ou l’autre de ces éventualités. Cependant on peut affirmer que l’État a été jusqu’au bout assez intransigeant sur sa volonté de recouvrer ses fonds. Pour une fois devant un puissant ou un supposé comme tel, le gouvernement du Premier Ministre Tertius Zongo a été ferme. Il n’a pas badiné avec une entreprise majeure de l’échiquier économique national. On ne nous a pas servi, comme c’est le cas très souvent, ce que beaucoup appellent le « hoba – hoba ». On peut dire bravo et reconnaître le courage du DG de l’ARCE, le désormais bien connu Mathurin Bako, qui du coup a aussi réussi à bien faire connaître sa structure au grand public. Si cette même rigueur de l’État pouvait s’appliquer vite aux sociétés d’exploitation des mines d’or, ce serait un gros soulagement pour tous. Il n’y avait pas beaucoup d’issues pour TELECEL. Pendant une grande partie du long processus de négociation, la seule option qui lui était offerte était de « payer tout ici et maintenant ». Et TELECEL ne pouvait pas accéder à cette exigence parce que visiblement elle n’avait pas de l’argent frais. Quand bien même l’État avait accepté entretemps de fléchir légèrement, TELECEL a toujours trouvé la chose loin de sa portée. En retour, il a successivement fait à l’État plusieurs propositions plus tendres. Lesquelles propositions n’ont pas été acceptées par la partie étatique jusqu’à la date du 27 mai, à partir de laquelle nous n’avions plus eu d’échos.
À TELECEL il n’y a pas d’argent !
TELECEL savait bien depuis un certain temps qu’elle devait payer le renouvellement de sa licence. Et jusqu’à la date butoir du 24 mai 2010, malgré les multiples rappels publics de l’ARCE, ses responsables n’ont pas pu ni trouver la totalité des plus de 26 milliards de francs, ni encore parvenir à réunir une partie de la somme qui satisfasse l’État. La société a révélé, aux yeux de tous, ses difficultés financières particulières. Sa concurrente Zain (Celtel SA) sur qui courrait également un ultimatum n’a pas attendu de perdre le réseau avant de s’exécuter ; ou du moins de trouver un terrain d’entente avec l’ARCE. L’opérateur Zain avait jusqu’au 29 mai 2010 pour payer sa dette. Ayant pu s’apercevoir que la menace était sérieuse du côté de l’ARCE, ses responsables ont vite accouru pour se mettre à jour. Un communiqué puis un point de presse de l’ARCE avait annoncé la nouvelle qui est venue dissiper les inquiétudes des abonnés du réseau. Au même moment, du côté de celui dont le slogan est d’« Offrir plus… », sans précision, on était déjà en train de servir la désolation à 75 000 abonnés. TELECEL FASO était hors réseau parce qu’elle n’a pas payé sa redevance et n’avait pas pu parvenir à un consensus dans les négociations avec l’État. Toutes les propositions intermédiaires qu’elle a faites ont été refusées. Les négociations avaient commencé avant la suspension du réseau. Selon des informations de bonnes sources, l’État, après avoir exigé la totalité de l’argent, avait entretemps concédé un règlement en deux tranches. Il demandait que TELECEL paie 15 milliards avant le 24 mai, date d’expiration de la licence et le reliquat de 11 330 270 000 au plus tard le 30 septembre 2010. Que nenni. Même avec ça, TELECEL ne pouvait pas. En réalité, le problème était visiblement que TELECEL ne pouvait pas réunir 15 milliards avant le 24 mai. Car on verra dans une de ses propositions, la dernière avant la suspension du réseau, qu’elle était prêt à éponger le crédit avant le 30 septembre 2010 souhaité par l’Etat. Les propositions de TELECEL FASO avant la suspension étaient tour à tour les suivantes :
– 6 milliards avant le 24 mai 2010 et les 20 milliards étalés sur quatre ans ;
– 10 milliards avant le 24 mai et les 16 milliards étalés sur deux ans ;
– 4 milliards avant le 24 mai 2010, 11 milliards avant le 29 mai 2010 et le restant avant fin septembre 2010.
Aucune de ces propositions n’a eu l’approbation de l’État. Du moins, jusqu’à la date du 27 mai à partir de laquelle plus rien n’a filtré des négociations qui se poursuivaient. On peut penser que lorsque le réseau a été coupé, TELECEL a dû consentir à rejoindre rapidement la position de l’ARCE ou bien que c’est plutôt l’ARCE qui a dû encore lâcher du lest. On ne sait donc pas jusque là si c’est la satisfaction totale ou si c’est le compromis avec un règlement partiel. Dans tous les cas TELECEL est revenue pour 10 ans. Cela a été dit dans un communiqué officiel.
TELECEL est revenue mais avec quel sérieux ?
Depuis le 28 mai dernier aux environs de 18 h, les abonnés de TELECEL sont de nouveau joignables. La société est parvenue à se conformer aux obligations de l’ARCE et à se mettre sur la même longueur d’onde que les autres opérateurs. Mais il est indéniable que dans la récente bataille, elle a laissé des plumes. Comment va-t-elle pouvoir se relever de cela, et puis dégager une marge de manœuvre pour régler sa prochaine note en 2020 ? TELECEL aura-t-elle de l’argent pour s’engager dans les reformes incluses dans le nouveau cahier de charges (le téléphone fixe et l’internet) ? Ce sont des grosses questions à ne pas négliger. Y aura- t-il une banque pour prêter de l’argent à Apollinaire Compaoré ? Il a des antécédents qui ne lui sont pas très favorables dans cette perspective. Sur qui TELECEL FASO veut s’appuyer pour se relever ? Le public ? Ses abonnés ? C’est bien possible. D’où la vigilance à observer par chaque abonné, par les organisations de défense des consommateurs et même par l’ARCE. TELECEL, pour son retour, vient de lancer une campagne de séduction à travers laquelle elle cherche à se racheter. Crédits de communication gratuits, bonus sur les cartes de recharges, baisses sur le coût des appels et des produits et services font partie de ses charmes. Ce n’est pas mal, il faut l’avouer. D’ailleurs, au jour d’aujourd’hui c’est à peu près comme cela que devraient être les réalités de la téléphonie mobile au Burkina. Dans les autres pays, c’est encore mieux. Les deux autres réseaux devront suivre le pas de TELECEL qui a du mérite sur ce point. Mais attention ! Il faut qu’elle soit sincère jusqu’au bout. Derrière la campagne promotionnelle d’apparence avantageuse pourrait se cacher des pièges, des attrape-nigauds dans le but d’amasser rapidement de l’argent pour colmater les brèches ouvertes par la suspension. Du coup ce sont les consommateurs qui seront abusivement sollicités pour la relever. Alors il faut rester éveillé pour éviter l’arnaque. Pas de coupures inappropriées des crédits qu’on donne. Respecter les temps des appels. Faire en sorte que le réseau soit stable car il y a bien des moments où les appels ne passent pas.
Sociétés irrespectueuses : encore un cas !
Décidément, c’est rare au Burkina les directeurs de société ou des responsables qui ont vraiment du respect pour le public ou pour les consommateurs. Ce public qui constitue pourtant et très souvent la raison d’être de leur société. Que ce soit parmi les sociétés publiques, suivez mon regard, ou dans le privé, il y a des responsables qui n’ont pas encore fait leurs les règles de l’humilité et du respect de la théorie des Relations publiques. « Que celui qui n’aime pas, fasse ce qu’il veut », semblent-ils dire à travers leurs comportements. L’on aura remarqué qu’aucun responsable de TELECEL FASO n’a daigné jusque là sortir pour présenter des excuses au public. Pourtant ils sont conscients des désagréments qui ont été causés. Là c’est très sérieux et un message envoyé sur le portable de chaque abonné pour présenter des excuses n’est pas suffisant. Au-delà des abonnés, c’est l’ensemble de la population qui a souffert de cette coupure. Même avec son téléphone qui marche, comment fallait-il faire pour joindre un correspondant dont on ne connaît de coordonnées que sur TELECEL. Ce cas raconté par notre confrère L’Observateur Paalga concernant un homme est pathétique. Arrivé à Ouagadougou en provenance de la Côte d’Ivoire, il ne connaissait personne et n’avait pour seule référence que le numéro TELECEL de son parent au moment où le réseau a été coupé. À ce monsieur, TELECEL doit des excuses. Et comment ? Quand on les veut très sérieuses, ça ne saurait se faire simplement à travers un message lancé sur un spot audiovisuel ou inséré dans un journal. Ce n’est pas aussi un « perroquet », fut-il sa mascotte, qu’on doit envoyer pour « demander mille fois pardon ». Ce n’est pas à ce pauvre « Télo » de se présenter à la place des responsables de TELECEL FASO. Il serait également illusoire de penser que distribuer des « bonus » est suffisant pour se faire absoudre. TELECEL a encore de la chance car on n’est plus totalement dans cette société de valeurs avec des hommes qui peuvent refuser un don quand la manière n’y est pas. Dans le cas contraire TELECEL regretterait cette impertinence. Ça pourrait toujours l’être si la Ligue des Consommateurs poursuivait son action. Elle qui entend mener une action judiciaire.
Samba Bila
Source : independant.bf




