L’actualité de ces derniers jours a été marquée par le renouvellement des licences des opérateurs de téléphonie mobile avec des fortunes diverses. Pendant que les uns se vantaient d’avoir réussi leur passage du coup, d’autres ont dû faire un “second tour”.
Pour les consommateurs, les conséquences ont été grandes. En attendant que ceux dont le réseau a été mis sous scellés -faute de non-paiement de la redevance- s’expliquent clairement devant leurs clients, on retiendra que les technologies de l’information et de la communication sont entrées dans le quotidien des Burkinabè. Jamais rupture de service n’a donné lieu à un intérêt si élevé de la part de l’opinion.
En effet, les délestages de la Sonabel, bien qu’ayant des impacts négatifs sur la vie des Simonvillois, n’ont pas donné lieu à autant de levée de boucliers. Pour la téléphonie mobile, les associations de consommateurs sont même en train de s’organiser pour donner éventuellement une suite judiciaire à l’affaire. Précisément pour Telecel Faso – qui est resté hors réseau pendant cinq jours -, la Ligue des consommateurs du Burkina entend recenser les dommages subis par les clients afin d’ester en justice.
On se demande comment on a pu en arriver à cette situation regrettable pour les consommateurs. Certes, le renouvellement des licences est une première pour le Burkina, mais cela ne suffit pas à justifier un tel tâtonnement. A en croire le gouvernement et l’Autorité de régulation des communications électroniques, le processus actuel est contenu dans la loi qui régit les communications électroniques au Faso. Une façon de dire que les opérateurs n’ont pas été surpris ni par les délais ni par les conditions de renouvellement des licences.
Une des pistes qui se dégage pour expliquer la situation est celle de la mentalité au Faso. Avec la morale qui agonise au pays des Hommes intègres, tout le monde pense pouvoir contourner la loi. Ainsi, certains opérateurs n’auraient pas accordé le sérieux qu’il fallait à la menace du régulateur, étant convaincus qu’il leur serait possible d’utiliser leurs relations haut placées. La fatwa qui a frappé Telecel vient du fait qu’il était le premier opérateur à être concerné par le renouvellement. Les autres étaient-ils prêts à verser spontanément le montant exigé au Trésor public? C’est en partie ce qui explique la fermeté affichée par Mathurin Bako et son équipe qui ont dû agir avec la bénédiction du gouvernement et surtout du Premier ministre. En tout cas, l’Etat a clairement affiché son intention d’encaisser ces quelque 26 milliards sans faire la moindre faveur à qui que ce soit. On annonce ainsi qu’après que Telecel et Celtel se furent acquittés de leurs redevances, c’est Telmob qui est maintenant dans la ligne de mire du régulateur. Si pour l’instant il n’y a pas de date connue au-delà de laquelle le réseau de l’opérateur historique sera désactivé, la pression est néanmoins très forte pour que le renouvellement se fasse dans les prochains jours.
L’intransigeance du gouvernement prouve que le secteur des communications électroniques a pris de la faveur depuis l’attribution de plusieurs licences. A défaut de pouvoir contraindre les opérateurs à baisser conséquemment les prix des communications -parce que ceux-ci se fixent librement selon la loi-, l’Etat lancera bientôt un avis d’appel d’offres pour l’attribution d’une quatrième licence que les Burkinabè attendent avec impatience. L’espoir des consommateurs repose sur ce nouvel opérateur afin que, par le jeu de la concurrence, les tarifs de communications au Faso soient au même niveau que ceux des pays de la sous-région. La bataille sera alors rude entre opérateurs pour garder le maximum de clients. Ce n’est pas pour rien que, pour se faire pardonner, Telecel a fait un geste à sa clientèle en début de semaine.
A. Igo
Source : journaldujeudi.com




