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« Les francophones représentent 17% des banques africaines mais 6% des revenus »

Chargé par la First Bank of Nigeria de créer sa filiale française, qu’il dirige depuis, Frédéric Le Bourgeois est un habitué du paysage bancaire africain, qu’il fréquente depuis dix ans. En Afrique de l’Ouest, il note un déséquilibre entre le nombre d’établissements et leur poids dans l’économie.

Les Afriques : Pourquoi une banque nigériane à Paris ? On l’attendait plutôt du côté de Londres ?

Frédéric Le Bourgeois : La First Bank of Nigeria s’est installée à Londres il y a plus de trente ans maintenant. Elle a su se développer principalement dans le financement des opérations de commerce international entre l’Europe et l’Afrique anglophone. Forte de son succès, il était naturel que la FBN Bank UK décide d’installer en France une succursale pour traiter les opérations pour l’Afrique francophone.


LA : Est-ce que cette implantation s’est traduite par un accroissement du chiffre d’affaires avec la France ?

FLB : Oui, bien sûr, nous avons développé l’activité entre la France et l’Afrique subsaharienne. Nous travaillons actuellement avec dix pays d’Afrique principalement situés en Afrique de l’Ouest, mais aussi en Afrique centrale (RDC) et de l’Est (Ethiopie).

LA : Pourquoi avoir choisi une implantation en Europe plutôt qu’en Afrique, à l’instar d’UBA par exemple ?

FLB : Notre but n’est pas de concurrencer les banques en Afrique, mais de les aider à partir de notre présence en Europe. FBN Bank UK a énormément facilité le développement du commerce entre le Royaume-Uni et l’Afrique anglophone. Notre activité est de permettre aux banques africaines de pouvoir disposer en France d’un partenaire capable de financer leurs opérations de commerce international. Notre expertise de l’Afrique et le fait que nous soyons entièrement dédiés à ce continent nous donnent un vrai avantage de compréhension des particularités de ce marché. Nous sommes devenus ainsi, en moins de trois ans, la banque correspondante de plus de 23 banques de la sous-région. A côté de notre activité de correspondance bancaire, nous participons également à des opérations de financement de projets en partenariat avec elles.

LA : Vous avez personnellement une expérience bancaire africaine. Comment jugez-vous l’évolution du secteur en Afrique ? Quelles sont ses forces, ses faiblesses ?

FLB : Cela fait maintenant plus de dix ans que je travaille avec les banques d’Afrique de l’Ouest. En dix ans, elles ont considérablement évolué, tant au niveau de leur management que de leur structure. Nous avons pu voir émerger une nouvelle génération de cadres africains qui font preuve d’un très grand professionnalisme. Ces cadres ont bénéficié du développement de grands réseaux bancaires panafricains. Ils ont su rendre les banques plus africaines en étant plus proches des besoins des clients.

Nous assistons également à une modification profonde du paysage bancaire, avec l’arrivée en force de deux groupes marocains et de plusieurs banques nigérianes. Si on ajoute à cela quelques initiatives d’entrepreneurs privés africains, on assiste à une augmentation très (trop ?) importante de banques dans la sous-région. Le raisonnement de dire que le taux de bancarisation très faible (de l’ordre de 7%) va augmenter de façon importante et permettre ainsi l’accroissement des besoins bancaires semble ne pas se vérifier. Les marchés deviennent ainsi trop petits pour un nombre de banques trop important, où chaque part de marché fait l’objet de surenchère.

Les banques francophones représentent 17% de l’ensemble des banques africaines, 3% du total de bilan et 6% des revenus, alors que le Nigeria représente 11% du total de bilan des banques et 13% de leur revenus. Il existe donc un déséquilibre entre le nombre d’établissements bancaires et leur poids dans l’économie.



« Une nouvelle génération de cadres africains fait preuve d’un très grand professionnalisme. »


LA : Comment voyez-vous l’évolution du secteur dans les prochaines années ?

FLB : Je pense que nous devrions assister à une concentration naturelle des banques. Les nouvelles exigences de fonds propres minimum militent en faveur de ce scénario. L’accroissement des fonds propres requis va rendre plus difficile un retour sur investissement capable d’intéresser les sociétés de capitaux risques. Est-il sain de demander des ROI proches de 25% à des établissements bancaires ? J’en doute. Les programmes de privatisation vont également se poursuivre. Le désengagement des Etats va se poursuivre, comme au Togo par exemple. Cependant, il serait naturel que certains établissements puissent garder des liens forts avec les Etats.

LA : Comment voyez-vous l’économie africaine ? Son avenir ?

FLB : La croissance démographique de l’Afrique est telle que des institutions comme la FAO établissent que l’Afrique sera en 2050 le deuxième continent le plus peuplé après l’Asie. Sa population devrait doubler d’ici 30 ans. Comment faire de cet accroissement démographique un atout ? C’est la question que devra se poser l’Afrique qui aura à gérer 1,4 milliard de personnes, chose qui n’est pas aisée quand on manque de moyens. Pourtant, après plusieurs décennies de conflits, de stagnation économique, la croissance de l’Afrique, a progressé très vite. Depuis 2000, elle atteint 4,7% en moyenne et a été épargnée par la récession. (+2,1% en 2009). L’Afrique dispose de pays qui connaissent des taux de croissance très importants comme le Nigeria, l’Ethiopie, le Burkina Faso ou le Ghana. La résolution des sorties de crise en Côte d’Ivoire et en Guinée va permettre une accélération de la demande dans la sous-région. C’est pourquoi nous pouvons être optimistes sur la croissance de l’économie, qui devrait se maintenir à au moins 5% par an.

L’intérêt grandissant des investisseurs pour ce continent prouve que le continent africain est devenu attractif, non seulement en termes de chiffres, mais aussi en termes d’image.

Propos recueillis par Chérif Elvalide Sèye

Source : lesafriques.com

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