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Les femmes sont-elles meilleures que les hommes au travail ?

Les femmes sont encore rares aux postes clés. Voici pourquoi les entreprises auraient tout à gagner à leur ouvrir les bras.
Les femmes sont-elles vraiment incapables de lire une carte routière et les hommes de ranger leurs chaussettes ? Et surtout, faut-il croire que les premières sont programmées pour garder le foyer et les seconds pour faire la guerre et partir à la chasse ? Que les femmes viennent de Vénus et les hommes de Mars (ou l’inverse), là n’est pas la question. Nous avons plutôt cherché à établir une série de constats. Aujourd’hui, quelles compétences spécifiques les femmes mettent-elles au service de l’entreprise ? Et dans quelle mesure ces compétences permettent-elles ou non de mieux travailler ? Dans chacun des grands domaines de la vie de bureau que nous avons explorés, nous nous sommes appuyés sur des études scientifiques, dont les résultats fournissent une base de réflexion solide.

Les femmes ont mis plus de quarante ans à conquérir le monde du travail en France

  • 1965. Réforme du régime matrimonial de 1804. Les épouses peuvent ouvrir un compte bancaire et travailler sans l’autorisation de leur mari.
  • 1972. L’égalité de salaire homme-femme garantie par la loi.
Inscrite au code du travail, 
elle est renforcée en 1983
 par la loi Roudy qui interdit la discrimination professionnelle en raison du sexe. Deux ans auparavant était créé par
François Mitterrand l’éphémère ministère des Droits de la femme, disparu en 1986.
  • 1992. Nicole Notat élue secrétaire générale de la CFDT. C’est la première femme à diriger un syndicat de salariés.
  • 2001. Loi Génisson sur l’égalité
professionnelle homme-femme. Comme les deux précédentes, elle peine à être appliquée.
  • 2005. Laurence Parisot au Medef.
Première femme à la tête du patronat français, elle a été réélue en 2010.
  • 2006. Loi sur l’égalité salariale homme-femme. Elle prévoit de supprimer les écarts de rémunérations en 2010.
  • 2011. Christine Lagarde au FMI.
C’est la première femme élue
à la direction générale du Fonds depuis sa création, en 1944.

Efficacité : les femmes ont le sens du détail et respectent les délais

“Par Laure Cailloce,”

Planificatrices nées, les femmes bossent aussi plus vite que les hommes. Leur point faible : la gestion des imprévus.
Les femmes naturellement multitâches ? Cette intuition, qui se vérifie quasi quotidiennement dans la vie de famille, vient
de trouver une confirmation scientifique. Des chercheurs de l’université du Hertfordshire, en Angleterre, ont demandé à
100 personnes d’effectuer plusieurs tâches en huit minutes (résoudre des problèmes de maths, localiser des restaurants sur une carte, retrouver une clé).

Conclusion : les femmes obtiennent de meilleurs résultats que les hommes. Idem dans le monde du travail, comme l’a remarqué Thibaut, commercial dans un grand groupe d’intérim : «Une de nos consultantes en recrutement vient d’installer sur son PC un logiciel de transcription pour pouvoir dicter ses évaluations de candidats pendant qu’elle trie des CV ou répond à ses e-mails. Un homme serait incapable de faire tout ça à la fois !» Mais cette maîtrise du mode multitâche est loin d’être le seul atout des femmes sur le plan de l’organisation…

Méticuleuses en chef. Concrètes et pragmatiques, elles portent une grande attention aux détails. «Elles sont capables de passer du général au particulier et inversement, quand les hommes restent à un niveau global d’analyse», affirme Eléna Fourès, fondatrice du cabinet Idem per Idem. «Je suis partisane du carottage, témoigne Marie Schott, directrice de l’enseigne de lingerie Undiz. Je plonge dans mon sujet pour aller jusqu’au plus petit détail, puis je prends du recul pour avoir une vue d’ensemble.» Aux yeux de Lionel Beaumont, DG d’Aselqo, une structure qui gère des centres d’animation et de loisirs à Orléans, cette différence d’approche comporte bien des avantages : «Lorsque je dois négocier un projet, je demande à ma responsable administrative et financière de m’accompagner. Sa maîtrise techique du dossier rassure nos interlocuteurs, tandis que j’attaque les sujets sous un angle plus politique. Les détails m’ennuient !»

Attention, cependant : l’excès de méticulosité peut se révéler un handicap. «A vouloir tout faire parfaitement, les femmes ont du mal à établir des priorités claires», avertit Michel Barabel, DG du groupe d’études Dever. Ce que Véronique Préaux-Cobti, directrice de Diafora, un cabinet spécialisé sur le sujet de la mixité, répète à l’envi aux femmes qu’elle suit en entreprise : «You have to do the right things instead of doing things right» («Faire ce qu’il faut plutôt que faire bien.»)

A 100% dans l’action. La gestion du temps est l’autre ligne de partage entre les sexes. Les femmes abattent leur boulot plus vite que les hommes et sont obnubilées par le résultat. Elles ne connaissent pas la procrastination – cette tendance à tout remettre au lendemain, chère au monde mas culin. «Quand je travaille, je ne suis pas sur Facebook, lance Marie Schott. Je suis à 100% à ce que je fais, car j’ai aussi besoin de mon temps en dehors du bureau.»

Leur clé pour un meilleur rendement  : se fixer des échéances et s’y tenir. «Quand j’expose une nouvelle mission à mon équipe, mes collaboratrices se concentrent tout de suite sur le plan d’action», raconte Sophie, manager dans une SSII. A l’inverse, Thibaut affirme ne jamais être aussi concentré et efficace que lorsqu’il s’y met à la dernière minute : «Je prends soin de ne pas programmer trop en avance les tâches à effectuer : c’est le meilleur moyen de me planter !»
Ce penchant féminin pour la planification a aussi son revers : la difficulté à gérer avec souplesse les imprévus. «Plus familiers avec le stress et l’urgence, les hommes sont moins déstabilisés par les changements de dernière minute», confirme Michel Barabel. Plus facile, en effet, de voir son organisation chamboulée quand… on n’a pas d’organisation.

Audace : les femmes refusent de 
tout risquer sur un coup de poker

“Ophélie Colas des Francs”

Les femmes sont moins enclines que les hommes à adopter des positions 
hardies. Une prudence qui permet de limiter la casse, mais qui réduit les gains.

La faillite de Lehman Brothers en 2008 se
serait-elle produite si la banque s’était appelée Lehman Sisters ?», s’interrogeait sur son blog Rosabeth Moss Kanter, l’une des profs les plus influentes de Harvard. Les chercheurs de l’université de Cambridge, en Angleterre, ont la réponse : c’est non. En 2009, l’une de leurs études établissait une corrélation entre le taux de testostérone des traders et leur propension à prendre des risques. En clair, l’hormone mâle doperait l’esprit de compétition. Et diminuerait la peur de l’échec, au point d’entraîner, chez les pros de la Bourse, des prises de position particulièrement risquées.

Bien moins soumises à l’action de cette substance, les femmes seraient plus résistantes que les hommes au frisson de la spéculation. «Par prudence, j’ai toujours étalé les ventes de valeurs, témoigne ainsi Solène Irion, analyste financière qui a travaillé comme trader à la Bred pendant dix-huit mois. Je vendais d’abord 40% de la position, puis éventuellement les 60% restants au cours de la journée, en fonction de l’évolution des cours.»
Une attitude avisée, mais moins lucrative. En 2009, un sondage d’Equality and Human Rights sur les rémunérations à la City montrait que les bonus des femmes étaient inférieurs de 80% à ceux des hommes. Plus audacieux, ces messieurs génèrent donc davantage de profits… mais aussi plus de pertes quand 
les choses tournent mal.

Goût du risque : avantage aux hommes

Dans quelques mois, le Plaza Athénée lancera un grand chantier de rénovation des trois immeubles mitoyens qu’il vient d’acquérir avenue Montaigne et dans les rues adjacentes, à Paris. Faut-il fermer l’établissement le temps des travaux ? La question divise le comité exécutif. «Etant donné l’ampleur du chantier et les nuisances produites, je ne prendrais pas le risque de rester ouvert», explique Laurence Bloch, la directrice de l’hôtel. Les quatre hommes qui siègent au comité exécutif (qui comprend aussi quatre femmes) ne partagent pas son point de vue : ils préféreraient, eux, l’option «audacieuse» consistant à maintenir l’établissement ouvert. Pour Laurence Bloch, le désaccord a une allure de déjà-vu : il
y a dix ans, elle faisait preuve de la même frilosité face à une proposition de ses directeurs adjoints… pour finir par admettre qu’ils avaient eu raison.

L’aversion pour le risque est un trait de caractère si récurrent chez les femmes qu’il a été mesuré au cours d’une expérience menée par quatre chercheuses issues de grandes universités américaines. Elles ont imaginé un scénario dans lequel des étudiants devaient choisir d’enga-ger ou non de fortes sommes pour un retour sur investissement incertain. Résultat : 70% des hommes tentaient leur chance contre seulement 48% des femmes. A l’appui de ces chiffres, les chercheuses font valoir que nombre de femmes, lorsqu’elles sont aux commandes, sont moins enclines à mettre en péril l’entreprise et les salariés en tentant des coups de poker, contrairement aux hommes, plus individualistes. «Elles ont un sens du collectif qui leur procure une vision globale, confirme Sandrine Ausset, responsable de la conduite du changement du réseau retail à BNP Paribas. Elles mesurent mieux les conséquences de leurs décisions. En contrepartie, elles ont besoin de plus de temps pour trancher. Conclusion : la présence des hommes est nécessaire pour donner des coups d’accélérateur.»

Prise de décision : égalité hommes-femmes

Prudentes avant d’hypothéquer l’avenir d’une organisation dans son ensemble, les femmes se rattrapent quand elles sont seules concernées. Après avoir interrogé 650 femmes managers, la chercheuse Sylvia Maxfield, de la Simmons School of Management de Boston, a conclu qu’elles étaient aussi audacieuses que leurs homologues masculins quand il s’agissait de gérer leur propre business : 80% des sondées ont ainsi déclaré être prêtes à changer de job ou à se mettre à leur compte en engageant leur patrimoine. Aujourd’hui, en France, 30% des créateurs d’entreprise sont des créatrices. Un chiffre encore faible mais en constante augmentation.

Evelyne Platnic-Cohen est l’une d’entre elles. Cette ex-directrice commerciale chez Vivendi a fait le choix de l’entrepreneuriat en 2001. Consultante indépendante, elle a monté successivement trois sociétés, dont la dernière, Booster Academy, a réalisé 1,8 million d’euros de chiffre d’affaires en 2010. Pour développer son business, Evelyne Platnic-Cohen a toujours refusé de recourir à des financements extérieurs. «L’état d’esprit masculin considère que lever des fonds est une réussite, fait-elle remarquer. Pour moi, cela équivaut à sacrifier des parts de son entreprise. Je préfère gérer en “mère de famille”.»

Une position qui ne surprend pas Pierre-Emmanuel Aubert, business angel et administrateur du réseau France Angels : «Pour obtenir une aide financière, les femmes cherchent plutôt à s’appuyer sur leur famille et leurs amis, ce qui prend du temps. Du coup, les hommes atteignent plus vite la rentabilité.» La politique féminine des petits pas serait-elle en revanche un meilleur gage de survie pour l’entreprise ? Pas vraiment : le taux de pérennité à trois ans des entreprises créées par des femmes est légèrement inférieur (67%) à celui des sociétés créées par des hommes (70%).

Sensibilité : les femmes gèrent mieux leurs émotions et celles des autres

“Anne-Isabelle Six ”

Leur aisance émotionnelle donne aux femmes un surcroît de finesse psychologique. Un atout pour se poser en arbitres.
En affirmant que les femmes sont plus émotives que les hommes, on ne relaie pas seulement une idée reçue . On sous-entend aussi qu’elles sont le jouet de leurs émotions, voire des hystériques en puissance. Une expérience de l’université de Montréal, menée en 2009, a remis les choses à leur place en démontrant que la gent féminine était, en réalité, plus apte à percevoir les émotions d’autrui.

Des neuropsychologues canadiens ont demandé à 46 personnes d’identifier rapidement la peur ou le dégoût sur le visage de deux acteurs. Résultat : les participantes ont répondu plus vite et en commettant moins d’erreurs que les hommes. «Les femmes décryptent le message d’un interlocuteur en analysant autant son contenu que la manière dont il est transmis», confirme la coach Emilie Devienne, auteur des «50 lois des femmes qui réussissent» (L’Archipel). Un talent qui, dans nombre de situations professionnelles, leur permet de mieux tirer leur épingle du jeu.

Pouvoir de conviction : avantage aux femmes

Souvent moins frontales que leurs homologues masculins, les femmes ont davantage à cœur de laisser s’exprimer tous les points de vue sur une question avant de prendre une décision. C’est l’une des conséquences de leur capacité d’écoute. «L’aptitude des femmes à comprendre les situations, et notamment les non-
dits, met leurs interlocuteurs en confiance, observe Jacques Rivoal, directeur de Volkswagen France, dont le patron est une patronne. Elles ont un grand talent pour faire parler autrui : elles n’imposent rien, elle sont simplement dans l’échange.»
Etant
 à l’aise avec les émotions, les femmes permettent aux autres de laisser libre cours à ce qu’ils ressentent. Du coup, elles gagnent en légitimité et créent plus facilement le consensus autour d’elles. «Je décèle très vite les émotions des autres, se félicite Marise Dematté, directrice marketing de l’imprimerie Pure Impression. Ce qui n’est pas le cas de mon frère, avec qui je dirige la société. Lui n’y prête tout simplement pas attention !»

Gestion des conflits : avantage aux femmes

Combien de managers hommes préfèrent se cacher la tête dans le sable plutôt que d’affronter un conflit qu’ils sentent poindre ? Les femmes n’ont pas cette pusillanimité. «Elles savent qu’il est important de réagir dans l’instant plutôt que de laisser la situation s’envenimer et avoir à gérer plus tard un désaccord profond», affirme Armelle Carminati-Rabasse, directrice générale monde pour le capital humain et la diversité d’Accenture.
Là encore, leur leadership «doux» est un atout pour se poser en arbitre. «L’autorité hiérarchique d’une femme est plus agréable à vivre car elle fait passer ses messages avec plus de finesse, de façon moins abrupte», reconnaît Jacques Rivoal. Et lorsque le conflit les concerne directement, elles s’en sortent souvent mieux : «J’arrive à mes fins avec mes armes : la séduction, la diplomatie et la conciliation, note Anne-Sophie Pic, seule femme chef trois étoiles en France. Contrairement à beaucoup d’hommes, je refuse d’en arriver à l’affrontement brutal ou à la situation de rupture.»

Ambition : les femmes n’osent pas assez se mettre en avant pour évoluer

“Marie-Madeleine Sève ”

Les femmes se montrent plus réservées que les hommes pour vanter leurs mérites. Une discrétion qui freine leur ascension.
Martine Moyer ne s’était jamais aventurée à demander une promotion. Jusqu’au jour où son jeune voisin de bureau a été bombardé responsable d’enquête. Estimant qu’elle méritait aussi ce titre, cette ingénieure au service qualité chez Framatome (devenu Areva) a pris son courage à deux mains : elle a débarqué dans le bureau de son patron pour réclamer de monter en grade à son tour. Avec succès. Un coup d’éclat qui lui a permis de faire une belle carrière : Martine Moyer est aujourd’hui directrice de programme chez Morpho (groupe Safran). Mais l’ascension n’a pas été facile, surtout dans le milieu plutôt masculin du nucléaire et de l’aéronautique. «Le principal obstacle à mon évolution a d’abord été moi-même, reconnaît-elle. Et notamment ma peur de ne pas être à la hauteur des postes à prendre.»

Capacité à se vendre : avantage aux hommes

«Je n’ai jamais rien sollicité et j’ai rarement demandé une augmentation : j’estimais que cela devait aller de soi», rapporte Geneviève Goëtzinger, directrice déléguée de Radio France Internationale (RFI). Même son de cloche chez Patricia Glasel, directrice de Berlitz Consulting : «J’ai souvent attendu qu’on me propose d’évoluer.» Le refus de ces deux managers de se mettre en avant ne les a pas empêchées de gravir les échelons : Geneviève Goëtzinger a commencé comme journaliste politique à RFI ; Patricia Glasel a d’abord occupé des fonctions de marketing dans une petite SSII. Mais cette réticence à se placer dans la lumière a été préjudiciable à la carrière de la plupart de leurs consœurs. «Beaucoup de femmes estiment à tort qu’elles n’ont pas besoin de vanter leurs mérites, analyse Yan Mercœur, coach et formateur chez Femmes & Managers. Une autocensure qui révèle souvent un manque de confiance en soi.»

En témoigne l’étude Ipsos/GEF (Grandes Ecoles au féminin) de 2007 sur les freins dans les carrières des femmes. Dans cette enquête, 42% des sondées déclarent avoir du mal à réclamer des promotions ou des hausses de salaire, 38% avouent un goût modéré pour le pouvoir et 42% négligent les relations informelles. «Je n’entretiens pas de réseau, confirme Martine Moyer. Les hommes font ça naturellement, autour d’une bière ou lors d’une partie de golf. Moi, je préfère me balader à vélo avec mon fils.»

Autre étude éclairante, celle menée en 2005 par des chercheurs américains auprès de
 80 étudiants de Pittsburgh, qui devaient choisir entre des scénarios impliquant différents degrés de compétition : au final, seules 35% des étudiantes choisissaient le degré le plus élevé de rivalité, contre 75% des hommes. Conclusion des chercheurs : les femmes sous-estiment leurs capacités à l’emporter tandis que les hommes tentent leur chance, quitte à perdre.

Estime de soi : avantage aux hommes

Patrons, managers, spécialistes du recrutement et coachs des deux sexes, tous confirment que, trop souvent encore, les femmes continuent, inconsciemment ou pas, à afficher des attitudes de subordination. Thierry Trouvé, directeur général d’Elengy, une entreprise d’exploitation de
terminaux méthaniers, pense
en particulier aux femmes qui arrivent en réunion avec des dossiers de 40 centimètres d’épaisseur sous le bras. «On a l’impression qu’elles sont chargées de faire les photocopies !» Et l’effet produit est le contraire de celui attendu : au lieu de prouver leur sérieux, ce comportement fait douter de leur connaissance du sujet. Le syndrome de la bonne élève se traduit aussi par la façon de se tenir : «L’une de nos cadres supérieures, aux qualités remarquables, est souvent assise dans un coin, tête baissée, à prendre consciencieusement des notes», observe encore Thierry Trouvé.

Autre écueil : adopter des attitudes susceptibles de renforcer le sexisme. «Les femmes doivent éviter de se porter volontaire pour réserver un taxi ou un restaurant, pour servir le café ou faire les comptes rendus, explique Chine Lanzmann, coach et fondatrice du cabinet Woman Impact. Trop d’hommes considèrent encore que ces tâches nous sont réservées. Certaines d’entre nous ont d’ailleurs tellement intériorisé ce système de valeurs qu’elles se conforment “naturellement” à ce rôle.» S’excuser à tout propos (de déranger, de prendre la parole…) constitue aussi un travers fréquent.

Acceptation des codes relatifs au pouvoir : égalité hommes-femmes

Une femme est-elle un homme comme les autres ? Plus maintenant ! Celles qui se sont hissées aux postes de pouvoir ne se sentent plus obligées de nier leur
féminité en singeant leurs homologues masculins. Fini, les poignées de main musclées, les tapes sur l’épaule et le parler faussement viril adoptés jadis par certaines dirigeantes pour asseoir leur légitimité. Terminé aussi, les tailleurs stricts. «J’aime le beau, la mode, le design, et je ne m’en cache pas, explique Catherine Tissot-Colle, directrice du développement durable chez le métallurgiste Eramet (lire son témoignage). Je mets des robes et des bijoux et je porte des talons très hauts.

Mes tenues sont adaptées à ma fonction et reflètent ma personnalité : je reste fidèle à moi-même.» Une tendance qui se généralise. «Quand je vois une Nathalie Kosciusko-Morizet affichant sa féminité dans son look et sa démarche, je me dis que les femmes ont réussi à casser les stéréotypes de la “dame de fer” ou de la “séductrice”, observe la psychologue Laurence Dejouany, auteur d’“Alice au pays de l’entreprise” (EPWN Editions). Signe des temps : il y a cinq ans, le décolleté était prohibé. Ce n’est plus vrai aujourd’hui».

Créativité : pour les femmes, une idée ne vaut que si elle prend forme

“Virginie Riva ”

On conçoit mal, aujourd’hui, un groupe de réflexion sans femmes. Plus imaginatives, elles seraient aussi plus aptes à envisager un projet ou une idée sous un angle pratique.

Lorsque j’arrive en séminaire de créativité et que je n’aperçois aucune femme, je panique !» confesse Luc de Brabandere. Auteur d’une «Petite philosophie des grandes trouvailles» (Eyrolles), le directeur associé du Boston Consulting Group parcourt le monde depuis des années pour proposer des séminaires sur la créativité. Son expérience l’a fermement convaincu de l’importance de la mixité pour stimuler l’imagination et l’inventivité.
Une position qui avait déjà été exprimée auparavant : en 1997, deux chercheurs néerlandais, Schruijer et Mostert, ont mené une expérience au cours de laquelle des groupes exclusivement féminins, d’autres exclusivement masculins, et des groupes mixtes étaient invités à formuler des idées sur des thèmes donnés. Les équipes les plus prolifiques ? Les ensembles mixtes, bien sûr.

Les hommes et les femmes ont des manières tellement différentes d’aborder les problèmes que leurs apports se complètent avantageusement. «De façon plus générale, c’est la diversité des points de vue et des tournures d’esprit qui favorise la créativité, reprend Luc de Brabandere. Ce contraste salutaire peut être produit par la réunion de littéraires et de matheux, de personnes de nationalités ou de cultures différentes, de jeunes et de vieux, d’hommes et de femmes.» Autrement dit, le principal ennemi de l’inventivité est la pensée unique.

Intérêt pour la 
réflexion à long terme : avantage aux hommes

Plus pragmatiques, les femmes seraient-elles, en contrepartie, moins inventives ? Une chose est sûre : elles préfèrent s’attaquer
à la question du «comment ?» qu’à celle du «quoi ?», qui relève de la créativité stratégique. Autrement dit, elles semblent davantage intéressées par la mise en œuvre des moyens qui permettent d’atteindre un but que par la définition du but lui-même. «Ce que j’aime, c’est apporter des solutions concrètes et sur mesure aux problèmes de mes clients», indique Sophie Reynal, fondatrice d’Allia Finance (conseil en fusions et acquisitions). Résultat : dans la plupart des entreprises, ce sont des hommes qui sont chargés de la réflexion à long terme.

Un partage des tâches qui ne surprend pas dans les secteurs traditionnellement masculins. Chez Renault, par exemple, Yves Dubreil, qui occupe les fonctions de directeur de la recherche, travaille main dans la main avec son adjointe, Dominique Levent, directrice de la cellule Créativité vision (lire l’encadré). Plus étonnant : cette surreprésentation masculine aux postes de réflexion stratégique se retrouve aussi dans des secteurs presque exclusivement féminins. Chez Caudalie, par exemple, 97% des salariés sont des femmes. Mathilde Thomas a cofondé la marque cosmétique avec son mari, Bertrand.
Mais, dans le couple, c’est lui qui s’occupe davantage de créativité. «On ne pense pas de la même manière, reconnaît Mathilde Thomas. Bertrand a une vision stratégique de l’entreprise, il anticipe. Moi, je suis plus intéressée par la déclinaison du concept à travers les produits.» Opposition classique entre abstraction masculine et bon sens féminin ? «Les hommes sont plus enclins à être dans la prospective. Parfois même de façon un peu stérile !» affirme Jean-Albert Meynard, chef de service de psychiatrie au Centre hospitalier de La Rochelle et auteur de l’essai «Le Sexe du cerveau» (L’Archipel).

Originalité des idées : avantage aux femmes

Moins préoccupées par la définition de la stratégie, les femmes sont en général plus libres dans leur expression que les hommes, sans cesse en train de peser la portée de leurs propos. Qui n’a jamais vécu ces réunions de brainstorming où chacun, tétanisé à l’idée d’émettre une idée qui déplaise au patron, attend que ce soit le voisin qui parle en premier ? «La créativité des femmes n’est pas bridée par des calculs politiques, qui freinent la libre expression des hommes, estime Luc de Brabandere. Elles assument cette forme de risque qui consiste à dévoiler ses opinions, ses impressions.»

Anne Drevon, fondatrice du cabinet ADN, définit la créativité comme une «percée». Et pour réussir cette percée, les femmes ont un comportement parfois plus adéquat. «Lorsqu’elles sont impliquées dans un projet, elles sont soucieuses d’éviter de perdre du temps en guerres de territoire», confirme Marie Vézy, DRH chez Schneider Electric. Ce qui les rend souvent moins complaisantes, plus critiques et plus à même d’envisager une question sous des angles nouveaux. «Lors d’une négociation financière, je suis franche, rapporte Sophie Reynal, la fondatrice d’Allia Finance. Je ne joue pas au billard à cinq bandes, ce qui me permet de faire avancer les choses. Mais ça ne veut pas dire que je n’ai pas une idée précise de mon objectif : mon livre de chevet est tout de même “L’Art de la guerre”, de Sun Tzu !»

© Management

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