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Les entrepreneurs français se sentent mal-aimés

Aux Etats-Unis, il est de bon ton de prononcer le mot « entrepreneur » à la française. Paradoxalement, en France, les créateurs d’entreprise ne bénéficient pas du même engouement. C’est néanmoins à l’initiative de la banche française du cabinet de conseil Ernst & Young qu’est né le premier baromètre mondial de l’entrepreneuriat, rendu publique mardi 18 octobre, en perspective du « G20 des entrepreneurs » qui se déroulera à Nice, la veille du G20 de Cannes.

Premier enseignement du « Nice Entrepreuneurship Barometer » réalisé auprès de 1.001 dirigeants d’entreprises, tous issus des pays du G20 et âgés entre 18 et 40 ans, les entrepreneurs français sont en mal de reconnaissance. Ainsi, 76 % d’entre eux interrogés déclarent que la culture française ne leur semble pas favorable à l’entrepreneuriat. Aucun français ne met d’ailleurs en avant leur pays qui se classe au 19e rang des pays du G20. « En France, les entrepreneurs naviguent à contre-courant », tranche Olivier Duha, président du réseau d’entrepreneurs Croissance Plus.

L’échec pèse plus lourd en France

Si sur les quarante bonnes recettes retenues par l’étude, six ont été effectivement mises en place par la France (les financements d’Oséo, le statut d’auto-entrepreneur ou le crédit d’impôt recherche pour les plus connus), la prise de risque déplairait fortement en France. Contrairement aux autres pays du G20, 36% estiment que l’échec est ressenti dans l’Hexagone comme un frein majeur pour leurs futurs projets d’entreprise. A l’inverse, à l’étranger, 44% des sondés ressentent l’échec comme une opportunité pour apprendre et avancer.

Afin de changer cet état d’esprit, 61% des entrepreneurs français recommandent de faire la promotion des emplois qu’ils créent. « Derrière 300.000 entrepreneurs c’est autant d’embauches possibles », rappelle Olivier Duha. Autre remède à apporter pour faire accepter leurs convictions, 70% pensent qu’une flexibilité accrue du marché du travail aurait une incidence positive sur la croissance à long terme des entreprises. Mais les réformes s’annoncent difficiles à mettre en place. « La France n’aime pas les entrepreneurs qui grandissent », concède Jean Pierre Letartre, le président d’Ernst & Young France.

Télé-crochet pour entrepreneur

Ailleurs, les entrepreneurs bénéficient d’un meilleur capital sympathie. Paradoxe de l’économie de marché, c’est en Chine qu’a été lancé la première télé-réalité consacrée aux créateurs d’entreprises baptisée « Win in China ». Le Japon a, lui, instauré des cours d’entrepreneuriat dans ses écoles où des mentors suivent de près leurs protégés. En Arabie Saoudite, des initiatives privées ont mis en place un système pour récompenser les bons élèves de l’entrepreneuriat.

Alors que 84% des entrepreneurs français estiment que l’accès au financement est compliqué, le Canada a, lui, mis en place un suivi accru de ces jeunes pousses pour commercialiser l’innovation. Autre solution, celle choisie par les Etats-Unis ou Israël qui adossent les aides publiques versées à des partenaires privés, alors que 78% des Français soulignent, eux, le manque de coordination entre les différents programmes de soutiens mis en place.

« L’entrepreneuriat, c’est notre meilleure chance de sortie de crise », conclut Jean-Paul Letartre. A Nice, la délégation des entrepreneurs français aura en effet à cœur de prouver qu’elle peut devenir le remède anti-crise.

Jeanne Dussueil | Challenges.fr

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