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Les banques africaines se penchent sur les PME

Le Club des dirigeants des banques et établissements de crédit d’Afrique a organisé à Douala ses journées annuelles sur le thème
« les relations entre les banques et les entreprises en Afrique ».

Plantant le décor des journées, Paul Derreumaux, président du groupe Bank of Africa, exposait la situation des banques et surtout les perspectives de leur évolution en Afrique, en insistant tout particulièrement sur les conséquences des mutations actuellement enregistrées notamment dans la zone UEMOA, avec le renforcement, récemment décidé par la BCEAO, du capital minimum et l’arrivée de nouveaux acteurs financiers étrangers.

Les banques font du crédit même si elles restent globalement liquides, mais, dira M. Ouanzin, représentant la BEAC, ces crédits financent pour l’essentiel le cycle d’exploitation des entreprises (61,3% des encours en zone CEMAC) et rarement les investissements. C’est le reproche essentiel fait aux banques par les entreprises représentées par Martin Abega, secrétaire exécutif du Groupement interprofessionnel du Cameroun (GICAM). Comment une PME peut-elle trouver, à des taux abordables, les crédits qui lui sont nécessaires pour sa création et son développement ?

Frilosité des banques Selon Jean Luc Siruguet, directeur général de Finabanque Conseils à Paris, la réglementation actuelle (ratios de liquidité, accords de classement, par exemple) et surtout future (règles de Bâle 2) pénalise plus qu’elle encourage les crédits longs. Il en est souvent de même de l’attitude des juges qui, selon Ousseynou Sow, secrétaire général de l’Association des juristes des banques africaines, prennent trop de décisions fantaisistes, généralement au détriment des banques, au simple prétexte qu’elles ont les moyens de payer, quitte à prendre quelques libertés par rapport aux textes de l’OHADA. Les insuffisances rencontrées dans la gouvernance et la transparence financière de beaucoup de demandeurs de crédits expliquent, selon M. Fonkou, directeur des crédits de la BICEC, les hésitations des banques à prêter. L’absence de fiabilité dans les informations financières et comptables et, a fortiori, la faiblesse des prévisions, justifient les rejets de nombre de dossiers au prétexte qu’ils sont « non bancables ». Ces faiblesses, jointes aux incertitudes souvent persistantes de l’environnement politique et social, amènent les banques à exiger des taux élevés incluant le coût du risque et des garanties que les entreprises trouvent parfois excessives.

A ce sujet, Pierre Sedjro, directeur général du Fonds GARI à Lomé, évoquera les avantages d’un recours aux institutions de garantie collective qui, malheureusement, diront certains, restent encore difficilement accessibles aux petites et moyennes entreprises.

Financements alternatifs Face à ces situations qui pourraient geler le développement, des initiatives existent qui, du fait notamment du degré actuel d’attractivité des matières premières africaines, suscitent un regain d’intérêts pour les investisseurs étrangers. Ce sont les fonds d’investissement privés et autres modes de financements longs qu’ont évoqué les représentants de la banque américaine Merrill Lynch et du fonds Whireland Corporate Finance. Ce sont aussi, sous différentes formes, les moyens mis en œuvre par les bailleurs de fonds, notamment par le groupe de l’Agence française de développement et la Banque africaine de développement de plus en plus attirés par le financement du secteur privé.

Ce sont aussi les nombreuses expériences qui se développent depuis peu dans le secteur de la mésofinance, qui concerne le niveau intermédiaire entre la microentreprise et la PME. Deux exemples ont été évoqués, très complémentaires l’un de l’autre : celui de Pro PME au Cameroun, sur une initiative canadienne, et celui de Shorebank International, institution américaine dont l’expérience à la BOA Mali a longuement été présentée.

Concurrence croissanteDes moyens existent pour renforcer les relations entre les banques et les entreprises. Ils ont été évoqués en conclusion par Jean Claude Ebe Evina, expert financier camerounais. Outre les cas qui ont été présentés au cours des journées, on retiendra la nécessaire concertation entre banquiers et chefs d’entreprise partenaires, condamnés à travailler ensemble et à mieux se comprendre. Cette compréhension trouve aussi un complément nouveau avec le renforcement de la concurrence qu’entraîne l’implantation de nouvelles banques, venant notamment du Nigeria ou du Maroc.

Alain Le Noir

Secrétaire exécutif du Club

des dirigeants des banques et

établissements de crédit d’Afrique

alain.le-noir@wanadoo.fr

Les Afriques

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