A l’université de Ouagadougou, la première vague des inscriptions a pris fin. En attendant la session des retardataires, les étudiantes et étudiants s’organisent pour s’installer le plus proche possible du campus afin de réduire au maximum les frais de déplacement très couteux dans la ville de Ouagadougou. « Guantanamo », c’est par le nom de la célèbre prison américaine que les étudiants surnomment l’université de Ouagadougou. A l’heure où il est de plus en plus difficile d’obtenir une maison à louer à Ouagadougou sans passer par les jeunes « démarcheurs », la problématique du logement pour les étudiants est de plus en plus récurrente surtout pour ceux qui viennent des provinces et de la diaspora.
Certains pour se créer des facilités s’organisent en « Gonhi » (un terme nouchi qui signifie groupe ou famille) comme nous l’a certifié Seogo Oumarou, étudiant en 2e année de Sciences de la vie et de la terre. Ils louent à plusieurs des maisons et cotisent pour le loyer. Ceux qui sont dans les cités universitaires (nombre en baisse selon les étudiants) se voient dans l’obligation d’accueillir des « cochambriers » appelés « cambodgiens ». Des conditions de vie difficiles pour ceux qu’on considère comme les futurs cadres du pays. Comme aiment à le dire certains étudiants rencontrés dans le cadre de la préparation de cet article « lorsqu’on quitte l’Université de Ouagadougou, on est armé pour faire face à toutes les difficultés de la vie ».
Au-delà de cette situation déplorable, il faut relever le mauvais comportement des bailleurs dans certains quartiers comme Zogona et Wemtenga qui trouvent le moyen de multiplier ou tripler le coût des loyers sous prétexte que des bitumes traversent maintenant le quartier ou qu’ils possèdent des habitations proches du campus universitaire. Autant de comportements non moins bien règlementés par les autorités locales auxquels il faut ajouter la cupidité des démarcheurs.
Dans l’univers des démarcheurs
Sanfo Idrissa, 27 ans est installé sur un espace d’à peine 2 mètres carré avec un morceau de tableau noir sur lequel est inscrit « Agence immobilière ». A la suite des offres de maison à louer et à vendre, au bas du tableau sont mentionnés en plus grand caractère 3 numéros de téléphone correspondants aux trois opérateurs de téléphone mobile au Burkina. Idrissa se fait appeler « le démarcheur très très fort » parce que son activité a connu un extraordinaire essor avec des rentrées de revenus importantes. Cependant, pour la plupart d’entre eux, ils exercent sans reconnaissance officielle et soutiennent que toutes les tentatives de les regrouper en association ont échouées.

2000 FCFA c’est le prix à payer pour voir la maison. Un principe qui consiste d’abord à faire payer le locataire. Cela représente les frais de déplacement juste pour montrer la maison disponible. La somme est non remboursable mais si la maison n’est pas du goût du client, il lui est offert la possibilité de faire visiter une deuxième, une troisième et même une quatrième. Une fois la maison trouvée, le client doit payer au démarcheur la moitié du loyer et cela sans compter la caution de garantie et l’avance sur le loyer que le bailleur viendrait à exiger avant de céder les clés.
Alassane Tiemtoré est fondateur d’une « agence » qu’il a baptisée Barka location. Pour plus de visibilité et de rentabilité, il s’est installé sur l’avenue Charles de Gaulle et travaille avec 4 jeunes (Bob, Kanazoe, Rachid et Michel). Alassane nous confirme qu’une seule opération peut générer jusqu’à 100.000 FCFA et que l’activité arrive tant bien que mal à nourrir son homme. « On ne gagne pas beaucoup dedans mais ça nous évite de faire la courbette auprès des autres ou d’aller voler » soutient-il. Même son de cloche chez Marcel Zera au secteur 30 qui se rappelle avoir réussi un coup de 300.000 FCFA une seule opération de démarchage. Au-delà du fait que les prix de loyers connaissent des flambées exagérées qui ne s’expliquent pas, certains bailleurs refusent d’avoir pour locataires des étudiants. Ladji Bagré nous a affirmé que « les étudiants fatiguent trop les bailleurs car ils n’ont pas toujours l’argent pour régler le loyer ». Ce sont là des difficultés qui entravent durement l’épanouissement d’un étudiant et son insertion dans la société civile burkinabè.
La réglementation sur l’immobilier en question
Il existe des réalités qui semblent aller de mal en pis et face auxquelles l’Etat burkinabè demeure impuissant surtout en ce qui concerne l’activité des agences immobilières officieuses et le comportement cupide des bailleurs.
A la Direction générale de la promotion de l’habitat et du logement (DGPHL), on prend au sérieux la problématique liée au logement. Interrogé par nos confrères du quotidien Le Pays (13 juin 2008), le responsable de la DGPHL, Camille Soubeiga pense que l’activité de démarchage relativement nouvelle répond à un besoin réel. Car, reconnaît-il, les gens ont souvent besoin de logements de leur convenance, et il est toujours bon qu’il y ait quelqu’un pour les assister dans la satisfaction de ce besoin. Mais de l’avis du DGPHL, le démarchage de maisons tel que pratiqué par les jeunes ouagalais fait partie des domaines d’activité qu’il faudrait penser à réglementer. Pour l’heure, aucune réflexion de fond n’a encore été menée dans ce sens en raison du caractère récent de cette activité, s’est justifié M. Soubeiga qui reconnaît aussi qu’ »en toute chose, la nature a horreur du vide ». Le rôle de l’Etat ne va pas être de supprimer la profession de démarcheurs, mais plutôt de réunir suffisamment d’éléments pour réglementer au mieux ce secteur d’activité.
Dans la même lancée, le responsable du Ministère de l’habitat estime qu’il il serait judicieux de prendre de nouvelles mesures dans le sens de la défense des intérêts du citoyen locataire. Cela, pour empêcher par exemple aux bailleurs de procéder à des augmentations subites et intempestives des loyers. Tous ces aspects et bien d’autres, a conclu Aimé Camille Soubeiga, vont être sans doute pris en compte dans les textes sur la promotion immobilière en cours d’élaboration.
Les collectivités locales ont contribué à l’élaboration des textes sur la promotion immobilière. Dans une interview accordée au journal Le Pays dans sa livraison du vendredi 13 juin 2008, Zacharia Sawadogo, maire de l’arrondissement de Nongr-massom affirme que « la gestion d’une agence immobilière est une activité commerciale reconnue par l’Etat burkinabè. De ce point de vue, il ne voit aucun inconvénient à ce qu’elle soit conduite par une personne physique ou morale bien organisée. Mais pour ce qui est des gens qui rôdent autour des mairies et des services domaniaux, soi-disant qu’ils sont des démarcheurs, il trouve qu’ils font quelque chose d’une très grande délicatesse. De l’avis de ce responsable municipal, il n’y a pas beaucoup d’enjeux dans leur activité. « D’ailleurs tout le monde sait qu’à Ouaga, pour avoir une maison, il faut aller aux nouvelles. On ne peut pas facilement savoir qu’il y a une maison à louer dans tel arrondissement, tel quartier, telle zone, tel lot, etc. De ce point de vue, je crois que les démarcheurs de maison ont un rôle à jouer. Mais là aussi, la plus grande prudence est recommandée aux clients. Ce serait risqué de leur part que de donner son argent à un démarcheur pendant que l’on n’a encore vu ni la maison, ni le propriétaire de la maison », confie-t-il.

Cette dure réalité encore sous-jacente n’est pas de nature à apporter un bémol à la crise de la vie chère dans laquelle vivent les burkinabè. A travers le vécu de la communauté estudiantine dans son ensemble, c’est toute la population active qui vit encore dans une dure réalité : le parcours de combattant pour accéder à un logement décent et à un coût raisonnable.
Robert Sawadogo, pour burkinapmepmi.com




