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Léonce Koné :  » J’ai obtenu quitus de ma gestion à la BACB

Léonce Koné :  » J’ai obtenu quitus de ma gestion à la BACB « 

C’est à sa résidence de Ouaga 2000, baptisée Kër Esther, du nom de son épouse, que nous avons été reçus ce jeudi 22 avril à 20h, par Léonce Koné, ancien directeur général de la BACB, aujourd’hui ministre du Commerce, de la Promotion de l’Entreprise et de l’Artisanat dans le gouvernement de Tertius Zongo. Le principe de l’audience avait été acquis une semaine plus tôt. Sans aucune hésitation, le ministre nous avait passé le numéro de son phone en promettant nous rappeler. Promesse a été donc tenue, non sans appréhension parce qu’il avait décidé sur le conseil d’amis, de ne pas répondre à ce qu’il considère comme une calomnie de gens qui visiblement ne lui veulent pas du bien. Sa première réaction, dès qu’il a pris connaissance du document l’incriminant avait été cependant de recourir à la presse pour obliger ses détracteurs à sortir du bois, afin de donner à l’affaire des conséquences de droit. Puis il s’est ravisé. Mais pourquoi nous a-t-il reçu ? Par respect pour nous et pour l’organe dit-il. Il met cependant des garde-fous :  » Je ne voudrais pas donner dans la polémique avec mes détracteurs, parce que je suis membre d’un gouvernement. Ce que je veux, c’est vous apporter des éléments pour votre gouverne, puisque vous m’avez sollicité.  » Léonce Koné s’est donc ouvert à toutes nos questions sous la forme de l’entretien, pendant plus d’une heure d’horloge. Nous avons fait l’expérience du délestage dans la zone très huppée de Ouaga 2000, pendant la moitié au moins de l’entretien, dans la chaleur et sous la lueur des torches de nos portables…

D’entrée de jeu, l’homme a campé le décor par des révélations de nature patrimoniale. On a dit qu’il est venu à la BACB sans un sou et en est reparti, enrichi des divers détournements qu’il a opérés au détriment de la banque. C’est une posture fort gênante avoue-t-il, de devoir parler de ses biens, mais il dit être contraint à le faire pour nous permettre de faire la part des choses. Détaché par la BCEAO auprès du Burkina pour diriger la CNCA, Léonce Koné a continué à être payé par la banque centrale jusqu’à sa retraite intervenue en 2003. . C’est à partir de cette date qu’il a commencé à être pris en charge par la CNCA devenue BACB. Son salaire brut était de 4.600.000FCFA environ pour un net de 3.881 000FCFA. Mais à la banque, les impôts payés sont remboursés. A cela, il convient d’ajouter le revenu d’une maison acquise en location vente à Dakar et qui lui rapporte mensuellement 1 300 000FCFA. A chaque fin d’année, la BCEAO accorde une gratification correspondant à deux mois de salaire. Ce qui lui fait environ 9 millions. D’autres gratifications sont consenties par le gouverneur, ce qui rehausse l’assiette des revenus indemnitaires à 13-14 millions l’an. Tout cela mis ensemble ne fait pas certes de Léonce Koné,  » un homme riche « , mais ça ne fait pas de lui  » un homme pauvre  » non plus. Il pense donc qu’il peut acquérir les biens qu’il a sans être suspecté. Il aurait pu acquérir davantage de biens s’il n’avait eu à faire face à la scolarité de ses trois enfants en étude aux Amériques. Mais la liste des revenus n’est pas pour autant terminée. Il y a l’indemnité de départ à la retraite qui fait plus de 130 millions en revenu brut. Au demeurant, les maisons qu’il a acquises (au nombre de trois ett une vieille maison de son père qu’il a restaurée à Banfora) l’ont été pour l’essentiel sur base de prêt. La maison de Ouaga 2000 d’une valeur d’environ 150 millions a été réalisée sur deux prêts cumulés de 100 millions contractés auprès d’Eco Bank et BCB. Deux maisons à Ouaga de 150 et 25 millions, une maison à la cité CAN de Bobo à 14 millions et la maison de son père restaurée. La maison de Dakar a été vendue cette année à 220 millions.

Sur la base de ce patrimoine, Léonce Koné qui a par ailleurs une pension de retraite mensuelle de 1 800 000 FCFA est à l’aise pour justifier ses biens. Mais les détracteurs de M. Koné étayent abondamment par ailleurs leurs griefs contre lui. Ils lui reprochent notamment des surfacturations sur de multiples commandes, un transfert frauduleux de fonds pour le compte de clients douteux, des dépenses de sa campagne politique qu’il a fait supporter par la banque, des dons suspects à des amis, des crédits distribués contre des bakchichs, autant de choses que Léonce Koné réfute.

A propos des surfacturations

Nous avons cherché à comprendre la procédure de la dépense, les différents niveaux de contrôle et le rôle du directeur général tout au long du processus. Tout dépend de la nature de la dépense a-t-il tenu à préciser. Pour les dépenses liées aux fournitures de matériels que l’on considère comme de petites dépenses, c’est la commission au patrimoine qui détermine les besoins et les soumet à l’appréciation du directeur général qui généralement les approuve. Pour les grandes réalisations telle la construction de l’immeuble du siège, en tant que directeur général, il s’est personnellement impliqué dans la définition du projet. La conception de l’immeuble à réaliser a été profondément modifiée par le directeur général qui tenait à lui conférer la vision d’une banque commerciale d’envergure, avec des guichets dignes d’une vraie banque. L’enveloppe initialement prévue ne tenait pas compte de cette vision. Il est normal, estime t-il, que les coûts aient subi une hausse. Du reste, selon lui, ce qui a été fait, pour qui connaît le cours de l’immobilier à Ouagadougou, est correct. 1 milliard 200 millions environ, cela lui paraissait jouable. Il n’y a pas eu de surfacturation sur le nouvel immeuble, ni sur les commandes de fournitures affirme Léonce Koné. La banque est contrôlée par des commissaires aux comptes mandatés par la BCEAO. Le contrôle bancaire s’effectue aussi à travers la commission bancaire qui ne passe pas deux ans sans regarder de près la tenue de la banque.  » Croyez-moi si la situation était aussi catastrophique que la peignent mes détracteurs, ces messieurs allaient sonner l’alarme « , affirme l’ancien directeur général de la BACB. Or, c’est sur la base de leurs évaluations et appréciations que le quitus est octroyé.  » On prétend que c’est pour cacher mes malversations que je me suis empressé pour faire vendre la banque. Mais les repreneurs de la banque savent qu’ils ont fait une bonne affaire. Ils l’ont reprise telle quelle. Si celle-ci était en mauvaise passe, ils ne s’y seraient pas aventurés. La vente de la banque était inscrite dans le plan d’affaire de la BACB depuis longtemps (2005) « , note l’ex-DG. Sur les enseignes lumineuses de l’agence de Gounghin et celle de la SOFIP, la banque de micro-crédit, le reproche a été que c’était des dépenses inutiles mais intéressées. Léonce Koné explique que ce sont des infrastructures qui venaient d’être réalisées. Il fallait qu’il y ait des enseignes. Ce sont des nécessités commerciales.

Sur la question du transfert frauduleux, opération qu’aurait réalisée Bénilde Somda avec un commerçant local, du temps où il était à l’agence de Banfora, il ne faut y voir que des fautes d’un agent qui aurait par ailleurs commis d’autres malversations. Léonce Koné est-il complice de Bénilde au point de refuser toute poursuite contre lui ? Pas du tout, rétorque-t-il. Son licenciement avait du reste été engagé mais pour ce qui est des poursuites, l’Assemblée nationale n’a pas cru devoir lever son immunité parlementaire. M. Koné nous a d’ailleurs autorisé à saisir l’avocat de la banque, Me Bonkoungou qui affirme t-il, confirmera ses initiatives dans ce sens.

Des dons octroyés à Mélégué Maurice Traoré, et à la mairie de Bobo sont en cause. 5 millions pour l’édition d’un livre de l’ancien président de l’Assemblée nationale et 10 millions pour la réfection du stade Wobi. Ces opérations ont été effectuées sur la rubrique des dons et subventions. Il n’est pas anormal pour une banque de faire du mécénat. Mais reconnaît-il, le fait est que trois ans après, il n’a pas encore vu le livre dont la parution avait pourtant été annoncée pour imminente par l’auteur. Quand à la réfection du stade Wobi, il est exact que la somme de 10 millions a bien été octroyée et effectivement utilisée conformément à l’objet de la demande.

A propos des prêts compromis

C’est le cas des crédits de complaisance comme il ressort du document des plaignants accordés à Jossira et des trois prêts accordés à Ouédraogo Alassane dit Sogeper sous des identités différentes. Ces prêts évalués à 1 377 148 062 sont-ils définitivement compromis ? Oui, Jossira a laissé un encours de crédit que la banque ne pourra plus recouvrer parce que la dame est décédée. Ceci étant, pour M. Koné, il n’y a pas à regretter d’avoir financé Jossira. Mme Moussa Gros a introduit une demande de crédit à la banque pour financer une entreprise de savonnerie-huilerie. L’affaire n’a pas abouti, mais la dame s’impliquait véritablement dans son entreprise et s’investissait dans la recherche de marchés en vue des remboursements. Elle méritait un soutien. Sogeper, pour qui le connaît, n’est pas un bandit, affirme M. Koné. Il a des entreprises sérieuses.  » Je ne suis plus à la banque, mais je pense qu’au moment où l’on parle, Sogeper a dû apurer sa dette vis-à-vis de la banque. C’est dommage de jeter des hommes comme ça en pâture. C’est un homme d’affaires respectable qui non seulement a dû apurer ses crédits, mais a soumis de nouveaux dossiers pour financement à la banque. »

Les affabulations

M. Koné relève des « affabulations » dans les récriminations de ses contradicteurs. Au nombre de ces « fables », il cite les commandes de fournitures tels que les agendas qui auraient été livrés en sous nombre et payés quand même dans l’intégralité de la commande. C’est aussi le cas, affirme-t-il, pour les dépenses de campagne qu’on dit qu’il a fait supporter par la banque. Il dit avoir financé sa campagne sur des ressources personnelles et son chauffeur personnel a toujours été payé par lui-même. Autre « affabulation », le changement de l’imputation de la dépense pour la réfection du stade Wobi. 100 millions annuellement dépensés pour des titres de voyage et autres frais d’hôtels ? Une pure cabale. Au demeurant, s’il a commis des choses répréhensibles, il ne semble pas inquiet de devoir en répondre. Mais une chose est en tout cas évidente pour M. Koné, la réactivation de cette affaire qui coïncide avec sa nomination au poste de ministre n’est pas fortuite. Voici donc une nouvelle affaire qui met à mal la crédibilité du Premier ministre. Le moins qu’on puisse attendre de lui, c’est toute la lumière sur cette affaire.

Par Germain B. Nama et Idrissa Barry

Source : evenement-bf.net

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