Auriez-vous fait le mauvais choix ?
Pour éviter de vous poser cette terrible question, apprenez à faire le bon en acceptant la nécessité de le faire et en analysant les enjeux. Comprenez vos mécanismes et adoptez la bonne stratégie.
1. Le beurre ou l’argent du beurre !
Si certains choix sont faciles parce que sans enjeu, il vous arrive sûrement de vous retrouver dans une situation professionnelle ou personnelle qui suppose une décision immédiate et engageante ; en tout cas, apparemment. Posez-vous la question de ce que vous ressentez à cet instant : pour certains, tout choix est un défi personnel, valorisant, un moment propice pour s’exprimer et démontrer ses capacités de réaction et d’adaptation. Mais pour d’autres, ce sera une source de stress, d’hésitations générées d’abord par l’effet de surprise. « Lâchez prise » disent les psychologues, cessez de tout vouloir contrôler et maîtriser !
Certes mais si devant l’urgence, vous ressentez de la colère, celle-ci peut devenir mauvaise conseillère dans le choix. Alors pour commencer, assumez cette colère, exprimez ce mal être par des mots, des phrases, identifiez vraiment les raisons de ce ressenti : c’est l’urgence en elle-même, ou le moment où elle se produit, ou les enjeux ou les opinions et commentaires des autres qui vous perturbent. Dans un second temps définissez le temps réel dont vous disposez pour prendre cette décision en arrêtant de vous dire que vous êtes sous pression. Il faut décider dans une heure, c’est alors 59 minutes de gagner pour réfléchir, poser des arguments, questionner autour de vous, trouver un document, demander conseil, mais surtout vous écouter.
Ensuite bannissez la tentative légitime de marchandage, mieux connue sous le dicton « vouloir le beurre et l’argent du beurre ». Face à un choix, il sera terrible de laisser de côté une des solutions pour adopter l’autre, chacune ayant des avantages. Mais surtout entrez dans une démarche constructive pour conduire votre projet de choix et commencez par accepter et identifier vos peurs pour mieux les vaincre.
2. Comprendre ses peurs légitimes et les vaincre
Selon les psychologues, chaque être humain face à trois grandes peurs au moment de tout choix.
– Être ignoré.
Être ignoré c’est ne plus être important aux yeux de vos amis, de ne plus exister, de ne plus être reconnu. Votre rôle change du fait de ce choix : vous devenez pour eux, pensez-vous, quelqu’un d’autre. C’est l’histoire de Gérard Zenoni, qui a longtemps présenté le journal de 13 heures sur France inter, et a goûté a la télévision en tant que chroniqueur sur France 3. Un jour il fait le bilan, arrête tout, quitte Paris, s’installe en famille dans le Sud Ouest, devient consultant en communication. Il bénéficie toujours de ce qu’il appelle modestement « sa petite notoriété » mais ses anciens collègues ont toujours du mal à comprendre « tu as quitté la presse, la TV… » sous entendu peut être « pour retourner dans l’anonymat… ». Loin de lui cette peur d’être ignoré, incompris, de rentrer dans l’ombre. Il a choisi, assumé, lâché prise… pour aller de l’avant et réussir. Peu importe ce que lui disait son entourage à l’époque, il n’avait pas cette peur d’être ignoré dans sa façon de faire. Son bilan est aujourd’hui plus que positif, parce que c’était le bon choix.
– Être humilié.
Chacun à sa manière ressent la peur d’être humilié, de ne pas savoir faire et qu’en plus cela se sache, se voit, pire : se dise ! C’est le principal frein à une évolution dans une entreprise ou même à la création d’entreprise, ou à toute prise d’initiative. Combien affirment vouloir monter une affaire, et le font en réalité ? C’est cette même peur qui empêche de réaliser un rêve. Le tenter c’est gagner, c’est faire partie de ceux qui ont essayé. D’ailleurs, ne vous a t-on jamais dit « ce n’est pas grave… tu as essayé, tu ne dois pas avoir de regrets ». Ce que Pierre Péju dans son roman «La Petite Chartreuse » décrit comme le syndrome du « fiasco » dans ces termes : « ça arrive, ne vous forcez pas, c’est le trac . Horrible délivrance, le fameux ‘ça arrive’ de tous les fiascos. Le ‘ça arrive’ qu’ont entendu et entendront tous ceux qui, encombrés d’eux mêmes, ne peuvent se montrer à la hauteur d’un défi absurde et dérisoire ». Abandonner cette peur d’être humilié, c’est revêtir l’habit de lumière de ceux qui tentent et font leur la devise de Peggy Bouchet, navigatrice « oser toujours, céder parfois, renoncer jamais ! » alors qu’elle venait d’échouer dans sa tentative de traverser de l’atlantique à la rame, à quelques centaines de mètres du but… son seul souhait : retenter et affirmer sa « Victoire sur l’atlantique » un an plus tard.
– Être rejeté.
Enfin, si l’homme est un être sociable, c’est par son goût d’appartenance à un groupe, une société, un club… sa grande peur est alors d’en être rejeté parce que trop différent, dans sa pensée, ses actions, sa façon de parler… Peut être avez-vous été partagé entre l’envie de vous revendiquer différent, libre, indépendant et la crainte de ne pas être reconnu pour ce que vous êtes et du coup d’être exclu. C’est ce qu’aurait pu ressentir Gérard Zenoni, et c’est certainement ce que lui a dit son entourage : « mais tu vas perdre tout ton réseau ! ». La fameuse notion de réseau, plus noble que celle de groupe. Naturellement un réseau est important, il vous façonne et vous fait exister, parce que untel contactera tel autre de votre part. Mais si vous quittez celui-ci, vous en reconstruirez un autre, un ailleurs, un différent selon de nouveaux critères. Et peut être que certains de votre précédent réseau entreront à votre suite dans le nouveau ! Alors où est le risque ? Le risque est ailleurs. Il est dans le fait de mal analyser vos besoins essentiels et de faire alors et seulement un mauvais choix.
Faire le tri entre ses peurs et celles des autres… Retenez que chacun s’exprime en fonction de son propre cadre de référence. Ainsi, selon Didier Junek, consultant en développement personnel « les autres vont projeter sur vos décisions, leurs propres peurs, leurs freins personnels aux changements. » C’est sans doute le cas des anciens collègues de Gérard Zenoni lorsqu’ils lui disent « mais tu vas quitter les médias » sous entendu « ton nom va disparaître »… lui il recherche un bien être familial, une qualité de vie et ses collègues sans doute autre chose, plus du domaine de la notoriété et de l’ego. Les peurs et les enjeux ne sont pas les mêmes. Et Didier Junek insiste : « n’écoutez que soi ce n’est pas être égoïste, c’est se reconnaître le droit d’avoir des besoins personnels. Il faut les écouter ! Les besoins des autres ne sont pas les nôtres. » Alors avant toute prise de décision, il convient de connaître avec précision ses besoins personnels et de les hiérarchiser avec soin pour satisfaire les plus importants. C’est à ce prix que chacun fera son bon choix… impossible pour un autre.
3. Reconnaître ses propres besoins psychologiques selon Maslow.
Abraham Maslow, psychologue américain (1908-1970) a modélisé les besoins humains en une pyramide à 5 étages et établi le principe que tout besoin ne peut être satisfait si ceux de l’étage inférieur ne le sont pas. Les besoins basiques sont les besoins physiologiques de boire, manger, respirer, se reproduire, autrement appelés besoins de survie. A ceux-ci succèdent les besoins de sécurité : la recherche de la protection morale ou physique, la garantie par exemple de pouvoir s’exprimer sans être jugé. Au troisième niveau apparaissent les besoins de socialisation : la recherche d’échanges, de contacts. Une fois ceux-ci satisfaits, alors l’individu s’attachera à l’estime de lui, au respect qu’il inspirera… et enfin seulement il pourra satisfaire ses besoins de réalisation et d’accomplissement personnel. Cette pyramide influence en grande partie la qualité de vos choix.
Vous n’avez pas dormi de la nuit et pas pris le temps de déjeuner ce matin alors que vous avez une décision importante à prendre… le non respect de ces deux besoins essentiels de la pyramide de Maslow vous empêchent de vous sentir en sécurité pour prendre votre décision… le réflexe pourra être alors de vous exclure de votre groupe, de fuir les contacts, au risque de ne plus croire en vous et de ne prendre aucune décision. La spirale de non décision est enclenchée ou pire la décision d’urgence sans écoute de vos besoins réels et plus personnels ceux là.
Mais en réalité si le modèle de Maslow rassure, il atteint ses limites dans l’exemple donné car nous n’avons pas tous les mêmes besoins fondamentaux. Certains d’entre nous sont capables d’analyse et de prise de recul, dans l’urgence, pour prendre des décisions stratégiques essentielles. Ils n’ont pas les mêmes besoins et le manque de sommeil par exemple ne les pénalise pas.
4.décider dans le respect de ses besoins personnels définis par Taïbi Kahler
Missionné par la NASA, dans les années 1960, Taïbi Kahler, psychologue américain a mis en place un modèle appelé Process Communication Management, aujourd’hui mondialement reconnu et diffusé en France par Kahler Communications. Il s’est agi, dans cette mission de mesurer la compatibilité des hommes entre eux, de prédire leur comportement sous stress en situation critique. Le Process Communication Management propose 6 types de personnalités aux besoins et donc aux modes de décisions différents.
– L’empathique
- Vous êtes :
Concrètement, vous êtes compatissant, sensible, chaleureux, attentif aux besoins des autres. Vous aimez donner et savez créer des harmonies et des ambiances entre les gens et les choses. - Vos besoins psychologiques :
Au quotidien, vous avez besoin d’être reconnu en tant que personne. Vous avez aussi des besoins kinesthésique importants : la chaleur de vos décors est significative, que ce soit au bureau ou chez vous. Vous aimez vous ‘sentir’ bien, c’est d’ailleurs votre phrase clé. - Pour faire vos choix :
Pour décider sereinement, vous devez vous sentir appartenir au groupe et encouragé. L’opinion des autres a de l’importance pour vous, leurs conseils comptent. Mais tenez compte vraiment de vos émotions, de vos ressentis intimes et exprimez les à votre entourage afin que celui-ci les respecte et ne vous empêche pas de définir ce qui est bon pour vous. Ne vous laissez pas influencer : vous seul savez ce qui est bien pour vous.
– Le travaillomane
- Vous êtes :
Logique, organisé, responsable, vous analysez les faits et en tenez compte, et disposez d’un bon esprit de synthèse. Vous aimez travailler beaucoup ! - Vos besoins psychologiques :
Vous avez besoin d’être reconnu pour votre travail, les projets que vous menez, et vous avez besoin de structurer votre temps : chaque heure sa tache. Vous planifiez vos missions comme vos loisirs. - Pour faire vos choix :
Vos émotions et votre ressenti passent après la mission qui vous est confiée. Parfois vous décidez vite… par peur de perdre du temps… vous vous fixez beaucoup d’objectifs. Prenez le temps d’identifier ce que vous ressentez, accordez vous le droit de ne pas être parfait, écoutez votre petite voix. La perfection est elle ce qui est bon pour vous ou pour les autres ?
– Le persévérant
- Vous êtes :
Vous aussi vous aimez le travail bien fait, vous êtes consciencieux et observateur. Vous aimez l’ordre et la rigueur et êtes tenace. - Vos besoins psychologiques :
Certes vous avez besoin d’être reconnu pour ce que vous faites et faites bien mais surtout pour vos opinions, vos idées - Pour faire vos choix :
Vous aussi vous visez la perfection, mais pour prendre vos décisions vous regardez d’abord ce qui ne va pas dans la situation actuelle. Et si vous décidiez de regarder le verre à moitié plein de la future situation et de vous accorder le droit de ne pas être parfait finalement… Ecoutez vous, vos envies, vous émotions.
– Le Rêveur
- Vous êtes :
Calme et réfléchi et plutôt imaginatif vous travaillez bien sur des actions concrètes. - Vos besoins psychologiques :
Vous avez besoin de calme, de temps, de solitude. Les ambiances effrénées vous dérangent. La pression vous nuit. - Pour faire vos choix :
Justement prendre l’initiative vous dérange, vous préférez attendre que les consignes viennent des autres et bien les appliquer de façon pratique. Vous avez besoin de calme et de sérénité pour vous décider et surtout ne pas avoir la pression. Exprimez cette notion de calme. Demandez du temps pour réfléchir, puis tenez vos engagements. N’attendez pas la dernière minute pour traiter le problème car vous vous mettriez la pression tout seul inutilement.
– Le rebelle
- Vous êtes :
Spontané et ludique, vous êtes créatif et disposez d’un grand potentiel énergétique. Vous aimez vous amuser en travaillant. - Vos besoins psychologiques :
Vous avez besoins de contacts variés, d’échanges. La solitude vous ennuie… et l’ennui est votre ennemi. - Pour faire vos choix :
Vous décidez en fonction de l’instant présent sans vous projeter dans l’avenir. En vous amusant. « Et pourquoi pas ? » serait votre devise ? Un brin provoquant peut-être ! Et si pour les grandes décisions vous vous accordiez un peu de temps, cela éviterait peut être de blâmer les autres , ou le contexte ensuite ? Vous écoutez alors votre petite voix intime, identifiez vos émotions de fond et non la surface qui bouillonne. Ne prenez pas de décision par provoc’ mais bien pour votre bien être.
– Le promoteur
- Vous êtes :
Homme ou femme de défi, vous les relevez tous. Même pas peur ! Vous aimez rire, vous amuser mais surtout vous êtes adaptable, plein de ressources, fonceur. - Vos besoins psychologiques :
Vous avez besoin de chercher vos limites, besoins d’excitation. Vous aimez les défis : parfois même un peu extrêmes. - Pour faire vos choix :
Vite, très vite. Bien souvent vous agissez d’abord et c’est seulement ensuite que vous analysez si c’était bien le bon choix… ou reconnaissez que finalement… la solution aurait pu être ailleurs. Mais vous ne le reconnaissez que rarement ! Prenez donc un peu de temps pour analyser vos émotions et les enjeux de la décision. Cela vous évitera ensuite de transgresser des règles, de tenter de tricher pour revenir à une situation moins dangereuse…
5. Faire le deuil du passé et reconnaître le nouvel état : ressentir, verbaliser, positiver.
Quel que soit votre mode de décision, celle-ci prise, il vous faut faire un travail de deuil de la situation passée afin de ne pas regretter, et de ne pas risquer de revenir en arrière.
Identifiez vos émotions négatives : regrets, tristesse, déception, remords, colère… verbalisez ces émotions à voix haute tout seul ou avec un proche afin de les dédramatiser.
Identifiez avec précision ce qui vous rend triste ou amer. Par exemple, excédé par un ami, vous lui avez raccroché au nez. Décision non réfléchie, aujourd’hui vous envisagez de ne pas rappeler, et d’arrêter cette relation qui finalement vous pesait. Mais vous avez un sentiment de tristesse persistante. Identifier ce sentiment ne permet pas de faire le deuil de la relation. En réalité vous pouvez regretter le passé qui a été agréable avec cette personne, ou au contraire regretter d’avoir investi dans cette relation, ou regretter ce geste rapide et non réfléchi donc non expliqué et avoir envie de téléphoner ou d’écrire une lettre… les solutions sont nombreuses, une seule est la vraie raison de votre état et justifiera de rappeler ou non… c’est celle là qu’il faut identifier pour passer à la suite et éventuellement faire le deuil de la relation.
La décision de ne pas rappeler est prise… que ressentez vous ? Finalement n’êtes vous pas soulagé ? Ecoutez ce soulagement et identifiez de nouveau avec précision les éléments qui le composent. Vous allez dans ce schéma valoriser la décision prise, reconnaître les avantages objectifs de la nouvelle situation, identifier les bénéfices pour vous de cette situation. Ne confondez pas avantages et bénéfices : les avantages sont liés à la situation, les bénéfices sont personnels : ce sont les vôtres. Ils peuvent être différents pour un autre. C’est ce critère personnel qui permettra de valider la nouvelle situation et de ne pas rester dans les regrets de l’ancienne. La décision est prise et vous voilà dans une nouvelle situation dont vous reconnaissez les bienfaits et les bénéfices.
Beaucoup ressentent alors cette évidence qui les pousse à se demander pourquoi ils n’avaient pris cette décision plus tôt, tellement ils se sentent mieux maintenant. Ce sentiment d’évidence est conforté bien souvent par les propos de l’entourage vous félicitant alors sur votre bonne mine, votre « air d’être en forme en ce moment »… et finalement, n’est ce pas la plus belle des récompenses ! En tout cas c’est le moment où cela vaut la peine d’écouter les autres !
©Muriel Jouas | Com2Crise.com




