La signature d’un protocole d’accord entre les représentants des travailleurs et la direction de la Société sucrière pour une reprise sereine des activités dans l’entreprise, avait rassuré tous les acteurs. Les négociations avaient abouti à des décisions tels le respect des textes portant sur le statut du personnel, la liberté syndicale, la levée des mesures répressives, la suppression pure et simple de la sous-traitance, et la reprise des activités. Que nenni ! La crise que l’on croyait jugulée perdure. Elle commence même à inquiéter plus d’une personne.
L’insistance de la direction de l’entreprise à vouloir appliquer coûte que coûte le nouveau statut sans le consentement des travailleurs, fait craindre des lendemains tumultueux. Cette insistance risque, sans nul doute, de réveiller les vieux démons avec comme corollaires les débrayages et autres mouvements de nature à perturber la production au sein de cette unité industrielle. Pourtant, les différentes médiations initiées par le gouvernement et le patronat avec l’implication des coutumiers, des religieux et de la société civile, avaient donné espoir aux travailleurs et aux populations de la région des Cascades. On a même fait croire qu’après la reprise du travail en juin 2011, le dialogue, la tolérance et la compréhension seraient désormais privilégiés, en vue de la résolution de tous les problèmes qui viendraient à se poser au niveau de la SN-SOSUCO. Cette option était apparue comme étant celle qui bannirait définitivement la violence dans les mouvements sociaux au sein de la sucrière du Burkina. La carte de l’apaisement était donc privilégiée d’autant plus qu’au débrayage de 2010, des perturbations de toutes sortes et des désagréments à tous les niveaux avaient été enregistrés avec une perte de la production estimée à 3 000 tonnes de canne à sucre dans les champs.
Les dégâts causés avaient été mis sur le compte des travailleurs qui n’ont pas su se maîtriser face à l’insistance de la direction, pour dit-on, protéger leur salaire et leur outil de travail. Mais au-delà du chômage technique et de la misère que cette situation malencontreuse a pu engendrer en 2011, il faut reconnaître que ce passage aurait dû être une école aussi bien pour la direction que pour les travailleurs, ainsi que pour les Burkinabé d’une façon générale. Egalement la crise sociopolitique de grande ampleur vécue en 2011 au Burkina, devait aussi nous enseigner sur l’importance que représente la paix sociale dans le développement d’un pays, quand on sait que tous les indicateurs économiques ont failli passer au rouge. Avait-on encore besoin, surtout quand les choses ont commencé à rentrer dans l’ordre avec la reprise du travail et la sérénité retrouvée, d’ester en justice les leaders syndicaux et les travailleurs pour le même motif, plus de 6 mois après la résolution du problème ? N’est-ce pas là mettre le feu au poudre ? S’il est vrai qu’il faut rendre justice, au vu de la situation actuelle, n’était-il pas mieux de privilégier la paix sociale ? Ne dit-on pas qu’un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès ? Dans tous les cas, le délibéré attendu pour le 31 janvier 2012 et reporté en mars 2012 suite au procès des leaders syndicaux et des travailleurs peut être compris comme étant une volonté de jeter de l’huile sur du feu. Bien que la Société ait été privatisée, au regard de l’importance qu’elle représente dans l’économie du pays, il est impératif que l’Etat prenne ses responsabilités. Faut-il rappeler qu’après l’Etat, la SN-SOSUCO est le plus grand employeur du pays avec 3 700 travailleurs, dont 1 456 permanents, et une masse salariale de plus de 3, 9 milliards de F CFA par an au titre des contributions fiscales diverses ? La Société elle-même participe également aux ressources fiscales de l’Etat burkinabé à hauteur de 3 milliards de F CFA par an. Comment donc comprendre que la direction d’une société remette en cause des droits acquis sans que l’on ne puisse l’amener à la raison ? Elle insiste sur la restructuration financière et opérationnelle de la SN-SOSUCO avec une option de réduire les effectifs de 3 700 travailleurs à 700 ou 750 personnes. Depuis une dizaine d’années, les travailleurs dénoncent la mal gouvernance et la fraude qui détruisent les acquis, alors que les directions générales successives ont opté et se cantonnent plutôt sur la restructuration de l’entreprise. Les travailleurs dénoncent également les salaires faramineux versés aux cadres et la gestion « mafieuse » de la Société alors qu’il leur est demandé de se sacrifier pour tout le monde.
Si sacrifice il doit y avoir, n’est-il pas mieux et compréhensible que cela s’étende à tous les travailleurs, c’est-à-dire aussi bien aux cadres qu’aux employés sans exception ? Les positions étant divergentes sur l’application des nouveaux textes, les travailleurs, à travers le Collectif des organisations syndicales de l’entreprise donneront certainement de la voix. Au lieu de s’arc-bouter sur la restructuration, il est opportun de travailler à renouveler les outils de production et à faire baisser le coût de production pour enfin permettre à l’entreprise d’être concurrentielle sur le marché national et sous régional.
Pourquoi l’Etat ne jetterait-il pas un coup d’œil sur les dossiers de cette « mal gouvernance » et chercher peut-être à comprendre ce qui se passe réellement au sein de la SOSUCO, afin de mieux se résoudre à trancher une bonne fois pour toute ? Il est vraiment urgent de travailler à la consolidation de la paix sociale, non seulement pour que chaque travailleur puisse s’épanouir pleinement, mais aussi pour barrer la route à l’injustice et partant, à faire reculer la pauvreté au Burkina.
Issa SOMA
Sidwaya




