Opérationnelle depuis janvier 2010 seulement, la compagnie communautaire régionale Asky est en train de prendre de l’attitude dans le ciel africain. Dans les lignes qui suivent, le principal acteur de la création de la compagnie, Gervais Koffi Djondo, président de Asky, retrace quelque peu le chemin parcouru. Interview
Les Afriques : Après une longue période d’attente, Asky a fini par prendre son envol.
Gervais Koffi Djondo : C’est vrai que d’août 2005, quand a été arrêté au siège de la BCEAO l’idée de la création d’une société en vue de la promotion d’une compagnie communautaire, à juin 2010, où la compagnie a effectivement pris son envol, la période d’attente a été longue. Nous sommes parvenus à nos fins parce que notre détermination et notre volonté d’entreprendre tout ce que nous estimions nécessaire pour le développement de l’Afrique sont restées intactes. Car si les soutiens divers ne nous ont pas fait défaut tout au long de la réalisation du projet, nombreux auront été les obstacles. Je dirais même qu’il y en a eu beaucoup… Tellement que j’en suis arrivé à des conclusions personnelles sur nos organisations régionales dites de développement. Je note, à cet effet, avec beaucoup d’amertume que les grands fonctionnaires des ces institutions, par leur manière de travailler, ne servent pas véritablement la cause du développement du continent. Bref, ce n’est pas l’objet de nos propos. Asky est venue apporter et prendre sa part dans la dotation de l’Afrique de compagnies aériennes fortes, sûres et fiables dont le continent a grand besoin pour son intégration et sa participation au commerce mondial.
« Dans un second temps nous visons le développement en international avec la desserte de l’Europe, des Amériques et de l’Asie. Mais pour le moment, notre priorité, c’est l’Afrique. »
LA : Face à la floraison des compagnies nationales en Afrique, quels sont les atouts de Asky pour faire son trou sur le marché africain ?
GKD : Ils sont nombreux, les atouts de Asky. Le fait de ne pas être une compagnie nationale, mais plutôt une compagnie régionale communautaire à vocation africaine est l’un des tous premiers. Son partenariat avec un groupe africain fiable, Ethiopian Airlines, la plus ancienne des compagnies aériennes de notre continent, qui a une grande expérience du transport aérien, en est un autre. A ce sujet, d’ailleurs, ma conviction est que ce type de partenariats Sud-Sud est nécessaire au développement de l’Afrique. Toujours au nombre de nos atouts, Asky opère avec des aéronefs de nouvelle génération, des Boeing 737-700 NG. Ce qui fait que la moyenne d’âge des appareils de Asky est la plus jeune dans l’industrie du transport aérien.
Pour soutenir tous les facteurs de compétitivité que j’ai cités tantôt, nous avons adopté une politique de gouvernance de type privé. De par son actionnariat, Asky est une compagnie privée. Et il importe que cela soit traduit dans son fonctionnement. Prête pour la concurrence, Asky, dans le cadre sa stratégie, a prévu également de mettre en œuvre avec les autres compagnies aériennes opérationnelles de longues dates une coopération dynamique. Il est évident que notre compagnie ne peut atteindre les objectifs globaux de desserte des pays de la sous-région que si elle conjugue ses moyens, coordonne son réseau, ses programmes et ses horaires avec toutes les compagnies aériennes de la sous-région.
LA : Vous parliez tantôt de « coopération dynamique », de « conjuguer les moyens »… Comment appréciez-vous donc que sur le continent africain l’heure soit encore à l’émergence de compagnies nationales, alors que la tendance internationale est au regroupement des pavillons ?
GKD : Il est évident qu’au moment où le ciel de notre continent est littéralement assailli par les grandes compagnies aériennes internationales, qui y réalisent leurs plus grands profits, s’allier, regrouper leurs moyens, reste pour les compagnies africaines la clé pour constituer des ensembles forts capables d’offrir aux passagers des services de standing international. Nous ne semblons pas emprunter cette voie et c’est vraiment dommage. Cela l’est d’autant que l’actionnariat de ces compagnies nationales les prédispose à une faillite certaine, à court ou moyen terme. Il s’agit essentiellement de compagnies à capitaux majoritairement étatiques, donc exposés aux aléas budgétaires publics, et dont la gestion ne peut que prendre des allures bureaucratiques, forcément moins rigoureuses en termes de management, d’organisation opérationnelle, de gestion technique (sécurité, sûreté, maintenance, qualité de service…).
Nous aurions dû tirer toutes les leçons de la faillite de certains fleurons tels qu’Air Afrique, Nigeria Airways, Ghana Airways, Camair, Air Gabon, pour ne citer que ces quelques exemples. La multiplication des compagnies nationales, j’allais dire d’Etat, me paraît donc totalement absurde, antiéconomique et contreproductive. Surtout dans le contexte actuel. Déjà que le morcellement obère la capacité de ces compagnies à atteindre la taille critique pour être compétitives ; les circonstances font qu’elles sont sous-capitalisées et contraintes, du fait de leurs maigres moyens, à exploiter des marchés pour le moins étroits et à faibles revenus pour des coûts d’exploitation élevés. Une situation qui n’est pas durablement tenable.
LA : Le transport aérien étant fortement capitalistique, pensez-vous objectivement qu’une compagnie aérienne propriété exclusive de privés est durablement viable sur le continent ?
GKD : Si votre préoccupation est relative à l’implication des Etats dans le transport aérien, j’aime mieux vous rassurer tout de suite pour dire que l’Etat n’est jamais absent de tout ce qui touche au transport aérien. Qu’il ne soit pas actionnaire physique dans une compagnie ne saurait occulter sa présence dans l’activité. Les infrastructures, les taxes aéroportuaires, les droits de trafic sont autant d’éléments qui symbolisent bien la forte implication de l’Etat dans le business. Et les entreprises ont besoin de cet important agent économique.
LA : A l’état de projet, Asky était supposée suppléer la disparition de la multinationale Air Afrique. Maintenant que la compagnie est opérationnelle, cette vision de départ est-elle toujours d’actualité ?
GKD : Absolument ! La vision de départ est toujours d’actualité. C’est pour cela que Asky est une compagnie communautaire régionale à vocation africaine. C’est toujours conformément à cette vision que l’actionnariat de la compagnie est aussi varié qu’ouvert sur toute l’Afrique, avec la participation d’institutions financières communautaires engagées dans le développement du secteur privé. C’est encore parce que nous sommes dans cette vision initiale que le gouvernement de la république du Togo nous a accordé un accord de siège qui permet de bénéficier temporairement de certains avantages et facilités, notamment fiscaux. Dans l’esprit de la vision que nous avions au début, notre objectif nº 1 est de faire d’Asky une compagnie efficace au service, dans un premier temps, des femmes, des hommes et des jeunes de l’Afrique, donc de l’intégration économique et des populations du continent en général, et singulièrement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).
LA : Comment s’apprécie, à la lumière de son passé récent, l’avenir pour Asky ?
GKD : Prometteur, je serais tenté de dire. Nous sommes agréablement surpris des résultats obtenus au cours des mois passés. En effet, nous sommes en réalité en avance sur toutes nos prévisions (étude de faisabilité et d’ajustement). A six mois d’activité, Asky affichait un taux de remplissage de ses vols de 60%. Un taux largement au-dessus des 40 à 45% sur lesquels nous tablions dans nos plans. Nous avons dû, de ce fait, enrichir la flotte de la compagnie – composée de deux avions au démarrage de ses activités en janvier 2010 – d’un troisième aéronef, toujours de nouvelle génération, pour satisfaire la forte demande. Dans nos projections, cette perspective n’était envisagée que vers la fin de l’année. Dans la foulée, il faut préciser que nous avons augmenté nos dessertes. Du fait de notre vocation africaine, nos destinations actuelles sont continentales.
L’avenir immédiat pour Asky, c’est la consolidation de son réseau Afrique. Et puis dans un second temps le développement en international avec la desserte de l’Europe, des Amériques et de l’Asie. Avec la couverture de ces régions du monde, Asky aura atteint son objectif. Mais pour le moment, notre priorité, c’est l’Afrique. Car nous sommes très engagés à améliorer les échanges interafricains.
Interview réalisée par Louis S. Amédé
Les Afriques




