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Le mérite à la tête des grosses boites de l’Etat

Le 10 février 2011, Tertius Zongo procède à l’installation du comité interministériel chargé de la sélection des candidats au poste de Directeur général des Etablissements publics, des sociétés d’Etat, des sociétés d’économie mixte à participation majoritaire de l’Etat et toute autre structure assimilée. Le Premier ministre va concrétiser ainsi une idée qui lui tient particulièrement à cœur. Il s’agit de s’assurer que la bonne personne est à la bonne place : « the rigth person at the rigth place ».

C’est une décision absolument salutaire. Il est attesté de toute façon que la meilleure façon d’amorcer le développement, c’est de cultiver l’excellence. Or l’excellence n’est rien d’autre que la valorisation du mérite. Que les personnes qui sont appelées à diriger nos entreprises et nos sociétés stratégiques méritent bien d’y être. Qu’elles soient les meilleures parmi ceux qui en ont le profil. Si cette culture devait s’enraciner, ce serait incontestablement la mise en place d’un des instruments essentiels de la société de « l’émergence ». Car il est établi partout où cette étape est amorcée qu’elle l’a été avec « le culte du mérite ». Maintenant, il y a de la coupe à la lèvre entre le vouloir et le faire. Un comité ne suffit pas à instaurer la culture du mérite. Il faut d’abord que la composition du Comité lui-même procède de cette exigence. Nous l’avons déjà dit et vu avec la composition de l’ASCE. Si l’idée de sa création était une excellente chose, dans sa mise en œuvre et le choix de ses membres, les généreuses intentions ont été altérées en chemin.

Le présent comité interministériel va-t-il y échapper ?

Tertius Zongo va procéder à son installation et on pourra déjà juger sur pièce s’il peut faire le job. Mais pour qu’il en soit ainsi, il faut des règles claires de la nomination des membres, des conditions d’exercice de leur mandat, de la nature des liens de reconnaissance entre le désigné et celui qui désigne, la durée du mandat etc… Si c’est pour installer des  » Yao Ndré « , ça ne sert absolument à rien.

Ensuite, il faut veiller à ne pas fonctionnariser complètement ces structures. Il est totalement absurde de vivre dans une société ouverte et libre avec une place de plus en plus importance du privé et du libéral et continuer à vouloir régir les institutions et la société par le carcan du fonctionnaire. Ce comité devrait être aussi largement que possible ouvert à toutes les compétences et à toutes les ressources disponibles. Pour qu’il puisse être en mesure de faire des choix des méritants, il faut, et c’est le minimum, que lui-même ait été composé par les meilleurs de ceux qui sont en capacité de choisir pour les autres.

Si l’Etat veut bien jouer le jeu jusqu’au bout, il n’a pas besoin de se subordonner les  » choisisseurs « . La décision finale lui revenant de droit. Pour avoir la chance d’avoir les meilleurs choix possibles, il faut ne pas avoir le pouvoir d’influencer en amont la présélection. Parce que si l’Etat devait être en mesure de faire choisir ceux qu’il veut qu’ils arrivent en final, la sincérité du jeu serait faussée et le but recherché compromis. Ce serait alors une vraie escroquerie.

Une des conditions pour qu’il n’en soit pas ainsi, c’est évidemment d’assurer l’indépendance du comité. Quand ce sont des fonctionnaires désignés par la tutelle, comment leur garantir cette indépendance ? On devrait en savoir davantage au moment de l’installation de la structure.

Cette volonté de Tertius Zongo s’inscrit parfaitement dans le prolongement du processus démocratique. Depuis 1991, ce sont les meilleurs et les plus méritants qui sont à la tête des exécutifs et des législatives. Du moins, ce devrait être comme ça. On ne peut comprendre que dans un tel contexte, on puisse continuer à maintenir des conclaves de  » copinage « . La règle en effet dans la désignation des directeurs généraux, c’est la proximité, la confiance et même l’allégeance. Le mérité compte très peu. Beaucoup de sociétés d’Etat en ont fait les frais.

Maintenant qu’on veut changer, ce qui est à saluer, il faut éviter de faire les choses à moitié. Eviter de prendre des décisions  » chauve-souris « . Il faut en un mot éviter d’en arriver à de  » bonnes initiatives mal initiés « .

Les résultats seront plus catastrophiques. Il est certain que Tertius ne peut pas y avoir pas pensé.

Par Newton Ahmed Barry

Evenement-bf.net

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