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Le franc CFA doit être arrimé à un panier de devises

Les pays de la zone CFA devraient en finir avec le spectre de la dévaluation en arrimant leur monnaie commune à ‘’un panier de devises étrangères’’ dans la mesure où la parité fixe avec le franc français puis l’euro n’a pas permis d’impulser plus que cela le développement des Etats concernés, a estimé l’économiste sénégalais Sanou Mbaye.

‘’Ce qu’il faut, c’est arrimer le franc CFA à un panier de devises ‘’, en pensant notamment aux l’importance des échanges avec certains pays émergents comme l’Afrique du Sud et la Chine, a-t-il indiqué mardi soir RFI.

Sanou Mbaye participait à un débat sur les rumeurs d’une dévaluation éventuelle du francs CFA qui ont commencé depuis mi-novembre en rapport avec la crise des dettes souveraines – incapacité des gouvernements à payer leurs dettes – qui continuent encore à ébranler les marchés financiers la monnaie européenne.

La persistance de la crise en Europe et notamment en France ne manque pas de rappeler à certaines populations le drame social qu’a constitué la dévaluation décidée en 1994 de façon unilatérale par les autorités françaises sous la dictée quelque part du FMI et de la Banque mondiale.

La doctrine d’alors des institutions de Breton Woods était que le franc CFA, arrimé au franc français était surévalué ce qui faisait selon elles que les pays africains où il avait cours étaient moins compétitif à l’exportation.

La décision consistant à dévaluer le franc CFA a au finish conduit à un véritable drame social lié à la réduction du pouvoir d’achat des consommateurs, alors qu’elle devait rétablir la compétitivité externe des économies de la Zone franc et le redressement de leurs balances commerciales.

Pour en finir avec ces rumeurs-fondées ou non- concernant une éventuelle dévaluation du franc CFA, Sanou Mbaye préconise un taux de change flexible combinée à un abandon de la convertibilité de cette monnaie. S’y ajoute que dans le même temps, les ‘’Africains doivent s’engager dans un processus d’intégration beaucoup plus avancé’’.

Selon lui, la convertibilité de la monnaie est faite pour les pays développés et de fait aucun pays émergent, en particulier les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) ni même l’Afrique du Sud n’ont eu recours à cela.

Or, compte non tenu des investissements dans le secteur du pétrole et du gaz, l’Afrique du Sud se présente comme le plus grand investisseur sur le continent, note M. Mbaye, un ancien fonctionnaire de la Banque africaine de développement qui a publié en 2009 un essai intitulé ‘’L’Afrique au secours de l’Afrique’’.

‘’La convertibilité, c’est pour le transfert de capitaux (des élites africaines, NDLR) et le taux de change fixe est pour préserver de toute dépréciation monétaire les grandes entreprises françaises installées sur le continent’’, a-t-il estimé, citant Bouygues, Bolloré etc.

Selon Sanou Mbaye, cela conduit à ‘’un déficit permanent’’ des pays concernés. ‘’Ce n’est pas possible. C’est un environnement impropre au développement’’, affirme l’économiste dont le livre « L’Afrique au secours de l’Afrique » constitue un plaidoyer en faveur du développement autocentré du continent, qui doit être parachevé, selon son auteur, à travers l’intégration politique et économique du continent.

Ce livre de 159 pages s’attache, en même temps, à mettre en exergue les failles et les non-dits des mécanismes en œuvre dans les politiques de développement que les institutions internationales et les pays du Nord en particulier font appliquer en Afrique depuis les indépendances.

Mbaye a aussi préconisé dans cet ouvrage en faveur de la mise sur pied d’une unité d’investigation pour localiser hors du continent africain les biens et avoirs ‘’mal acquis’’ afin de les rapatrier, dans le but notamment d’asseoir ‘’la crédibilité politique’’ de l’Union africaine (UA).

Il a rappelé que le gouvernement norvégien, sous l’impulsion d’Eva Joly, magistrate française d’origine norvégienne –candidate d’Europe Ecologie à la prochaine présidentielle française prévue cette année -, ‘’mène une campagne pour que la localisation des biens et avoirs mal acquis entre dans les attributions de l’ONU’’.

Citant Eva Joly, l’auteur rapporte que ‘’ce que les pays riches accordent d’une main hésitante, les grandes entreprises, les banques, les intermédiaires, les experts et les fonctionnaires internationaux le reprennent de l’autre, beaucoup plus fermement. Pour un euro donné, les pays étrangers en retirent deux de la terre africaine’’.

‘’Les positions ont sans doute varié, les techniques de camouflage se sont sophistiquées, mais le système est là : les tyrans sont des amis, que la France a placés au pouvoir et dont elle protège la fortune et l’influence par de vastes réseaux de corruption’’, selon Eva Joly citée par Mbaye.

Elle ajoute : ’’En échange, ils veillent sur les intérêts et les ressources des entreprises françaises venues creuser le sol. Tout ce beau monde a intérêt à ce que rien, jamais, ne stimule ni les institutions ni l’économie du pays’’.

BK/AD

Aps

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