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LAT : Un chef de chantiers au pied du mur

Le nouveau Premier ministre du Pays des hommes intègres ne se sera décidément pas accordé un long délai de grâce avant de s’attaquer au dur labeur de la feuille de route que lui a confiée le chef de l’Etat : après la valse des différents « boss » à la tête des entreprises et sociétés d’Etat, on l’aura vu à l’œuvre à travers la prise de mesures tendant à faire baisser la fièvre des ménages face à la vie chère.

On le voit à présent qui s’attaque à un gros morceau, celui, immense, des chantiers commandés par l’Etat et qui, régulièrement, défraie la chronique et fait des gorges chaudes, à tort ou à raison.

Lors de sa dernière sortie, Luc Adolphe Tiao a voulu constater l’état d’avancement du bitumage de certains axes routiers, histoire sans doute de savoir où on en est réellement. A-t-il eu vent de la vague des plainte et de récriminations poussées çà et là ?

Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. Mais en tout état de cause, on ne peut que saluer l’initiative du nouveau premier des ministres : les routes sont vitales dans ce pays, et c’est une grande partie de la population qui, directement ou par ricochet, en tire sa subsistance.

Ceux qui auront suivi LAT sur les deux axes routiers qu’il a visités auront noté qu’il avait sa mine des mauvais jours. Pour faire dans l’euphémisme, on dira que l’homme n’était pas content, et cela était visible. Par moments même, on le sentit furieux et il ne se cacha pas de le signifier à qui de droit. En substance, on l’aura noté, le pm ne fit pas dans la dentelle et cracha ses quatre vérités.

LAT ne prit pas de gants pour fustiger des « projets mal exécutés » qui « font perdre de l’argent à l’Etat ». Dans la foulée, il ira même jusqu’à décider d’une rencontre dans les jours à venir avec les patrons des chantiers pour discuter de « propositions fermes ». Sans doute pour recadrage.

On l’aura compris, LAT n’apprécie pas du tout les retards constatés çà et là et il est bien décidé à taper du poing sur la table pour que dorénavant les choses se passent dans les règles de l’art. Le premier ministre avait là une excellente occasion de faire percevoir une fois de plus que la rupture annoncée lors de sa prise de fonction n’était pas un simple jeu de mots.

On ne peut que lui en tirer son chapeau. Pourvu seulement que l’ire du premier des ministres ne se résume pas à un banal coup de pub bien éphémère ; car, dans le vaste domaine des chantiers, où on trouve à boire et à manger à profusion, on pourrait épiloguer à longueur de temps pour en dire du bon et du moins bon.

On a quelquefois eu l’impression qu’il s’agissait d’une véritable zone de non-droits où le clientélisme le dispute aux délits d’initiés, et où des « gourous » tout-puissants se sont installés dans une bien fâcheuse habitude de tout faire à leur guise, à leur rythme, selon des normes qu’ils auront eux-mêmes choisies, en dépit des engagements pris lors des passations des différents marchés.

Jusqu’à une époque fort récente, il n’a pas été rare de voir par-ci par-là des chantiers bâclés, visiblement terminés à la hâte ou qui ont traîné en longueur, débordant largement la durée impartie.

Et ce, sans que personne n’y puisse rien faire. On a vu des routes bitumées qui, juste quelques semaines après réception, commençaient à présenter des nids de poules. On a constaté avec désolation que des édifices publics nouvellement construits présentaient de sérieuses lézardes avant même d’avoir été réceptionnés.

Sans compter que certains comportements ont régulièrement conduit à penser à l’existence d’une certaine collusion entre patrons d’entreprises et responsables politiques, les seconds favorisant et protégeant les premiers, ce qui, tout naturellement, garantissait à ces derniers comme une forme d’impunité, quelle que soit la qualité des travaux à eux confiés.

La pratique, allant grandissant, finit évidemment par provoquer frustrations et colère contre non seulement ces boss tout-puissants, mais aussi contre leurs amis politiques, qui retirent des dividendes subtantiels des protections qu’ils assurent à leurs amis et partenaires du jour.

Une véritable exégèse des différentes manifestations violentes enregistrées à Ouagadougou ainsi qu’à l’intérieur du pays pourrait peut-être faire ressortir que quelque part on a dénoncé aussi ces complicités qui ne disent pas leur nom, qui permettent à certains de se remplir les poches indûment, même au vu et au su de tous sans que personne, pas même l’Etat, n’ose lever le petit doigt pour tenter de faire quelque chose contre.

LAT dont l’essentiel de la feuille de route consiste à apaiser le climat social se devait de mettre le pied dans la fourmilière. Il l’a résolument fait. Mais il lui faudra courageusement poursuivre l’entreprise.

Car, dans cette tambouille quasi généralisée que constituent les chantiers, l’Etat devra, lui aussi, se remettre en cause, en assainissant un certain nombre de pratiques, déjà en son sein dans l’attribution des marchés, par exemple : tout n’y est pas toujours clair comme de l’eau de roche.

On a quelquefois fait confiance et donné quitus à de pseudo entrepreneurs dont certains n’avaient pas le moindre sou vaillant pour commencer l’ouvrage à eux confié. Sans compter que le mot est désormais devenu presque un dicton : l’Etat est un mauvais payeur.

On en a connu, des entrepreneurs qui, après la réalisation d’un ou de plusieurs ouvrages commandés par l’Etat, se sont retrouvés nus comme Job, ont dû courir des mois et des mois avant de rentrer dans leurs fonds. D’autres encore, moins chanceux, ont tout simplement et, en désespoir de cause, fini par mettre la clé sous le paillasson.

Jusqu’où ira le Premier ministre dans sa volonté affichée de nettoyer les écuries d’Augias ? Nul doute qu’il s’attaque ici à une montagne : casser les habitudes acquises au cours des années dans le milieu et ramer à contre-courant des intérêts de maîtres bien incrustés dans la profession ne seront sans doute pas les moindres de ses soucis.

Mais, une fois de plus, la tâche fait partie de sa feuille de route et si tant est que le Premier des ministres choisit de la mener à son achèvement, il lui faut un mental qui le dispose à affronter de graves tempêtes. Il faut simplement lui souhaiter de savoir persévérer dans sa volonté de rupture. C’est l’ensemble des habitants du pays des hommes intègres qui pourrait, un jour, lui en être reconnaissant.

La Rédaction

Lobservateur

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