La guerre mondiale des monnaies aura-t-elle lieu ? Quid de l’Afrique ? La Banque africaine de développement qui était au sommet du G20 a sans doute une réponse.
La guerre mondiale des monnaies a tenu le haut du pavé du dernier G20, tenu le 11 novembre à Séoul, sous le regard avisé du staff de la Banque africaine de développement. Cette guerre des taux de change est animée par les USA, qui ne disposent pas assez d’épargne, et par la Chine, qui en dispose de beaucoup. L’Oncle Sam accuse un niveau d’endettement jamais atteint (14 000 milliards de dollars d’ici début 2011). L’Empire du Milieu annonce un niveau de réserves de change record de 2500 milliards de dollars. Pendant ce temps, l’Europe, incapable d’unifier sa politique économique, se cherche. En Angleterre, les étudiants manifestent. En Allemagne, la population accepte des coupes drastiques. En France, on ne touche pas aux 35 heures, mais on recule la retraite. Plus pragmatique, l’Amérique fait fonctionner la planche à billets, imprimant 600 milliards de dollars d’un seul coup, poussant le Brésil à ériger des barricades pour se protéger des fonds spéculatifs. L’agence chinoise de notation Dagong a d’ailleurs déprécié la notation américaine, alors que les trois agences traditionnelles (S&P, Fitch et Moody’s), qui n’ont jamais vécu une telle situation, sont restées de marbre en conservant le triple AAA à l’économie la plus endettée de la planète.
Et l’Afrique dans tout cela ? Comme le note si bien le professeur Mohamed Berrada, ancien ministre marocain des Finances, « les théories libérales et l’orthodoxie financière administrée à forte dose au continent sont aujourd’hui oubliées ». Un véritable dérapage des monnaies s’en suit. Le Japon accuse la Corée. Les pays industrialisés reprochent aux émergents de laisser leurs monnaies se déprécier. Même accusation jetée par l’Europe à l’Amérique. Cette dernière, renoncera-t-elle à son « concubinage » avec la Chine, sachant que les achats chinois de bons de Trésor américain entretiennent le niveau de vie yankee ?
Et l’Afrique ?
On se retrouve, explique le professeur Berrada, qui s’exprimait à Genève lors d’un symposium, avec la Chine, 99ème rang mondial sur la base du revenu par habitant, qui entretient le train de vie de la première puissance mondiale. Bref, cette guerre des monnaies, scène de ménage entre deux alliés objectifs que sont le capitalisme américain et le communisme chinois, montre que les politiques de relance privilégient le court terme.
Cela ne doit pas occulter les questions de développement, comme l’a rappelé le président de la BAD, Donald Kaberuka, dans une déclaration à la veille du sommet : « Ce sommet historique se tient dans un pays qui s’est hissé en une génération de la situation de pays pauvre à celle de pays industrialisé prospère », indique M. Kaberuka. Et d’en appeler à un nouveau paradigme libérateur du potentiel africain. « Le moment est venu, et c’est maintenant, pour l’Afrique, de mettre en marche une dynamique sans précédent ». L’exemple du capitalisme coréen et ses Chaebols, qui ont imposé au monde ses multinationales aux marques reconnues, est sans doute à méditer pour l’Afrique.
A.W.
Source : lesafriques.com




