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La reprise de L’Oréal par Nestlé passe-t-elle par une opération séduction ?

A défaut de dévoiler ses projets vis-à-vis de L’Oréal dont Nestlé est le deuxième actionnaire après la famille Bettencourt, Paul Bulcke, son administrateur délégué (CEO) a lancé ce jeudi une vaste opération de séduction en France.

A 8 heures du matin, il était avec Xavier Bertrand, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé, pour signer une charte sur la nutrition infantile, preuve, selon lui, de la relation de confiance avec le gouvernement : « c’est l’illustration de la façon dont Nestlé se lie avec la France et la population française ». Une histoire commencée en 1868, a-t-il rappelé.

Dans la foulée, le patron de la multinationale suisse a tenu une conférence de presse à l’hôtel Shangri-La, avenue d’Iéna, pour présenter le chiffre d’affaires du groupe sur les neuf premiers mois de 2011, en hausse de 7,3 % hors effets de change.

« Je tiens à féliciter votre président et sa femme pour la naissance de leur enfant »

Pendant deux heures, entouré du Chef financier, James Singh, de John Harris, le patron de Nestlé Waters et de Richard Girardot, celui de Nespresso, il a multiplié les clins d’œil à l’Hexagone dans un français presque parfait. « Je tiens d’abord à féliciter votre président et sa femme pour la naissance de leur enfant, a-t-il commencé. Ce sera d’ailleurs bientôt un nouveau consommateur pour Nestlé. »

Dès cet après midi, Paul Bulcke se rend à La Baule pour rencontrer les équipes de Jenny Craig, la filiale de régimes diététiques du groupe, avant de partir à Dieppe, en Seine Maritime, pour découvrir l’usine qui produit les aliments destinés à la restauration professionnelle.

Une visite sur le site de production de Perrier hautement symbolique

Plus symbolique encore, lundi prochain, il doit se rendre dans le Gard à Vergèze, fief historique de Perrier et de ses luttes syndicales, pour visiter la ligne de production.

Fini donc le temps où, comme son prédécesseur Peter Brabeck-Letmathe, le patron de Nestlé venait dénoncer le droit social français et nos syndicats archaïques. A la fois souriant et diplomate, Paul Bulcke a tenu, au contraire, à saluer les 17 000 salariés qui travaillent pour Nestlé en France. « C’est ce marché, ce pays qui a les meilleures performances de croissance en Europe », a indiqué Laurent Freixe, directeur général responsable de la zone Europe chez Nestlé. Du coup, pas question de restructurations « qui créent beaucoup de souffrance », de l’aveu même de Paul Bulcke, mais « une logique d’investissement dans l’efficience ».

Mais que cachent ces assauts soudains d’amabilité ?

« Il faut donner aux salariés de l’enthousiasme pour l’excellence plutôt que de renvoyer les gens chez eux », a insisté le patron de Nestlé. Autre preuve de cette nouvelle ère de réchauffement avec la France, la semaine dernière, la réunion biannuelle du comité exécutif du groupe s’est tenue à Noisiel, en région parisienne, au siège de la filiale française. Alors, même si Paul Bulcke ne veut rien dire de ses intentions sur L’Oréal, il suffit de bien l’écouter pour comprendre de quel côté son cœur penche.

Kira Mitrofanoff, rédactrice en chef adjointe à Challenges

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