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La problématique du financement des PME

Alain Le Noir, directeur général de Finances Sans Frontières, conseiller spécial du président du Club des dirigeants des banques africaines, considère que les banques africaines ne sont pas « frileuses ».

La question du financement, de la création et du développement des entreprises est récurrente en Afrique, comme souvent ailleurs. Elle est d’autant plus préoccupante pour l’Afrique subsaharienne, que les PME constituent pour l’essentiel les chances de sortir du sous-développement. C’est pourquoi je réagis à l’article paru dans le dernier numéro des Les Afriques sous le titre « Zone Franc : frileuses banques ». Si je suis d’accord sur l’essentiel du texte, notamment sur la partie portant sur les contraintes des banques, je le suis par contre moins sur le titre.


Il est dès lors surprenant que, en un quart de siècle, aucune initiative fiable n’ait été menée pour remplacer les banques de développement. Il est grand temps de dépasser les déclarations d’intention et de passer aux actes.


Frileuses, les banques le paraitront toujours pour les entreprises à qui le crédit est refusé (on ne peut imaginer le nombre de projets de création qui sont soumis au financement sans la moindre étude de marché et sans le premier apport du demandeur). Il est tout de même remarquable de constater qu’entre 2005 et 2008 les crédits consentis à l’économie par les banques de la zone franc ont augmenté de 48%, ce qui n’est pas négligeable, surtout si l’on tient compte d’environnements politiques parfois difficiles.

Par contre, ces crédits, et Hance Gueye le dit bien dans son écrit, sont rarement des crédits d’investissement, mais, pour les deux tiers, des crédits à court terme, c’est-à-dire des crédits qui ne participent pas au financement du développement, mais accompagnent utilement les entreprises dans le financement de leur cycle d’exploitation, autrement dit, dans leur fonctionnement.

Une rentabilité suffisante

Au total, pour reprendre les chiffres publiés en 2008, les crédits à l’économie représentent 86% du total de la monnaie scripturale et de la quasi-monnaie gérées par les banques, ce qui laisse à celles-ci une trésorerie active que l’on ne peut qualifier d’« excédents de liquidité » improductives pour l’économie, mais de simple précaution au regard d’une situation de trésorerie très volatile.

La faiblesse réside, par contre, dans la distribution des crédits d’investissement, notamment de long terme. Or, ce sont ces derniers qui permettent les financements d’investissements durables et laissent le temps au débiteur de dégager une rentabilité suffisante pour assurer le remboursement du crédit sans puiser dans la trésorerie. Les raisons en sont connues et bien exposées dans l’article : elles sont à la fois endogènes (ressources de courte durée des banques, réglementation bancaire peu incitative pour les emplois longs, expertise insuffisante pour l’examen de la fiabilité des projets) et exogènes (manque de fiabilité des documents financiers remis par les entreprises, dysfonctionnements de la justice, instabilité des environnements politiques…)

Le maillon médian

En réalité, ce qui manque, il faut le dire et le répéter, ce sont des institutions spécialisées dans le financement des PME-PMI. On a su mettre en place, depuis une dizaine d’années, des structures assez bien adaptées aux besoins des micro entreprises (a croire parfois que le développement de l’Afrique dépend de tout ce qui est « micro »). Par ailleurs, la grande entreprise qui présente un bon projet trouvera toujours les sources du financement qui lui est nécessaire (marché financier, bailleurs de fonds, maison mère…). Il manque le maillon médian (mais le plus important) pourtant essentiel que sont les PME-PMI. La création, en 1917, en France des banques populaires répondait à un besoin du même type : le financement de la création et du développement des entreprises artisanales que les autres banques délaissaient. L’efficacité de la structure mise en place avec les chambres de métiers reposait sur le triptyque suivant :

– les banques, avec leur professionnalisme d’autant plus évident qu’elles étaient responsables de la bonne fin du crédit

– les sociétés de caution mutuelle, qui suppléaient à l’insuffisance des garanties personnelles

– L’Etat, qui au travers de dotations financières annuelles apportait des ressources longues aux banques et permettait l’octroi de crédits à des taux bonifiés aux financements répondant à des critères considérés comme prioritaires.

Passer aux actes

Un peu partout dans les pays de la zone franc, j’entends les représentants politiques et les acteurs économiques se plaindre de l’absence de structure de financement adaptée aux besoins des PME. Il est dès lors surprenant que, en un quart de siècle, aucune initiative fiable n’ait été menée pour remplacer les banques de développement. Il est grand temps de dépasser les déclarations d’intention et de passer aux actes au lieu de toujours croire que les banques commerciales doivent satisfaire à l’intégralité des besoins de toutes les entreprises.

Alain le Noir, directeur général de Finances sans Frontieres

Alain.le-noir@wanadoo.fr

Source : lesafriques.com

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