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La masse monétaire ou M1, M2, M3 et M4

Non, M1, M2, M3 et M4 ne sont pas les noms de code d’agents secrets espionnant le monde de la finance : ils expriment divers degrés de ce que l’on appelle plus communément la masse monétaire.

Cette masse monétaire est un terme général qui regroupe l’ensemble des nombreux moyens qui sont à la disposition des acteurs économiques pour permettre le paiement des marchandises ou des services.

– M1 est la part la plus intuitive de la masse monétaire: ce sont les billets de banque, les pièces de monnaie, ainsi que les dépôts à vue, qui sont immédiatement transformables en espèces sonnantes et trébuchantes.
– M2 englobe M1, et y ajoute les dépôts à terme de courte durée (moins de deux ans), ou ceux pour lesquels un remboursement est assorti d’un préavis (par exemple le compte d’épargne logement ou le CODEVI). Ils ne sont pas disponibles instantanément.
– M3 ajoute à M2 tout ce qui est négociable sur le marché monétaire (un marché complexe où les institutions financières placent de l’argent ou se prêtent à court terme) émis par les IFM (Institutions Financières Monétaires) et constituant des avoirs aisément disponibles, comme les OPCVM (Organisme de Placement Collectif en Valeurs Mobilières, qui comportent essentiellement les fameuses SICAV, et la kyrielle de Fonds Communs de Placement)
– M4, enfin, ajoute encore les valeurs à moyen et long terme comme les Bons du Trésor ou les billets de Trésorerie.

Comme on peut voir, la gradation entre M1 et M4 est la facilité de moins en moins grande de transformer rapidement en liquidités les avoirs en notre possession.

Mais, puisque la masse monétaire se présente sous des apparences aussi multiples, n’y aurait-il pas également plusieurs sortes de monnaies ?
Exactement ! Elles sont trois, et si elles possèdent en principe la même valeur, nous allons voir qu’elles sont bien différentes.

La monnaie divisionnaire est l’ensemble des pièces qui sont en circulation. C’est la monnaie métallique, utilisée pour les petits achats. Sa part se réduit de plus en plus dans l’ensemble de la monnaie, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Depuis l’antiquité jusqu’au Moyen Âge, c’était la seule monnaie disponible. Les pièces étaient en or, en argent ou en bronze, et leur valeur était celle du métal qui les composait. Elle se créait au fur et à mesure que l’on extrayait les métaux des mines. La monnaie divisionnaire représente de nos jours moins de 1% de la monnaie totale, et elle est aujourd’hui comptabilisée avec la monnaie fiduciaire.

La monnaie fiduciaire a été créée pour pallier un inconvénient de la monnaie divisionnaire: sa quantité est limitée par les capacités d’extraction des mines, qui se tarissent alors que la population humaine ne cesse de croître. On a donc inventé une monnaie dont la valeur ne repose plus sur une quantité de métal précieux, mais sur la confiance que les partenaires économiques lui accordent (du latin fides signifiant confiance, qui a donné le nom de fiduciaire).

Une monnaie fiduciaire peut être a priori n’importe quoi, dès l’instant que tout le monde lui accorde cette confiance. Elle sera faite de coquillages dans le Pacifique, d’une quantité de grains ou d’une tête de bétail, de papier monnaie ou de chèques de nos jours.
La valeur du papier constituant un billet de 100 euros est dérisoire en regard de celle qui lui est attribuée par la confiance que nous avons en son pouvoir d’acquérir des biens. Cette confiance se base tout de même sur des garanties, qui peuvent résider par exemple dans un stock d’or déposé dans des banques. Mais cette garantie or retombe dans le même travers que celui de la monnaie divisionnaire: elle est limitée en quantité. On utilise aujourd’hui la valeur de l’ensemble de l’économie du pays, ce qui entraîne des variations de valeur des monnaies les unes par rapport aux autres, et fait le bonheur des investisseurs sur le Forex, cette bourse d’échanges qui ne s’intéresse qu’aux monnaies.
Si la confiance vient à manquer, la monnaie fiduciaire ne vaut plus rien (par exemple les Assignats émis pendant la Révolution Française, ou le Mark allemand avant la deuxième guerre mondiale, dont il fallait une valise pleine pour se rendre chez son épicier).

La monnaie scripturale tire ce nom barbare du fait qu’elle n’est plus qu’un jeu d’écritures. Cette monnaie n’a même plus de support physique: comptes courants, cartes de paiements, virements, porte monnaies électroniques ne sont plus que des colonnes de chiffres issus d’opérations arithmétiques, de plus en plus traitées par l’informatique. Cette monnaie est la quintessence de la monnaie fiduciaire, car si chacun voulait retirer son crédit en billets de banque, le système s’écroulerait car le papier monnaie ne représente plus qu’un petit dixième de la monnaie scripturale.

La création monétaire est une nécessité dans un monde où les populations et les richesses sont en constante croissance. Il faut à l’économie une quantité suffisante de monnaie pour permettre les échanges.
Chez les anciens, ce rôle était dévolu aux mines. De nos jours, la planche à billets s’en charge, sous le contrôle des banques centrales. Son abus dévalue la monnaie, et génère une inflation.
Par le jeu des emprunts et des intérêts versés, le système bancaire et financier crée lui aussi de la monnaie scripturale, et cette création est régulée entre autres par le taux directeur du crédit. Une création monétaire se fait aussi avec les profits générés par le jeu de montages financiers de plus en plus complexes et opaques, et la récente crise dite des « subprimes » est venue nous rappeler que l’on ne peut pas indéfiniment créer de la richesse à partir de rien.

Le citoyen romain ne connaissait pas ce problème : soit il possédait des pièces de monnaie bien réelles, soit il n’en avait pas.

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Lire aussi :

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