Qui connaissait Kossouka le village, avant que Salif Ouédraogo, les milliards venus en fasse son patronyme. Pas vous, pas moi, si disons-le, même pas François Compaoré, le frère cadet du président du Faso. Kossouka village n’est pas devenu riche pour autant avec la célébrité, ses habitants n’ont pas eu accès à plus d’eau potable ni à plus d’instruction malgré la foudroyante et insultante réussite d’un de ses fils, illustrant ainsi ce que le Premier ministre Tertius Zongo a dit aux populations du Yatenga lors de sa dernière visite. Une région qui détient de par la richesse de ses fils 60% de la richesse du pays, mais reste pourtant l’une des plus pauvres du pays. Ce paradoxe est à la base de notre sous-développement. On pourra tout reprocher au PDG du holding Kossouka, sauf de ne pas avoir fait la publicité pour son patelin natal au point d’en faire le nom de son groupe international. Chef-lieu de département de moins de 20 000 âmes, 18 villages composent ce département qui doit à Salif d’être sorti de son anonymat. Les habitants auraient aimé quitter la pauvreté, mais ils n’ont qu’à suivre l’exemple de leur « pays » qui est allé à la conquête de l’ouest à Bobo Dioulasso. Et en vendant des piles, du riz et des marchandises diverses dès l’âge de 14 ans est parvenu à se hisser au sommet d’un empire qui comprend la SN-GMB, NESKO, STCK, SKV, SONITRAK, BILIA, SIDIREP,… C’est cela la légende.
– Argent, affaires et crimes
Une légende à laquelle nous avons la faiblesse de ne pas croire comme beaucoup de vendeurs de piles et de cigarettes anonymes. Nos grosses fortunes n’ont inventé aucun concept, fait aucune découverte qui révolutionne le capitalisme mais elles sortent du néant et arrivent au sommet en quelques années. Dans le cas de Salif Kossouka Ouédraogo, c’est la fulgurance de cette réussite, malgré son jeune âge et les handicaps qu’il avait qui ne cessent de nous étonner. Allez sur le site web de la holding Kossouka et vous apprendrez cette histoire du 21è siècle. C’est en 2000 que tout démarre avec le transport de carburant pour la SONHABY et le commerce, puis est créé la société STCK (Société de transport et de commerce Kossouka). En 2001, c’est la constitution de SKV (Société Kossouka Voyage). En 2003, c’est une année faste : deux nouvelles sociétés viennent s’ajouter : BILIA (Bureau international de liaison) et NESKO (Nouvelle entreprise Salif Kossouka). Ne parlons pas des multiples contrats de représentation avec des sociétés indiennes, françaises. NESKO semble être né pour le contrat avec le groupe Nestlé qu’il va représenter. Avec Nesko, Salif K. Ouédraogo va montrer la puissance de son entregent et sa capacité à convaincre les investisseurs à s’engager à ses côtés. Il va obtenir un prêt de 1 250 000 000 de F CFA de la BOAD pour acquérir et rénover les entrepôts de la CGP, faisant de Nesko une société ayant une capacité de stockage de 122 930 m3. Les anciens du monde de l’entreprise vous diront que ce n’est pas facile d’obtenir un prêt avec une banque nationale, même avec un projet bien ficelé et bancable. Pour une jeune entreprise réussir cette prouesse avec la BOAD, laisse sans voix. Quel est le secret de Salif K Ouédraogo ? Comment ce jeune homme réussit-il à apprendre si vite ? Après Nestle, c’est une autre multinationale qui s’associe au jeune yadga : BAT (British american tobacco). C’est le contrat qui lui vaudra des problèmes puisque Salif K. Ouédraogo est soupçonné de concert avec ses employés d’avoir tenté d’assassiner le représentant de BAT au Burkina M. Travaly Bandja dans la nuit du 8 octobre 2008. Avant cela, la holding Kossouka s’était encore agrandie en acquérant les GMB qu’il baptisera SN-GMB. Il réussit la prouesse d’avoir cela pour rien, puisque c’est en réalité une location vente. Non seulement Kossouka n’a pas mis ses billes dans SN-GMB, mais il a réussi à convaincre les Grands moulins de Strasbourg et la MAES de faire affaire avec lui. L’Etat l’accompagnant, SN-GMB a réussi à obtenir de la BRIC (Banque d’investissement de la CEDEAO) la somme de 3 200 000 000 Fcfa. Les GMS se souviendront de cette affaire avec Salif K Ouédraogo. Non seulement, ils n’ont pas été payés sur les dettes, mais les employés de l’entreprise ont été victimes d’une cabale. Bref, c’est une créance compromise qu’ils ont signalée à la COFACE qui les a remboursés une partie. C’est le genre d’incidents qui font dégringoler un pays dans le classement de la COFACE, notre pays qui veut améliorer son climat des affaires prend un grand coup avec de telles pratiques et ne peut pas avec de tels agissements quitter la note « NOTE Environnement des affaires : C L’environnement des affaires est difficile. Les bilans des entreprises sont souvent indisponibles et peu fiables. Le recouvrement de créances est aléatoire. Les institutions présentent de nombreuses insuffisances. Les entreprises évoluent dans un cadre difficile. Cela constitue un risque important pour les transactions interentreprises. » Depuis ces mésaventures avec BAT qui datent de juillet 2008 où la multinationale a rompu son contrat, les déboires de la holding Kossouka ont démarré. Nestlé a suivi BAT en laissant tomber le fringant capitaliste d’opérette parce qu’il ne payait pas ses dettes de plus de 6 134 548 158 FCFA. Le plus grave, c’est que notre justice a interdit à Nestle d’ouvrir Nestle Burkina au motif ahurissant que c’est la même raison sociale que Nesko. La justice met des Burkinabe au chômage et appauvrit l’Etat qui manquera de recettes fiscales pour ce qui a l’air d’une prise d’intérêts dans un différend commercial. Salif K. Ouédraogo semblait être bien protégé, bien introduit en cour auprès des gens bien placées. A sa sortie de prison, la FEDAP/BC a organisé une manifestation festive d’action de grâce à son domicile où Mme Hadja Kadidiatou Kaboré a tenu les propos suivants dans le quotidien Sidwaya : “Je suis coordonnatrice des commerçantes et opératrices économiques de la FEDAP-BC. Nous sommes venues soutenir un des nôtres, lui présenter nos meilleurs vœux. Notre Fédération fait de la paix son cheval de bataille et nous sommes venues pour la paix ». Salif Kossouka avec ses derniers déboires à la SN-GMB devrait être une préoccupation majeure de nos plus hautes autorités parce que l’écroulement de son empire comme un château de carte sera une des plus grandes catastrophes économiques de ces temps.
Sana Guy
Source : indépendant.bf




