lundi, octobre 5, 2026
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Jean Paul Sawadogo, DG de Sofitex :  » Nous comptons privilégier toujours le dialogue « 

L’Evénement : Comment se présente la campagne cotonnière après les frondes qui se sont développées dans certaines zones de l’Ouest ?

DG : De façon générale, la campagne agricole 2011-2012 s’installe difficilement au Burkina et même dans l’ensemble des pays du Sahel. Cette situation se complique dans la zone cotonnière, principalement dans l’Ouest où les frondes s’observent depuis un certains temps.

Avec l’insécurité dans les zones de fronde, il n’est pas aisé de faire une situation exacte des superficies, toutefois les estimations qui ont pu être faites, indiquent 80 à 85 % des superficies emblavées par rapport à la campagne 2010-2011 et 70 % à 75 % par rapport à l’objectif de la campagne en cours 2011-2012. Les régions frondeuses sont surtout celles de N’Dorola, Dédougou, Houndé.

Comment justifiez-vous techniquement votre refus d’accéder à la revendication portant sur le kg à 500F alors que le prix à l’international a été porté à 2000FCFA ?

Il faut peut-être relever un certain nombre d’éléments qui déterminent le coût d’achat du coton :

le coton vendu sur le marché international est le coton fibre, c’est-à-dire le coton produit par le paysan et transformé dans les usines.

Le cours mondial du coton fonctionne comme une bourse autrement dit, il varie quotidiennement.

Le cours est en dollar et par conséquent, le taux de change euro/dollar est un paramètre déterminant dans la réalisation du prix de vente.
Le prix d’achat tient compte du prix moyen annuel et non du prix d’un seul jour.

La détermination du prix d’achat intègre aussi les coûts indirects (emballages, tests pour la qualité de la fibre, transports au port Abidjan, Lomé, les manutentions etc..)

Au Burkina, la fixation du prix d’achat au producteur est régie par comité regroupant l’Etat, les sociétés cotonnières, l’Union nationale des producteurs de coton et présidé par les producteurs. C’est ce comité qui fait l’analyse des différents éléments de calcul et fixe le prix d’achat au producteur. Ce ne sont donc pas les sociétés cotonnières ou l’Etat qui fixe unilatéralement le prix.A la fin de la campagne, et sur la base du prix moyen annuel obtenu, des ristournes additionnelles sont déterminées et redistribuées aux producteurs. Par exemple le prix d’achat pour la campagne 2010-2011 a été fixé à 182 F/Kg, et les ristournes se sont élevées à 28 F/Kg soit en réalité un prix d’achat de 210 F/Kg.

Que répondez-vous à ceux qui vous accusent d’instrumentaliser des responsables de l’Union des producteurs dans le but d’enrayer le mouvement revendicatif ?

Les producteurs de coton sont organisés à travers l’Union nationale des Producteurs de Coton du Burkina (UNPCB). Cette structure a des concertations régulières et permanentes avec les Sociétés cotonnières sur les questions liées à la filière. Depuis le début de la fronde, un dialogue a été instauré avec l’UNPCB et ses membres pour échanger. Nous avons donc convenu que chaque producteur pouvait faire du coton ou pas en fonction de son analyse propre.

Malheureusement ceux qui ont décidé de ne pas faire du coton ont également voulu empêcher toute autre personne de le faire, en détruisant les champs et les autres biens d’autrui. Vous conviendrez avec moi qu’une telle situation n’est pas tolérable dans une République, où une poignée d’individus décident de faire la loi. Son Excellence, Monsieur le Premier Ministre l’a bien signifié à l’ensemble des producteurs, de même que les délégations gouvernementales qui ont eu à échanger avec les producteurs dans les différentes zones.

De mémoire de Burkinabè, on n’a jamais vu des paysans détruire les champs d’autres paysans. Je me dis franchement que s’il y a instrumentalisation, c’est certainement du côté des frondeurs.

On vous accuse d’avoir distribué sélectivement des ristournes additionnelles dans le but de fragiliser le front des contestataires, qu’en dites-vous ?

A la fin de chaque campagne et compte tenu du prix moyen annuel de la vente du coton, des ristournes sont distribuées aux producteurs. Pour la campagne écoulée, la ristourne s’élève à 28 F/kg et 185/Kg ont déjà été distribués. Nous avons procédé à la distribution des 10 F/Kg restant à partir du mois de juillet. Conformément à l’expression des besoins en intrants des producteurs, les différentes quantités ont été livrées pour la production de la campagne en cours. Comme certains ont décidé de ne pas faire du coton, nous avons demandé la restitution des intrants avant de rentrer en possession de la ristourne. Il faut rappeler que c’est la production qui sert à payer le crédit intrant. Autrement dit, si vous ne produisez pas de coton, vous n’avez pas besoin d’intrant et même que vous serez incapable de payer.

Des voix s’élèvent pour pointer du doigt la corruption dans le système de conditionnement du coton, quelle analyse faites-vous de la situation et quelles mesures comptez-vous prendre pour assainir le système ?

Le conditionnement du coton est l’opération qui consiste pour l’agent conditionneur à indiquer le choix du coton graine au producteur.

En rappel il existe deux choix de coton :
– 1er choix : coton graine blanc propre sans corps étrangers. Coton mature sans les quartiers d’orange ;
– 2e choix : coton graine terne avec feuilles mortes et des quartiers d’orange et autre corps étrangers et même parfois mouillé.

Le prix d’achat est bien sûr plus élevé pour le premier choix. Pour la campagne 2011-2011, le prix planché pour le premier choix est calculé à 245 FCFA/kg tandis que le 2e choix s’achètera à 220 FCFA/kg.

L’agent conditionneur dispose de boîtes standards de conditionnement conçus, certifiées et plombées par le service national de la météorologie. Il procède à la comparaison entre les boîtes standards et le tas de coton du producteur pour la détermination du choix.En cas de contestation du choix par le producteur, un comité de litige comprenant un représentant de l’Union Départementale des Producteurs de Coton, un représentant de la SOFITEX et un représentant de la météorologie nationale siègent pour délibérer.

Les résultats de ce comité de litiges peuvent encore être remis en cause par le producteur.

Dans ces conditions, l’on référera à la qualité de la fibre produite après égrenage pour décider du choix définitif du coton.

Il arrive en effet que dans ce processus, des agents indélicats et/ou aussi des paysans corrupteurs inters actent pour se soustraire aux procédures pourtant claires.

Nous allons sensibiliser les producteurs pour une collaboration franche pour débusquer et bouter hors du système les agents indélicats. Nous invitons aussi les producteurs à s’abstenir de toute tentative de corruption des agents et à ne pas se laisser influencer par les menaces qui viendraient à leur être proférées et de s’adresser aux cadres des régions cotonnières ou à la direction régionale.

Le coût des semences et des intrants a toujours été au centre des discussions pendant les JNP. N’y a-t-il pas quelque chose à faire pour alléger substantiellement les charges des producteurs ?

Les principaux intrants pour le coton sont les engrais et les pesticides. Ils représentent à eux seuls 60 % des charges d’exploitation. Ces intrants sont pour la plupart importés. La SOFITEX peut difficilement agir sur les prix. C’est pour cela qu’il est nécessaire de réduire les quantités d’intrants chimiques par l’utilisation de fumure organique dans le système de production. Aux différentes journées nationales du paysan, le Président du Faso a toujours insisté sur la valorisation de la fumure organique. Nous comptons organiser un débat sur la restauration de la fertilité des sols.

Historiquement, la semence avait fait l’objet de très fortes subventions de la part de la SOFITEX. Cet état de fait avait engendré une consommation abusive, des gaspillages et même des détournements des semences à des fins de revente dans les centres urbains auprès des huiliers triturateurs de graine.

Par la suite, des usines de délintages ont été construites à Kourouma et à Bobo. Cela a permis d’améliorer la qualité de la semence (levée homogène et rapide, plantule vigoureuse etc.).Cette amélioration de la qualité comportait bien sûr un coût que les producteurs ont décrié. En tout état de cause les semences delintées étaient vendues à un prix subventionné.On retiendra que la technologie évolue et que les nouvelles technologies ont un coût élevé et que ces coûts sont souvent exogènes donc non maitrisables par la société cotonnière. En tout état de cause, nous prévoyons des échanges avec les différents acteurs autour du coût des intrants, de la semence, de la fertilité des sols pour dégager des solutions appropriées

Les affrontements entre cotonculteurs ont laissé des cicatrices profondes. Que comptez-vous faire pour apaiser les cœurs et ramener la sérénité dans les zones ?

Nous comptons privilégier toujours le dialogue et la concertation. Les différents problèmes évoqués feront l’objet d’analyses et d’échanges avec tous les acteurs pour envisager les solutions idoines pour la survie de la filière. Nous allons travailler aussi à ce que les producteurs se pardonnent entre eux pour les actes de vandalisme commis par certains. Pour les auteurs de vandalisme qui ont été appréhendés, les dossiers de justice poursuivront leur cours.

Avez-vous quelque chose à dire que nos questions ne vous auraient pas permis de dire ?

Je voudrais remercier le journal pour le travail fait et qui va certainement contribuer à une meilleure compréhension du problème. Je voudrais inviter tous les acteurs de la filière à privilégier le dialogue et à bannir à tout jamais les actes de violence qui ne créent que de la haine que ni nous, ni les générations futures ne pourront gérer. La SOFITEX est une Société burkinabé, donc des Burkinabè et la filière coton contribuent à sa manière à faire vivre des millions de Burkinabé malgré des problèmes.

Sachons raison gardée, la protéger, et travailler à son plein essor en apportant chacun sa contribution à la résolution des différents problèmes qui se posent aujourd’hui et qui se poseront demain.

Propos recueillis par GBN

Evenement-bf.net

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