I. INTRODUCTION
Les experts du développement sont unanimes sur l’importance du secteur privé dans les stratégies de croissance de nos états.
– le dynamisme des entreprises privées est un levier majeur pour la création de la richesse et la croissance économique.
Dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, les Etats et les Partenaires Techniques et Financiers (PTF) consentent d’importants efforts pour combler les besoins du secteur privé. Ils visent entre autres :
– à créer un cadre juridique et institutionnel incitatif pour l’émergence d’un secteur privé performant ;
– à mettre en place des infrastructures améliorant la productivité globale des facteurs (transport, télécommunication, énergie, éducation…) ;
– à financer des projets privés.
En dépit de cet accompagnement, les entreprises du secteur privé continuent d’être confrontées à d’importants obstacles notamment aux difficultés d’accès aux crédits. Avec la crise économique mondiale actuelle, cette difficulté est exacerbée.
II. CRISE FINANCIERE MONDIALE : QUELQUES EFFETS SUR LES SOURCES DE FINANCEMENTS DU SECTEUR PRIVE DE L’UEMOA
Depuis le dernier semestre de l’année 2007, le monde est confronté à une succession de crises dont les conséquences sont des plus dévastatrices sur les finances et sur l’économie réelle. A cet égard, le financement du secteur privé devient plus problématique.
Dans la zone UEMOA, cette difficulté est plus perceptible à travers l’orientation du comportement du système bancaire, des épargnants et de la Bourse Régionale des valeurs Mobilières.
En effet, en dépit de la faible intégration au système financier mondial et une réglementation prudentielle adéquate, les banques de l’UEMOA sont exposées à des menaces dues à des effets de second tour, du fait de la mutation de la crise financière en une crise économique et sociale.
La conjoncture internationale actuelle pourrait affecter à terme la capacité des banques à mobiliser des ressources pour le financement des investissements de relance. On ressent déjà au plan local les effets suivants :
– baisse du pouvoir d’achat des épargnants de l’Union confrontés au chômage,
– baisse des transferts des migrants
– la morosité de l’activité des entreprises pourvoyeuses d’épargne à travers l’exportation
Ainsi, le rythme de croissance des dépôts a poursuivi sa tendance baissière amorcée depuis décembre 2007 en se situant à 10,4% à fin décembre 2008 contre 13,5% à fin septembre 2008.
Au plan international, les crises de liquidité et de confiance pourraient conduire les maisons mères des banques installées dans la zone UEMOA à exiger des remboursements anticipés de concours financiers antérieurement consentis aux filiales, le rapatriement des dividendes et le non renouvellement de certaines lignes de crédits.
Dans ces conditions, des tensions pourraient alors apparaitre sur la liquidité bancaire et sur le marché interbancaire de l’UEMOA avec comme corollaire la hausse du coût des ressources.
– sur le compartiment le plus actif (compartiment à une semaine) du marché interbancaire de l’Union, les taux moyens se sont accrus en ressortant à 6,02% en décembre 2008 contre 5,21% en septembre 2008.
Face à cette éventuelle raréfaction des ressources, le financement de l’économie notamment du secteur privé pourrait être menacé avec le retrait ou la réduction des concours des banques commerciales à certaines niches d’activité.
En glissement annuel à fin décembre 2008, le taux de croissance du crédit à l’économie a chuté en se situant à 16,4% contre 21,5% en septembre 2008.
Au niveau de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières, l’orientation des principaux indices est à la baisse depuis le troisième trimestre 2008.
– L’indice BRVM10 et l’indice BRVM composite ont chuté respectivement de 20,5% et 19,0% au quatrième trimestre 2008.
– la capitalisation boursière totale du marché s’est inscrite en repli de 16,8% sur la même période.
» Au regard de ce qui précède, les sources de financement classiques du secteur privé dans l’Union sont confrontées à une situation relativement difficile due au contexte global de crise économique.
III. APPROCHE DE SOLUTION POUR CONTENIR LES DIFFICULTES DE FINANCEMENT DU SECTEUR PRIVE DANS LE CONTEXTE ACTUEL DE CRISE
Plusieurs actions ont été mises en œuvre et d’autres sont en cours notamment pour assurer la liquidité optimale du système bancaire et le financement du secteur privé.
La BCEAO a pris un ensemble de dispositions afin d’assurer un niveau de liquidité optimale au sein du système bancaire et renforcer la coordination ainsi que la concertation entre les autorités de régulation et de surveillance des différents compartiments du système financier. Ces mesures visent à lever la contrainte de resserrement de la liquidité bancaire.
La BOAD a octroyé au cours de l’année 2008, des financements pour un montant global de 103,8 milliards FCFA dont 65,5 milliards F CFA pour le secteur marchand. Les financements octroyés au cours du premier trimestre 2009 s’établissent à 77,2 milliards de FCFA dont 30,3 milliards pour le secteur marchand.
Consciente de la rareté des ressources longues dans notre espace ,la BOAD contribue à la vulgarisation de l’activité d’arrangements de financements en vue de lever les contraintes de financement du secteur privé face à l’immensité des besoins. A titre illustratif, le montant total des requêtes de la Banque tous secteurs confondus, s’établit à date à plus de 1 200 Milliards FCFA à syndiquer avec la participation des banques de l’Union et d’autres partenaires (BAD, BDEAC, AFD, BEI…).
A l’échelle Communautaire des mesures sont en cours en vue de mettre en place un Fonds d’Investissement dédié à l’énergie dont la vocation est notamment de soutenir l’intervention du secteur privé à travers le partenariat Public-privé en vue de résorber durablement la crise énergétique qui paralyse le développement des entreprises de l’Union.
Le Programme de Restructuration et de Mise à Niveau de l’Industrie des Etats membres de l’UEMOA, piloté par la Commission de l’UEMOA avec l’assistance technique de l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI), prévoit l’appui des promoteurs de projets privés.
IV. CONCLUSION
L’UEMOA, relativement épargnée dans un premier temps par la crise financière, se retrouve actuellement dans la tourmente de la récession économique mondiale qui en est issue. L’analyse des indicateurs économiques et monétaires de l’Union fait apparaître le début de la répercussion de la crise financière mondiale sur l’activité économique . Les tensions sur le marché interbancaire, le recul des dépôts des agents économiques et l’orientation défavorable de la BRVM au cours du dernier trimestre 2008, pourraient à terme exacerber la problématique du financement du secteur privé.
Cependant, au regard de l’importance du secteur privé dans les stratégies de croissance de nos Etats et la lutte contre la pauvreté, des initiatives ont été conduites par les autorités monétaires et financières en vue de contenir et d’atténuer les effets de la crise et d’assurer un financement conséquent des entreprises privées.
Dans cette dynamique, la BOAD entend promouvoir les partenariats et vulgariser les structures et instruments de marché d’une part et se positionner comme un partenaire des entreprises, leader des financements innovants. Elle compte également agir de concert avec les autres institutions de l’Union (Commission de l’UEMOA et BCEAO) et les autres bailleurs de fonds en vue d’une nouvelle approche de financement plus compétitive et favorisant les véhicules de financements spécifiques notamment pour les PME/PMI.
Rencontre entre le Président de la BOAD et les opérateurs économiques sous les auspices du Cercle des Jeunes Chefs d’Entreprise du Burkina
le 21 avril 2009 à Ouagadougou
Source : boad.org




