En modifiant profondément les habitudes culturelles, Internet déstabilise tout l’édifice social. Le raz-de-marée ne se fait guère dans le détail. Pour une part, il révèle les manquements de ceux qui s’étaient endormis dans le confort de leur position.
Une presse qui n’a plus grand-chose à voir avec le mythe glorieux du « contre-pouvoir » ; une industrie du disque dévoyée par le marketing, qui a cru pouvoir reporter indéfiniment la remise en question qu’impliquait l’apparition du numérique.
Alors que les innovations permises par l’irruption des réseaux restent tâtonnantes et peu organisées, les anciens équilibres sont balayés. Aujourd’hui, la panique gagne la chaîne du livre, confrontée au développement des librairies géantes en ligne, à la numérisation sauvage du patrimoine littéraire, ou encore au perfectionnement technique du « livre électronique ».
Pour les internautes, la connexion permanente et l’exigence de réactivité qu’elle entraîne font voler en éclats la frontière entre vie professionnelle et vie privée. De même, le réseau offre l’occasion d’une mise en concurrence « parfaite » des travailleurs du monde entier. Quant aux avantages apportés par Internet, ils restent très inégalement répartis, à la fois au sein d’un même pays et à l’échelle du globe.
Dématérialisation et mise en réseau ouvrent des perspectives dont on ne fait encore que commencer l’exploration. L’apport le plus évident d’Internet est sans doute la libération de la parole, la possibilité pour toute personne connectée d’exercer de façon significative son droit à la liberté d’expression.
Le réseau provoque aussi un essor sans précédent du travail coopératif, destiné à produire aussi bien des logiciels libres qu’une mise en forme du savoir. La fluidité du numérique permet aux sons, aux textes, aux images fixes ou animées de circuler avec une facilité inédite, offrant des possibilités quasi irrésistibles de diffusion, mais aussi de reprise et de réinterprétation. L’indigence des réponses apportées à cette nouvelle donne conduit les « pirates » à s’opposer frontalement tant aux pouvoirs publics qu’aux industriels de la culture.
Enfin, le succès des réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter oblige à repenser la protection de la vie privée afin de prendre en compte le dévoilement intentionnel, par leurs utilisateurs, d’informations les concernant. L’importance acquise par la technologie invite à en diffuser plus largement la maîtrise.
Subjugué par une technologie et des outils encore inimaginables il y a quinze ans, on en oublierait vite d’interroger les évidences. « Dématérialisation ? » Même si on l’emploie par commodité langagière, le mot est pour le moins inadéquat : loin de résider dans quelque éther mystérieux, les données des internautes sont stockées dans d’innombrables « fermes de serveurs », plutôt gourmandes en énergie.
Derrière les terminaux de plus en plus élégants, petits et légers, ordinateurs ou téléphones portables, que chacun s’intègre à son environnement intime et personnalise à sa guise. Des géants dont l’empire se fait et se défait au gré des modes, des alliances et des rivalités industrielles, de l’évolution des goûts et des pratiques.
Frustrés de se voir relégués au rang d’opérateurs techniques permettant à d’autres de réaliser de juteux bénéfices, les marchands de « tuyaux » tentent de diversifier leurs activités en investissant dans les contenus, ou de trouver de nouveaux débouchés en se ruant sur le marché africain. Tandis que la publicité, seule source de rentabilité avérée sur le Web à condition de lui donner une forme adaptée, suscite des assauts de créativité et aiguise tous les appétits.
Un usage « raisonnable » est exigé
Si l’utilisation d’Internet à des fins personnelles n’est de manière générale pas favorisée par les entreprises, elle est en tout cas tolérée. En partie parce qu’une interdiction pure et simple de surfer sur le web pour consulter ses e-mails, lire un article de journal, ou écouter de la musique serait techniquement très difficile à mettre en place. Nombreuses sont cependant les entreprises qui filtrent ou prohibent certains sites, via leur charte informatique.
L’objectif est alors avant tout de se couvrir, pour éviter que les agissements virtuels de leurs salariés, qui engagent toujours la responsabilité de l’entreprise, ne soient à l’origine de condamnations.
Une façon d’éviter aussi qu’ils ne saturent la bande passante et ne nuisent à la productivité de leurs collègues. Mais s’il est toléré de surfer sur le web à des fins personnelles, cet usage doit rester « raisonnable ». Tout en restant dans les limites d’une utilisation raisonnable du Net, l’employeur a droit de regard sur tout mail ou fichier créé par ses employés avec les outils informatiques mis à leur disposition, à moins qu’ils ne soient explicitement « personnels ».
Une notion à laquelle sont a priori assimilées les boîtes mails externes (type gmail, yahoo ou orange…). Le principe du respect de la vie privée demeure donc applicable sur le lieu de travail, à la seule condition de préciser clairement ce qu’il veut voir relever de sa vie privée. Surfer sur le Net ou consulter ses mails personnels au bureau sont autant d’activités devenues banales. Votre employeur peut-il cependant vous les reprocher ?
Prosper B. NAON
Source : sidwaya.bf




