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Hôtel Silmande : Le fleuron n’est plus ce qu’il était

L’hôtel Silmande est en mauvaise passe. Et c’est peu dire. Le célèbre hôtel qui a fait les beaux jours de l’hôtellerie au Burkina se meurt et dans le silence. Le Silmande est entré dans une phase de déclin, comme un empire après l’apogée. Une situation que ruminent employés et clients depuis au moins de sept mois.

Le 1er janvier 2011, l’Etat burkinabè a cédé l’hôtel Silmande à Emmanuel Zongo, en location gérance. C’est une cession totale, l’Etat ne détenant plus la moindre part d’actions dans ce patrimoine hôtelier. L’homme d’affaire burkinabè a raflé la mise devant le groupe français Accor, un géant de l’hôtellerie en Afrique et dans le monde. Le groupe français était le gérant de l’hôtel pour le compte de l’Etat burkinabè depuis l’ouverture de l’hôtel en 1982 jusqu’à sa privatisation en 2011. Quant au nouveau repreneur, il n’est pas un inconnu dans l’univers de l’hôtellerie au Burkina. Emmanuel Zongo est le propriétaire de Splendide Hôtel, un grand hôtel de la capitale burkinabè. Seulement voilà, depuis que Silmande est passé entre ses mains, plus rien ne va dans cet hôtel où Il arrive de manquer jusqu’au minimum pour le service. « Si nous avons 60 clients pour une conférence, nous sommes obligés de louer des verres », aveu d’un vétéran de l’hôtel. Cela fait maintenant plus de sept mois que l’hôtel Silmande a été privatisé mais rien de significatif en terme d’innovation ne pointe. Cela n’est pas sans conséquences. Selon un employé qui totalise 28 ans de service à Silmande, « l’hôtel manque aujourd’hui d’arguments commerciaux ». Les deux machines à laver que le nouveau repreneur est venu trouvées sont tombées en panne et les travailleurs doivent sous traiter avec d’autres hôtels pour laver les tenues des clients ou « parfois nous sommes obligés de les laver à la main sans que le client ne sache ». La boite de nuit n’existe plus, les menus du restaurant sont pauvres, témoignent les travailleurs de l’hôtel. Le lundi 11 juillet, c’est avec du pain de la veille que le petit déjeuner a été servi. Les fournisseurs de denrées désertent à cause des retards de règlements de leurs factures. Dernièrement, c’est le fournisseur d’œufs qu’on a dû changer pour les mêmes raisons, selon une source. Le personnel affirme travailler de son mieux pour convaincre et rassurer les clients de venir, mais l’aspect que présente l’hôtel aujourd’hui n’est point attrayant. L’hôtel de 172 chambres caracole avec un taux d’occupation de 10% depuis janvier. « Il nous arrivait de refuser des clients à Silmande parce que l’hôtel est plein. Mais que des clients nous refusent, là il y a quelque chose qui ne va pas », nous a-t-on confié. Le dernier gros marché que l’hôtel a raté, poursuit notre interlocuteur, c’est un groupe de près de 70 clients qui étaient conduit par un député. « Quand le député a vu sous le hall les fils des ampoules qui pendaient, il a dit tout de suite : allons y ailleurs « . Le directeur général, lui, soutient qu’il y a des travaux qui sont réalisés mais qui sont d’ordre techniques et donc moins perceptibles. Ce que nous avons pu constater, ce sont les rafistolages du hall d’accueil. Notre premier contact avec l’hôtel a coïncidé d’ailleurs avec ces travaux. Ce sont de petites réfections par rapport à ce qui est attendu en termes de rénovation. « Un programme de rénovation et d’extension est prévu conformément aux obligations du repreneur qui portera sur une refonte complète de l’établissement afin d’être en meilleure adéquation avec les attentes de la clientèle actuelle. Ces rénovations porteront principalement sur une nouvelle décoration des chambres ainsi que des parties communes, parallèlement l’espace piscine, sans aucun doute le plus beau de Ouagadougou, se verra agrémenté d’un restaurant climatisé avec une paillote… ». Ce sont là les déclarations d’intentions du directeur général que l’on peut lire sur le site internet de Silmande. Pour le nouveau DG, Patrick Soudeau, six mois, c’est trop tôt pour juger de leur gestion de l’hôtel. Installé au premier niveau de l’hôtel à 8 étages, le DG défend son hôtel. Il table sur les atouts de Silmande : son emplacement en bordure de forêt et d’eau, la beauté architecturale de l’immeuble, le calme des lieux. « Ces atouts, selon un employé de l’hôtel, sont des atouts naturels qu’aucune concurrence ne peut nous les enlever ». Les employés estiment qu’il est urgent de s’atteler à la rénovation comme cela est inscrit d’ailleurs dans le cahier des charges. Les clients, les fidèles parmi les fidèles ne cessent de réclamer cette rénovation à cor et à cri. « Les clients nous téléphonent régulièrement pour savoir si l’hôtel a été rénové », nous apprend un employé. Le besoin de rénovation est perceptible de l’extérieur comme de l’intérieur de l’immeuble. Le crépissage et les vitres ont perdu de leur splendeur et portent les stigmates de l’âge et des aléas du temps. A l’intérieur des chambres, « les meubles comme la décoration, tout a besoin d’être changé », confie un autre employé. Le directeur général ne dément pas. Selon lui, « les goûts des clients changent » et l’hôtel doit suivre les changements. C’est pourquoi « il faut refaire la décoration », de même qu’il est urgent de changer les lits, les meubles, les moquettes, les nappes, les téléviseurs et surtout de résoudre le problème de la climatisation qui cristallise les plaintes de la clientèle. Sur le site internet de l’hôtel, des messages des clients révèlent leurs déceptions. « La piscine et les jardins sont très bien, mais l’infrastructure de l’hôtel : non. Les chambres nous promettaient TV Satellite : il y avait seulement 2 chaînes africaines, connexion wifi : pas trouvé, minibar : inexistant, une chambre pour 2 avec une seule serviette et 1 seule savonnette : c’est tout. Pas de sanitaires à la réception mais au sous-sol où sur 5 toilettes : 2 hors service, 2 qui fuyaient avec de l’eau jusqu’aux lavabos et 1 dont la porte était sortie de ses gonds, donc ne pouvant se fermer. Le personnel très aimable mais l’infrastructure laisse fort à désirer. Accor aurait pu nous prévenir de l’état et du changement de propriétaire. Donc oui, très déçue. ». Ce message est l’avis d’un client posté le 18 janvier 2011. Ce commentaire qui date de moins de trois semaines après la privatisation conforte la position du DG sur le fait que l’hôtel présentait déjà des difficultés peu avant sa privatisation. Le PDG en était conscient et avait pris des engagements dans ce sens. Emmanuel Zongo affichait des ambitions pour l’hôtel : « Silmandé, avait-il affirmé un peu avant même la signature du contrat de location, ne peut pas et ne doit pas être à quatre étoiles … des réaménagements sont en vue pour passer à 5 étoiles et pour rendre encore plus agréable le séjour des clients dans cet hôtel ». Le sentiment chez les clients est tout le contraire aujourd’hui et certains pensent même que le Silmandé doit être dégradé d’une étoile. Le DG estime par ailleurs que le manque de clients est aussi lié aux récentes mutineries militaires qui ont eu un impact sur les affaires au Burkina. Soudeau rassure cependant que des études et des planifications sont en cours pour la rénovation, mais sans précision de date. Il préfère référer au PDG basé à l’hôtel Splendide pour plus de précisions. Nos tentatives pour rencontrer ce dernier sont restées vaines. La secrétaire qui promettait de rappeler a fini par dire que le PDG s’affaire pour « un voyage et ne sera pas disponible avant fin septembre ». Peu fréquent au Silmandé, le PDG aurait « fui » l’hôtel à cause de « l’abîme qui touche de plus en plus » tous les services de Silmande. En sept mois, les travailleurs ont eu l’honneur de le recevoir à l’hôtel seulement trois fois.

Le désarroi du personnel

La disgrâce de l’hôtel se traduit aussi par un mauvais traitement de son personnel. Après la privatisation, l’Etat a payé les droits aux travailleurs, mais sans « les mesures d’accompagnement » que certains avaient demandées pour partir de l’hôtel. L’Etat a plutôt obtenu du PDG, l’engagement à poursuivre avec le même personnel. Le statut de l’hôtel a changé et les conditions des employés aussi. De nouveaux contrats ont été signés, non par les employés mais pour les employés. Chaque employé a reçu son contrat signé à son nom par la directrice financière avec la mention P/O. « Les contrats sont arrivés en vrac en fin janvier 2011 avec les salaires dessus », nous a appris un employé. Dans le lot, il y a un groupe qui s’en tire à bon compte. Il s’agit des délégués du personnel et les délégués syndicaux. Eux qui sont supposés défendre la cause de l’ensemble des employés sont mis à l’index par les autres qui les accusent de complicité avec le patronat. Ils auraient passé un deal avec le PDG et bénéficient de meilleurs traitements. Certains d’entre eux ont même été promus, passant de réceptionniste à contrôleur de caisse avec des primes. Un autre, un délégué syndical, autrefois électricien, a été promu assistant technique. Avec leurs avantages, les délégués du personnel ainsi que les délégués syndicaux ont abandonné le reste du personnel à leur triste sort. Ils ont perdu nombre d’avantages qu’ils avaient avec le groupe Accor. Les salaires sont servis au 1/3 ou au plus au 2/3 de ce que leur servait l’ancien employeur. Certains travailleurs ont même été rétrogradés. Un maître d’hôtel qui devient serveur par exemple. Et il n’y a pas d’avances sur salaires, lesquels salaires sont payés au plus tôt le 5 du mois, allant parfois jusqu’au 15 du mois. Constatant que les délégués syndicaux « sont indifférents au sort des autres employés », les travailleurs ont exigé et tenu une Assemblée générale et ont mandaté de nouveaux collègues pour les représenter dans les instances de discussions. Malgré le traitement au rabais, « le PDG demande aux employés de continuer à travailler comme avant », mais ces derniers ne cachent pas leur démotivation. Les travailleurs sont inquiets de l’avenir de l’hôtel auquel ils ont lié leur vie,  » la plupart des travailleurs de l’hôtel y sont depuis l’ouverture en 1983 « . Le directeur général reconnait le professionnalisme du personnel. « Dans l’ensemble, nous avons un bon service, ils sont attentionnés et agréables envers les clients », déclare M. Soudeau en parlant des employés de l’hôtel.

Zongo a-t-il été favorisé ?

Aux dernières nouvelles, le PDG aurait écrit à la commission de privatisation pour demander une autorisation de sous louer l’hôtel. En clair, il voudrait passer la main à un de ses ex concurrents, Nassa Idrissa. La commission de privatisation n’existant plus, le dossier est géré par le trio ministériel : Commerce, Tourisme et Finances. Dans sa plaidoirie pour rétrocéder l’hôtel, le PDG évoque des raisons de santé. Dans une dernière lettre, il disait que, passé le mois d’août, il ne sera plus responsable de ce qui se passe à Silmandé et qu’il faut désormais s’adresser à son avocat. Le Groupe Accor avec des partenaires nationaux et Sopatel de Nassa Idrissa étaient les deux concurrents du PDG de Splendide. Zongo aurait bénéficié d’un soutien fort dans le gouvernement de Tertius Zongo pour se défaire de ses deux concurrents. Il a pris l’hôtel avec 42 mois d’essais au cours desquels il est dispensé des frais de location de l’ordre de 160 millions par mois. Il assure seulement les salaires et les charges de fonctionnement de l’hôtel. C’est un avantage nettement au dessus des 10 milliards d’investissement que le contrat lui impose pour la rénovation. Malgré ces avantages, l’hôtel Silmandé reste plombé. Selon les termes du contrat, le délai imparti pour la rénovation est même dépassé. C’est l’Etat qui devrait s’enquérir de la santé de l’hôtel, mais aucun service ne s’y est encore intéressé. Le Silmandé est donc dans un vrai tourbillon.

Par Boukari Ouoba

Evenement-bf.net

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