L’organisation du Hadj fait l’objet de polémiques depuis un certains nombre d’années. Jadis organisé par les associations islamiques de concert avec l’Etat, il a été confié à des structures privées, aux compétences avérées dans l’organisation et le transport de puis 2007.
Tout cela répondait à un souci de respecter la laïcité de l’Etat et d’avoir des compétences idoines pour bien exécuter les différentes tâches inhérentes aux hadj. Mais jusqu’à cette édition 2011, des gorges chaudes dénoncent ce quelles appellent du monopôle, de la cherté du billet…
Ce fut d’ailleurs le plat de résistance de la conférence du 13 septembre 2011 organisée par six agences de voyage : Ranguna voyage, Prestige voyage, Africa voyage, Golf Tours, Zahra voyage et Okaz voyage.
Comme à l’accoutumée, des opinions ont toujours critiqué l’un ou l’autre aspect de l’organisation et particulièrement du transport du Hadj. Si bien que le citoyen lambda n’arrive plus à comprendre cette guéguerre vécue lors des différentes éditions. Des éclairages s’avèrent nécessaires.
Ya t-il vraiment monopole ?
Jusqu’en 2009, le volet Organisation du Hadj et le volet Transport des pèlerins au Hadj étaient confiés à des agences privées. Cette façon de faire a montré ses insuffisances obligeant ainsi l’État, par décret, à séparer le volet Organisation du Hadj du volet Transport des pèlerins au Hadj.
Mais compte tenu des compétences avérées de certaines agences aussi bien du point de vue transport que de l’organisation, il y en a qui ont été attributaires des deux volets. Et c’est le cas de STMB TOURS.
La compétence toujours, seul critère pour départager les soumissionnaires
Pour cette édition 2011, STMB TOURS a décidé de soumissionner seulement pour le transport dans un souci d’être très opérationnel et répondre aux besoins des pèlerins. Si au départ six sociétés ont acheté les termes de références, trois ont finalement déposé leurs offres. A l’issue du dépouillement, les résultats ont permis l’octroi du marché à STMB TOURS. Les autres ayant été techniquement moins opérationnels. Alors on se demande ce que feraient les pèlerins si STMB TOURS ne participait pas et que l’appel d’offre était infructueux ? Apriori il n’y aurait pas de transport et par conséquent pas de hadj 2011.
De la présumée cherté du billet d’avion
Les uns et les autres réclament un traitement social du hadj. Et pourtant, tous sont au courant que le transport est assuré par des sociétés privées. A priori, le privé ne travaille pas pour du social seulement mais veut aussi faire du profit et se maintenir sur le marché.
Dans le cas spécifique du Burkina, le pays ne dispose pas de charter pour le transport des pèlerins. Dans ces conditions, on est obligé de louer des Boeing de compagnies d’autres pays, à l’instar d’Ethiopians. Alors qui dit location, parle de dépenses qu’il faut exécuter.
Du point de vue du nombre des pèlerins, le Burkina Faso en a moins, comparativement à d’autres pays historiquement musulmans comme le Niger et le Mali. Et pourtant on sait que plus il y a des pèlerins et moins le coût est disant.
Enfin, la qualité des services est un critère objectif dans la fixation des prix. Il faut de la qualité pour les avions, les logements et les services divers. En effet, aucun des pèlerins ne souhaite rester en rade dans un aéroport. Et pour cela, le transporteur exclusif y met un prix pour éviter des désagréments. Aussi prend t-il attache avec des avionneurs sérieux et qualifiés.
De la dangereuse comparaison des prix avec ceux d’autres pays
S’il est vrai qu’on peut être tenté de comparer les prix, la logique aussi voudrait qu’on compare la situation socio économique voire politique de chaque pays. En effet, ce sont des donnés qui influent aussi sur le coût du Hadj. Mais l’Etat doit avoir seulement un regard de régulateur sur tout ce qui se fait à ce sujet.
Du point de vue politique, le caractère laïc du Burkina Faso ne permet pas à l’Etat de subventionner le Hadj même si d’autres pays à l’instar du Mali subventionnent. Pour 2011 et selon Madi Ouédraogo, DG de STMB TOURS, le Mali prend en charge 1500 pèlerins sur un total de 5000 pour un coût de 2.200.000 FCFA. Au Burkina Faso, pour un total d’environ 2500 pèlerins, on a un coût de 1.935.000 sans subventions. Faisant la comparaison, on se rend compte qu’au Burkina Faso, on est encore moins cher malgré le nombre réduit de pèlerins.
TABLEAU COMPARATIF DES COÛTS DU HADJ 2011-AFRIQUE DE L’OUEST
| Pays | Cout du billet | Coût total hadj | Nombre de pèlerins | Subventions de l’Etat |
| Burkina Faso | 1.200.000 | A partir de 1.935.000 | 2.000 – 2.500 | 0 |
| Cote d’ivoire | 1.275.000 | 2.580.000 | 4.500 – 5.000 | 1.225.000 |
| Sénégal | 1.235.000 | 2.450.000 | 10.000 | 0 |
| Guinée | 1.200.000 | 2.400.000 | 7.000 | 300.000 |
| Niger | 930.000 | A partir de 1.800.000 | 14.000 | 0 |
| Bénin | Non disponible | 1.830.000 | 3.000 | Avance de fonds du gouvernement |
| Mali | 1.250.000 | 2.200.000 | 5.000 | 1.500 pèlerins pris en charge par l’Etat |
| Togo | Non disponible | 1.675.000 | 1.500 | Subvention non précisée |
Aux dernières nouvelles, le Premier Ministre, Luc Adolphe TIAO rencontrera demain jeudi les acteurs en charge de l’organisation du Hadj. Les pèlerins attendent certainement beaucoup de cette réunion »
Le Hadj, une nécessité et non une obligation
L’accomplissement du cinquième pilier de l’Islam ne doit pas être objet à polémiques. On ne doit pas se saigner non plus pour accomplir le pèlerinage à la Mecque quand on sait que son accomplissement est souhaité mais pas obligatoire. C’est une question de moyens quelqu’en soit le prix auquel on l’accomplie. Certes, le Hadj nous confère un statut, des privilèges, mais son accomplissement ne doit pas être une obligation à telle enseigne qu’on crée une guerre des prix.
Alors les uns et les autres doivent s’entendre et éviter ces querelles autour du pèlerinage. Toute chose qui pourrait jouer sur son importance car sujet à polémiques surtout du point de vue financier.
Lucien Manzaba, pour burkinapmepmi.com | mazba@burkinapmepmi.com




