Elle se fait appeler « l’empereur du pagne tissé d’Afrique ». Et ce n’est pas une prétention pour peu que vous fassiez un tour au quartier Sicap-Liberté 6 à Dakar pour visiter le showroom de son entreprise PROMOFIL. Haby Maïga, en est la directrice générale. Nous avons voulu mieux faire connaissance avec cette femme, à la rigueur manifeste, très active dans l’entreprenariat au Sénégal.
Nous avons remarqué cette dame à la faveur de la remise du Grand Prix du Président de la République du Sénégal pour l’artisanat, édition 2004. C’est elle qui en était lauréate. Un prix qui couronnait en son temps près de 40 ans d’activité dans la valorisation du tissage. Haby Maïga est aujourd’hui à la tête d’une entreprise remarquable, connue pour son label de qualité. Mais pour arriver à ce résultat, elle a bravé d’énormes difficultés.
De la campagne à la ville
L’histoire de Haby Maïga avec le coton remonte à son enfance. A Gassan (Province du Mouhoum dans l’ouest Burkina) où vivait sa famille, son père cultivateur de coton habillait le village avec les pagnes tissés faits de ses propres mains. Bien qu’elle aille à l’école française, elle aimait aider la grande mère et la maman à filer le coton.
En 1956, elle quittera Gassan pour Markhala dans la région de Ségou au Mali. Elle y affinera la technique du tissage auprès de sa grand-mère maternelle. C’est au Mali qu’elle se mariera en 1959. Elle suivra son mari à Dakar où ce dernier trouve un poste de chimiste à l’Université Cheick Anta Diop. Madame Maïga s’inscrit au centre de perfectionnement de Gambeta d’où elle sortira secrétaire. Premier emploi à la Facultés des lettres et des sciences humaines de l’Université de Dakar où elle y passera 18 ans. Ensuite le siège de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) l’accueille pour bénéficier des ses services en secrétariat.
Parallèlement à ses occupations, Haby Maïga poursuivra son activité liée au pagne tissé, en confectionnant des pochettes, des porte-documents et des sacs. En 1972, elle met à profit ses congés pour se former en coupe et en broderie. « Aller méthodiquement et surement. Je n’avais peur de rien. J’étais sûre de ce que je faisais et qu’un jour je réussirais », affirme-t-elle.
Le début d’une histoire d’entreprise
Le premier véritable gros marché de Haby Maïga tombera en 1972. Assistante du chef de département des lettres et des sciences humaines, elle était chargée de l’organisation d’un colloque Afrique- Amérique latine. L’idée lui vient de confectionner des sacs qu’elle vendrait à chaque participant. Encouragée dans cette démarche par son oncle, le Professeur Joseph Ki-Zerbo, ce fut une réussite. « Chaque fois que je lui rendais visite, il me demandait Haby, comment va ton activité ? Quand je lui disais que ça allait mieux, il me disait alors prends un tisserand de plus. Il avait confiance en moi, et sa femme m’a aidé à trouver certains marchés ». En plus des encouragements de son oncle, les étudiants qu’elle côtoyait à l’université lui parlèrent du Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou (SIAO), en la persuadant du bénéfice qu’elle en tirerait en s’y rendant. Haby Maïga fait ses bagages pour Ouagadougou en février 1987.
En trois jours, elle écoule toute la marchandise. Un succès qui lui vaut le respect des groupements des femmes de Ouagadougou. « Depuis lors, le SIAO est devenu pour moi une drogue, je ne peux manquer une édition. Je suis la première sénégalaise à y être allée. A la deuxième édition en 1990, j’ai eu un stand gratuit par lequel j’ai représenté le Sénégal. Je suis une des doyennes du SIAO » déclare-t-elle avec le sourire.
PROMOFIL au quotidien
Le nom PROMOFIL, promouvoir le fil, a été trouvé par Ousmane, le regretté mari de Haby Maïga qui la proclame empereur du pagne tissé en signe d’encouragement pour ses idées et ses créations. Il était convaincu lui aussi qu’il y avait un intérêt et un bénéfice certains à s’investir dans le coton cultivé en Afrique. «Mon mari m’a toujours soutenue et m’a donnée confiance en moi-même et en la vie ». La photo de son mari trône en bonne place à l’entrée du showroom. A coté d’elle, celle de sa maman. « Ma mère Binetou Zerbo Traoré m’a inculqué le respect du fil et m’a transmis le savoir-faire jusqu’à sa mort. Elle a été mon ange gardien », lit-on sur la photo encadrée. Forte de la protection de ces personnes, Haby Maïga s’est battue « comme un taureau » face aux énormes difficultés quant à l’achat du coton, à sa transformation et à la vente des produits finis. « Des fois, j’ai pleuré dans le secret de ma chambre pour me soulager. Après je me remets au travail pour aller de l’avant ». Malgré la concurrence, Haby Maïga se bat pour être au devant de la scène, « j’ai été la première, je ne peux pas être la dernière » confie-t-elle. A PROMOFIL, ce sont l’expérience, la qualité, l’honnêteté qui font la différence. L’entreprise a trouvé un créneau porteur.
Aussi s’évertue-t-elle à l’impulser par une production de qualité proposée à la consommation à toutes les couches de la population. Des articles d’habillement, aux cadeaux d’entreprise en passant par la bagagerie et l’ameublement, tous sont rendus attirants par leurs motifs « fait main », du design sorti de l’imagination de Haby Maïga.
Les articles aux marques et modèles déposés qui rendent souvent hommage à des êtres proches ou chers. Ainsi a-t-on le sac « ki-zerbo », le porte document « kiba », et « koyo », respectivement en souvenir du célèbre historien, d’un ami journaliste et de sa tendre maman. PROMOFIL, l’entreprise familiale est bien gardée. Des sept enfants de Haby Maïga, deux filles formées en gestion et en commerce international l’aident à faire marcher les affaires qui donnent de l’emploi à dix employés. Malgré leur petit nombre, l’entreprise arrive à satisfaire les commandes. A la retraite et la soixantaine bien entamée, Madame Maïga ne pense pas à se reposer de sitôt. « Je travaille constamment, car je veux que cette boutique africaine soit présente dans toutes les capitales africaines et en Europe ».
Pour le moment, elle profite du voyage annuel aux Etats-Unis, organisé par l’agence sénégalaise pour la promotion de l’artisanat pour montrer tout le savoir-faire de l’Afrique de l’ouest. Si Haby Maïga est burkinabè d’origine et très attachée à son village de Gassan, elle se voit comme une citoyenne de l’UEMOA et du monde. Véritable polyglotte, elle parle aisément Dioula, Moré, San, Sonrhaï, Wolof, Sérère, Bambana, Français, Espagnol, Italien, Créole.
Haby Maïga affirme avoir bien fait siennes les idées de l’indépendantiste regretté président guinéen Sékou Touré. Convaincue que l’avenir de l’Afrique réside dans le choix éclairé de sa jeunesse, Haby Maïga conseille à ceux qui veulent se lancer dans l’entreprenariat à s’armer de rigueur, de persévérance, d’être sûrs d’eux même, de se faire un plan de départ, d’être assidu et d’avoir qu’un conseiller, un seul. « Plusieurs conseillers peuvent induire en erreur » prévient-elle.
A ceux qui pensent qu’ils trouveront l’Eldorado en Occident, elle assure : « ce que les gens vont chercher là-bas, ils l’ont en Afrique ». Une Invite à tisser leur vie comme elle l’a fait avec le fil.
Christian KONE
Burkinapmepmi.com
Contact PROMOFIL : (221) 33 827 09 07 – promofil1985@yahoo.fr




