Ils sont quelque 6 000 Burkinabè à vivre en Guinée équatoriale. Tous espèrent décrocher le jackpot et faire fortune. Mais l’eldorado se transforme bien souvent en enfer, voire en cimetière pour certains.
Moustapha Moryanga ne verra plus jamais son Burkina natal. Son corps a été retrouvé le 25 janvier dernier, sur le chantier qu’il gardait, baignant dans une mare de sang. Il a été sauvagement assassiné à coups de poignard. Son compagnon avec qui il gardait la maison en construction a eu plus de chance. Il a pu s’échapper dans la forêt lors de l’assaut contre leur cabane en bois. Les assaillants en voulaient au groupe électrogène qui alimente le bâtiment. Ce décès violent est en passe de devenir un fait divers banal dans le quotidien difficile de la communauté burkinabè. En majorité sans papiers (la carte de séjour coûte 500 000 F CFA par an et là encore, il faut user de pots-de-vin pour espérer avoir le précieux document), ils flirtent chaque jour avec le danger, face à des policiers dont la seule occupation semble être la chasse à l’immigré clandestin. « Nous sommes traités comme des chiens dans ce pays », se plaint ainsi un de ces nombreux jeunes Burkinabè venus chercher le salut au pays de Obiang N’Guema. C’est vrai, il y a de l’argent dans ce pays. C’est un gigantesque chantier à ciel ouvert. La Guinée équatoriale, grâce à la manne pétrolière, ne connaît pas la crise. Mais encore faut-il avoir un métier et surtout la fameuse carte de séjour. Sinon, c’est l’esclavage assuré, sur des chantiers où les notions du droit du travail sont totalement inconnues. Plus que les salaires injustes, c’est la façon de traiter ces travailleurs, dont les bras sont pourtant utiles pour la construction du pays, qui écoeure le plus.
Un commissariat surnommé Guantanamo
A l’évocation de son nom, beaucoup de Burkinabè vivant en Guinée équatoriale et particulièrement à Malabo, tremblent d’effroi. Guantanamo, c’est le surnom donné au commissariat central de Malabo. C’est là que sont détenus les sans-papiers, avant leur extradition ou leur libération (c’est selon qu’ils ont ou pas une personne pour payer un bakchichs s’élevant à des centaines de milliers de francs). Guantanamo mérite son appellation. Située dans les entrailles du commissariat, après qu’on ait passé de nombreux postes de contrôle, ce qui s’apparente à un centre de rétention, est un véritable bagne. Femmes et hommes partagent de vastes cellules devenues petites à cause du surnombre des pensionnaires. En forme de « U », la cellule est criblée d’écrits en plusieurs langues, sans doute les traces des prisonniers qui y sont passés. En anglais, une inscription en lettres majuscules, dans un coin du mur crasseux : « No human right here » (Aucun droit humain ici). Sous les yeux des détenus, des cuisinières s’affairent autour de paquets de poulets surgelés et de légumes. Mais il faut se détromper. Le repas qui se prépare est uniquement destiné aux policiers de Guantanamo. Les détenus ne pourront qu’en humer le fumet. Ils sont au régime pain sec exclusivement et crèvent visiblement de faim. Tant pis pour celui qui ne reçoit pas de repas venant de l’extérieur. Dès qu’ils voient un visiteur, même inconnu, tous les misérables de Guantanamo ont le même geste. Ils tendent la main pour demander un billet de banque. En ce mois de janvier, il y fait une chaleur étouffante. La plupart des pauvres hères qui s’y trouvent sont d’ailleurs torse nu. Une dizaine de Burkinabè y étaient détenus. « C’est un chiffre acceptable », indique un habitué des lieux, qui précise qu’ils étaient une quarantaine il y a peu. Romuald Tiendrébéogo est un des locataires du sinistre endroit. Grâce à l’argent envoyé par son grand frère vivant en Europe (près de 500 000 F CFA), il espérait obtenir une libération. Mais depuis que l’intermédiaire, un Burkinabè, a reçu la somme, il n’a plus donné signe de vie. Cela dure plusieurs semaines. Il a fallu une intervention d’une personnalité, pour que sa situation trouve une issue heureuse. Quelques jours plus tard, en effet, il respirait le vent de la liberté. Mais pour combien de temps ? On murmure avec appréhension, au sein des immigrés, qu’après la Coupe d’Afrique des nations, ce sera la fin de la trêve. La traque des immigrés reprendra de plus belle. Les Burkinabè s’attendent à vivre des jours terribles faits de contrôles incessants, de rackets, de courses-poursuites, de rafles, de violences, etc. Bref, la « vie normale » pour eux.
Mahorou KANAZOE
Le Pays




