Le Burkina, et surtout la ville de Ouagadougou, a été sevré de pain la semaine écoulée. Les boulangers et pâtissiers étaient en grève. Pourquoi ce mouvement de colère ? Ils s’en étaient expliqués, lors d’un point de presse, le 4 novembre, premier jour de la grève.
La plate-forme revendicative de la Fédération nationale des boulangers et pâtissiers du Burkina (FNBPB) comprend 16 points. C’est ce qui est ressorti de la conférence de presse que la fédération a animée le 4 novembre 2011. Le jour de la conférence coïncidait avec le premier jour de la grève annoncée pour 72 heures. A l’occasion du premier jour de la grève sans pain, la Bourse du travail s’est transformée en un véritable marché, rendant la salle de conférences exiguë. Les boulangers et pâtissiers ont donc abandonné les fours et « fast food » pour réclamer de meilleures conditions de vie. Dans la plate-forme revendicative qui a été présentée, la fédération des boulangers et pâtissiers entend surtout crier son ras-le-bol à l’endroit du patronat, qui selon elle, « ne considère pas son travail. » A en croire le secrétaire général de la Fédération nationale des boulangers et pâtissiers, Konomba Traoré, « les patrons des boulangeries refusent depuis longtemps d’appliquer certains textes élémentaires relevant du droit du travail. » Cette situation n’est pas faite pour plaire aux travailleurs du secteur qui ont enfin décidé de sortir de leur silence. Les points essentiels de la plate-forme revendicative sont l’augmentation des salaires dans toutes les boulangeries et pâtisseries, le payement du reliquat des salaires payés en dessous du SMIG, le respect des procès- verbaux signés à l’inspection du travail. L’on retrouve également comme points de revendication inscrits, le règlement des dossiers des boulangers licenciés depuis 1982 et la reprise des travailleurs licenciés, le respect de la réglementation du travail en ces points précis : la déclaration à la CNSS, le repos hebdomadaire, le congé payé, le payement des salaires avec bulletin conformément à la loi. D’autres points de revendication concernent les conditions propres de travail. Ils concernent le respect de la visite médicale annuelle et la prise en charge des ordonnances y afférentes, la mise en place des comités de santé, l’octroi du lait sucré et du savon pour l’hygiène, ce qui est fortement lié à leur métier et nécessaire pour préserver leur santé.
Des femmes harcelées…
La FNBPB estime également qu’il y a nécessité de disposer de délégués du personnel dans les boulangeries, que les discriminations cessent et que le statut des apprentis- boulangers passe au statut de stagiaires. Ce sont donc des conditions de travail considérées comme draconiennes que connaissent les boulangers et pâtissiers. Les femmes ne sont pas en reste dans les mauvaises conditions de travail. L’une des pâtissières, exacerbée par les mauvais traitements témoigne de sa mésaventure dans une boulangerie de la place. Une fois lorsqu’elle a accouché, elle a demandé un congé de maternité. A son retour, elle s’est entendu dire qu’elle devrait travailler les nuits, ce qui lui était difficile au regard de sa situation. Elle a donc été rétrogradée avec une incidence négative sur son salaire. Outre ces situations, la FNBPB dénonce également le harcèlement dont sont victimes les femmes. La programmation de la grève des boulangers et pâtissiers est-elle liée à la fête de la Tabaski ? Selon le premier secrétaire général adjoint de la FNBPB, Boukaré Nikiéma, « les boulangers et pâtissiers ne connaissent pas de fête. Ils sont appelés à travailler doublement les jours de fête mais malheureusement, cela n’est pas reconnu par le patronat. » Aussi, ils s’érigent contre les ingérences des patrons dans leur travail, toute chose qui ne leur permet pas de travailler de façon sereine. Le plus âgé des animateurs de la conférence de presse, Mahamadi Djiguemdé, tout en faisant l’historique de la lutte dans le secteur des boulangeries, recommande au patronat l’application de l’accord d’établissement des boulangers et pâtissiers, surtout en ses articles 9 et 10. Pour lui, voilà plus de 20 ans que cet accord ne connaît aucune application. A la fin de conférence de presse, Konomba Traoré a fait remarquer que si rien n’est fait à l’issue de la grève de 72 heures, les travailleurs aviseront.
Aimé NABALOUM
Le Pays




