Le mercredi 26 janvier 2011, les travailleurs de la Nouvelle société sucrière de la Comoé (SN-SOSUCO ont décrété une grève « spontanée » pour protester contre ce qu’ils appellent « la violation flagrante des libertés ». A l’usine de Bérégadougou où nous les avons rencontrés, seule la chaudière de l’usine tournait « pour maintenir les équipements sous tension » et sauver le sucre qui avait déjà été engagé dans la chaîne de production. Du côté des travailleurs grévistes comme de celui de la direction générale, on défend ses positions.
« La plupart des travailleurs sont arrivé à l’usine comme d’habitude ce mercredi 26 janvier 2011. Personne, à l’exception des premiers responsables syndicaux n’était au courant d’un quelconque mouvement. Vers 8 heures, la sirène sonne et tout le monde se rassemble au milieu de la cour », raconte un témoin. « Le message est clair, les organisations syndicales ont décidé de réagir énergiquement et sans préavis pour exiger le départ de l’équipe actuelle qui compose la direction générale de l’entreprise et l’arrêt des licenciements abusifs qui ont touché plusieurs dizaines d’agents de haute qualification », précise Remy Soulama, un responsable : syndical de l’usine, à notre arrivée aux environs de 11 heures. Abdoulaye Tiala- secrétaire général du comité CGT-B de la SN-SOSUCO pense que les réformes entreprises par la direction générale sont liberticides. Selon lui, cette grève vise à lutter, entre autres, contre les sous-traitances qui se font sans un minimum de règles et la vétusté des moyens de transport des travailleurs. Mais le clou des revendications des ouvriers est l’arrêt du processus du retrait du statut du personnel que la direction a engagé depuis quelques mois ; le statut devant faire place à la Convention collective interprofessionnelle du secteur privé. Toute chose qui va entraîner la réorganisation du système de rémunération des ouvriers avec, à la clé, l’avènement du sursalaire. Le même jour, les délégués syndicaux ont été reçus par le gouverneur de la région des Cascades pour s’entendre dire de reprendre le travail. L’autorité régionale les a rassurés que ce mouvement a suffisamment attiré son attention. Après les travailleurs, nous avons rencontré le directeur général de la SN-SOSUCO, Didier Vandenbon. Il estime que « les travailleurs revendiquent des choses qui ne relèvent pas de leurs compétences ». Selon lui, la direction générale de SN-SOSUCO a pris l’initiative de retirer le statut du personnel actuellement en vigueur parce que cela est autorisé par la loi. Et suite au plaidoyer du collectif des délégués du personnel, le Conseil d’administration a instruit la direction générale de la SN-SOSUCO de mettre en place un certain nombre de mesures en vue du retrait effectif du statut du personnel. C’est alors que la direction adresse une correspondance aux délégués du personnel pour leur faire part de son intention avec un préavis de deux mois. En juillet 2010, la direction a effectivement remplacé le statut par la Convention collective interprofessionnelle. « Quand cela s’est passé, les syndicats ont opposé leur refus », rappelle le directeur général. Selon eux, les délégués du personnel ne sont pas habilités à traiter de pareilles questions qui relèvent plutôt de la compétence des délégués syndicaux. Ils ont même dénié la prérogative de la direction générale de retirer unilatéralement le statut du personnel. Nous leur avons opposé les textes qui nous le permettent. Le gouvernement est donc intervenu pour nous demander de surseoir au retrait du statut, le temps d’expliquer aux travailleurs le bien-fondé de la réforme. Un comité de conciliation a été mis en place à cet effet. Mais au préalable, il a été dit aux travailleurs que la SN-SOSUCO a bien le droit de se retirer du statut si celui-ci ne lui convient plus. Donc, au cours des négociations, il était question de prendre en compte les préoccupations des travailleurs. Les membres du comité de conciliation se sont retrouvés, il y a eu une mauvaise interprétation de l’arrêté ministériel de la part des travailleurs. Pour eux, il fallait rédiger un nouvel accord d’établissement alors que pour la SN-SOSUCO, il fallait seulement expliquer le bien-fondé de la réforme et répondre aux préoccupations des travailleurs. Voilà d’où est venu le premier blocage des travaux du comité de conciliation. Une fois de plus, il a fallu se référer au gouvernement qui a envoyé des techniciens du ministère du Commerce et du ministère du Travail pour situer les contextes. On a expliqué aux travailleurs que le nouveau cadre de la SN-SOSUCO et de la direction générale est la loi, à savoir la convention collective de juillet 1974, le Code du travail, son manuel de procédure, sa grille de classification et sa grille salariale. C’est donc à partir de ce cadre que les débats devaient se mener. Il ne s’agissait pas de créer un nouveau document, contrairement à ce que pensent les travailleurs. Alors les travaux du comité ont repris et nous nous sommes rendu compte que la plupart des préoccupations sont prises en compte par ce nouveau cadre de la SN- SOSUCO. Pour les mesures d’accompagnement, le directeur général dit avoir demandé d’attendre la réaction du conseil d’administration. Les points d’achoppement ont trait à la rédaction d’un accord d’établissement. En clair, les travailleurs voulaient garder l’ancienne grille salariale, la grille de classification, un treizième mois de salaire et le maintien du système d’avancement automatique. Du côté de la direction générale, on soutient que ce sont les syndicats qui ont bloqué les négociations en quittant la salle vers la fin des travaux du comité de conciliation alors que les travailleurs l’accusent d’avoir quitté la table des négociations. Pour ce qui est qualifié par les travailleurs de licenciements « déguisés », M. Vandenbon réplique que depuis un certain temps, la direction générale reçoit des demandes manuscrites de travailleurs qui souhaitent résilier leur contrat à l’amiable. Ensemble, ils auraient discuté des modalités pratiques de ces départs « volontaires ». « Ceux qui sont partis ont perçu entre 6 et 13 millions de F CFA », a conclu le directeur général de la SN- SOSUCO.
Mamoudou TRAORE
Lepays




