Un communiqué paru dans la presse ces jours-ci, rappelle au bon souvenir du Premier ministre Tertius Zongo. Les postes de directeurs généraux de l’ensemble des établissements publics de santé du pays (CHU, CHR et le Laboratoire national de santé publique) font l’objet d’appel à candidature, ouvert aux nationaux. Il en est de même de la Société nationale d’aménagement des terrains urbains (SONATUR). Des contrats à durée déterminée de trois ans avec une évaluation annuelle attendent ceux qui arriveront à décrocher un de ces postes qui, jadis, faisaient simplement l’objet d’une proposition du ministre de tutelle. Cela, sans que l’on puisse garantir que l’agent tenait cette nomination du parti, de gourous dans l’ombre ou de ses compétences révélées généralement en partie par le curriculum vitae ou par la réputation de l’homme à des postes précédents. Désormais, les postes sont ouverts et chaque Burkinabè qui se sent capable, compétent et répondant au profil demandé, peut postuler. Les vertus de la concurrence feront, si les règles sont parfaitement respectées (et on espère qu’elles le seront) que ce sont les meilleurs parmi les meilleurs qui auront l’honneur de faire valoir leurs talents et leurs compétences à des postes stratégiques de la mise en œuvre des politiques sectorielles du gouvernement.
La décision a mis du temps à se faire et ce n’est peut-être pas mal ainsi. Le ministère de la Santé est le premier vrai cobaye de la méritocratie qu’entend instaurer le gouvernement dans le management de l’Administration publique. On a encore en mémoire le feu vert donné au ministre de la Fonction publique de débarrasser les concours directs et professionnels de tous les fraudeurs et autres partisans de la courte échelle pour arriver à leurs fins.
Tout laisse donc croire que le gouvernement de Tertius s’accroche toujours à son projet, celui d’insuffler un nouveau type de management à l’Administration publique. Il va à son rythme. Les organismes de contrôle de l’Etat sont en œuvre depuis quelque temps. Petit à petit, ils comptent asseoir leur autorité. On n’ignore pas les résistances au sein du système. C’est une question de survie pour certains caciques qui avaient fait de la nomination à certains postes de responsabilités dans les structures publiques, leur chasse gardée. Un monopole par le truchement duquel on récompensait les amis ou les positionnait, en attendant mieux. La messe n’est pas totalement dite pour eux, mais c’est peut-être le chant du cygne à condition que « l’Américain » ne fasse pas l’objet de trop de pressions. Car si on a pu observer que les sociétés d’Etat étaient devenues des vaches à lait pour certains patrons, c’est que le système en place y trouvait son compte également.
La culture de la méritocratie dont les bases sont en train d’être ainsi jetées ne peut faire l’économie d’un sens élevé du bien public. C’est pour cette raison qu’au-delà de certaines considérations politiciennes ou personnelles, les mesures de salubrité publique dans la gestion administrative et financière des affaires de l’Etat et de ses démembrements doivent être soutenues par l’opinion. Car le chef du gouvernement a beau être volontaire et très engagé, si au-delà de celui qui l’a nommé, il ne sent personne avec lui, ce ne sera pas son échec. Ce sera celui de tous les Burkinabè qui auront montré qu’ils ne sont pas prêts au changement, ce changement de comportement synonyme de progrès, ne serait-ce que dans les mentalités. Mais attendons de voir ce que la nouvelle gouvernance des établissements publics va produire comme résultats.
Abdoulaye TAO
Source : lepays.bf




