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Friperie : Un négoce très prospère

Le petit commerce de friperie occupe chaque bout de rue dans la capitale et même dans les grands centres urbains. Le même phénomène est perceptible sur les foires hebdomadaires qu’organisent les petites bourgades de l’intérieur du pays. Les vieux habits, très prisés par les acheteurs, s’y écoulent comme de petit pain. Les prix, très variables, sont à la portée de toutes les bourses. Le marché abonde de vêtements pour tout le monde (hommes et femmes, enfants et adultes). Le chauffeur de taxi Bourama Traoré était très content de se faire beau avec une chemise achetée à 500 Fcfa. Au marché de Banankabougou, nous avons rencontré la ménagère, Fatou Bagayoko, les mains remplies d’habits pour enfant. Elle était très heureuse d’avoir fait une bonne affaire. Elle avait trié de jolies bonneteries pour ses 4 enfants pour moins de 15 000 Fcfa. Ces deux témoignages ne sont que la partie visible de l’iceberg. Dans les marchés de la capitale, les mères de familles et même souvent des pères de familles se lancent à la recherche de quoi habiller leurs enfants. Ils se bousculent devant les vendeurs de friperie. Le principal point de convergence est le marché de Médine.

C’est le siège des gros importateurs qui tiennent des centaines de magasins. Ils livrent des ballons à des clients grossistes installés sur d’autres marchés de la capitale. Les demi-grossistes et les détaillants s’approvisionnent auprès des grossistes. Parmi les détaillants aussi, il y a des revendeurs privilégiés. Ils sont les premiers à trier les stocks. Ensuite les clients ordinaires se contentent du reste. Les habits de ce premier tri (premier choix) sont parfois revendus cher sur les rayons des grands magasins ou à des clients fortunés. Nous nous sommes entretenus au marché de Médine avec certains marchands évoluant sur les foires de l’intérieur et sur les foires hebdomadaires. Ils s’approvisionnent selon la disponibilité à Bamako ou dans les villes frontalières de certains pays voisins. Le secteur de la friperie est un commerce très florissant et transfrontalier. Le directeur général des Douanes du Mali, Modibo Maïga, a confirmé la fluidité du marché des deux côtés des frontières de nos pays. Il estime que le business de la récupération est un circuit très intégré qui domine en ce moment l’essentiel des transactions transfrontalières.

En effet dans la sous-région, notre pays reçoit des cargaisons du Burkina Faso, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée et de la Mauritanie. Plus loin sur le continent, la friperie nous arrive du Gabon, du Togo, du Maroc, de la Tunisie de la Gambie. Le surplus de ces marchés sont déversés sur le nôtre. Mais le gros de la fourniture est directement importé de la France, l’Allemagne, l’Espagne, de la Bulgarie, de la Belgique, de l’Italie, des Pays-Bas, de la Pologne, de l’Arménie, d’Amérique ( Etats-Unis et Canada) d’Asie ( Japon, Chine). Le volume des importations est en nette progression. Il est passé de 11 535 773 tonnes en 2009 à 12 540 836 tonnes en 2011. Ce qui représente en termes de valeur marchande 4 909 406 163 Fcfa pour 2009 et 5 198 572 478 Fcfa pour 2011. Au début de l’invasion du marché malien par la friperie, vers la fin des années 70, le juteux marché était d’abord dominé par les vêtements usés, appelés « youcou-youcou ». Dans les années, 80 vient se greffer le secteur de l’automobile. À cette époque, ce sont les touristes en fin de séjour, qui vendaient leur véhicule (voiture et camion) avant de regagner leur pays d’origine.

Au Mali, ce sont les villes touristiques de Mopti, Tombouctou et Gao qui servaient de lieu de transaction. Certains expatriés arrivaient chez nous à bord de leurs propres véhicules. Ils facilitaient ainsi leur mobilité durant leur séjour, au terme duquel, ils les revendaient . Ainsi, progressivement le marché de la friperie s’est développé et s’est étendu à tous les matériels de cuisines, les appareils électroniques, les lits, les matelas, les matériels de construction, les sanitaires, les matériels médicaux. Les bibelots et les jouets et tout ce dont une personne a besoin est disponible sur le marché malien des friperies toutes catégories. Ce commerce florissant tire certes son origine de la pauvreté de la population. Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Un pays ne peut jamais se développer en servant de poubelle (marché d’écoulement) pour des produits usés ou vendu en solde des pays riches occidentaux. Au lieu de réduire la pauvreté, il l’amplifie. La floraison du secteur de la friperie ferme le marché national aux productions de certaines usines nationales. L’inondation du Mali par les friperies toutes catégories pourrait déboucher sur des suppressions de milliers d’emplois.

Malijet.com

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