Forum des Employeurs Africains : L’économie verte et l’entreprenariat féminin, nouveaux moteurs de la croissance économique et de la création d’emplois en Afrique de l’Ouest
DÉCLARATION FINALE
Nous, représentants des organisations patronales membres de la Fédération des Organisations Patronales d’Afrique de l’Ouest (FOPAO), et des associations membres de la Fédération des Femmes Entrepreneures et Femmes d’Affaires de la CEDEAO (FEFA/CEDEAO) et du Réseau
des Opératrices Economiques de l’UEMOA (RESOPE), réunis à Ouagadougou, du 20 au 22 septembre 2011, à l’occasion du Forum des Employeurs Africains sur « l’économie verte et l’entreprenariat féminin, nouveaux moteurs de la croissance économique et de la création
d’emplois en Afrique de l’Ouest », en présence de représentants de départements ministériels du Burkina Faso et du Bureau International du Travail (BIT),
Nous notons que malgré les performances économiques en progrès affichées par plusieurs pays Africains ces dernières années, l’Afrique reste confrontée à de nombreux défis : entraves au développement de l’entreprenariat et du secteur privé, prolifération de l’économie informelle,
exploitation insuffisante du potentiel économique des femmes, faiblesse de l’intégration des économies, impact dévastateur du déficit de travail décent y compris pour les jeunes. Autant de défis qui se conjuguent pour contrarier les efforts des pays de l’Afrique de sortir de la spirale de
la pauvreté.
Nous avons engagé une réflexion qui a pris en compte l’accélération des mutations économiques et sociales qui caractérisent la mondialisation et qui appellent de la part des Etats et des entreprises des efforts accrus d’adaptation et d’anticipation. Nous avons davantage pris
conscience des menaces que la crise financière et économique actuelle fait peser sur les acquis des progrès réalisés par les entreprises et les économies africaines ces dernières années. Nous avons estimé que cette crise a remis à l’ordre du jour une nouvelle prise de conscience de
l’ampleur de la pauvreté dans le continent et de la nécessité de la combattre avec plus encore de vigueur, notamment en promouvant de nouvelles sources de croissance et de développement.
Nous avons ainsi noté les enjeux du développement durable que la double crise, économique, financière et sociale d’une part, et environnementale d’autre part, place au coeur de l’ensemble des économies du monde et nous avons pris la mesure réelle de l’atout majeur que les femmes constituent pour l’Afrique du fait de leur rôle déterminant dans le développement d’activités génératrices de revenus dans nos villages et dans nos villes, qui s’ajoute à leur rôle de piliers de la
stabilité des familles, des communautés et de la société.
Nous avons, dans cette perspective, concentré notre réflexion sur 8 thèmes spécifiques couvrant tour à tour la situation de l’entreprenariat féminin en Afrique de l’Ouest, la croissance verte et les emplois verts, les secteurs porteurs dans l’économie verte et les initiatives des femmes
entrepreneures y développées en Afrique de l’Ouest, le financement des PME ainsi que la formation et le renforcement des capacités des femmes entrepreneures :
Etat des lieux de l’entreprenariat féminin en Afrique de l’Ouest
Nous avons revisité les barrières bien connues à la création et au développement des entreprises de femmes : accès au financement, accès à la propriété, insuffisances des opportunités d’affaires,
pesanteurs socio-culturelles, niveau d’éducation, etc. En Afrique de l’Ouest, des progrès ont été enregistrés avec la mise en place d’une Charte des xxx qui prévoit l’accès des femmes à xxx. Par ailleurs on note l’existence de plusieurs réseaux de femmes entrepreneures. Cependant, les femmes sont toujours cantonnées dans les secteurs à faible valeur ajoutée.
Dans la quête de l’élimination de toutes barrières et handicaps, nous en appelons à la nécessité de passer du stade de la parole à celui de l’action et nous ne manquons pas de mettre en exergue le besoin pour les femmes chefs d’entreprise d’assumer leurs propres responsabilités en se
remettant en cause là où nécessaire.
Les enjeux pour les femmes entrepreneures de la croissance verte et des emplois verts en Afrique de l’Ouest
Selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), l’économie verte est une économie qui entraîne une amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources.
Nous souscrivons à cette préoccupation. En Afrique de l’Ouest notamment, la majeure partie des femmes entrepreneures concentrent leurs activités dans le secteur agricole, un secteur potentiellement moteur de la croissance verte. C’est notamment le cas par exemple pour le karité qui joue un rôle socio-culture, alimentaire, économique et écologique. Les discussions ont mis en exergue la nécessité de sensibiliser, former et renforcer les capacités des femmes entrepreneures
dans le domaine de l’économie verte.
Initiatives de femmes entrepreneures d’Afrique de l’Ouest dans des secteurs d’activités porteurs de croissance verte
Quelle que soit l’activité économique, il est possible de mettre en place des initiatives de green business. C’est ainsi que lors de nos discussions des initiatives dans le domaine des déchets, du BTP et du secteur agro-alimentaire ont été présentées. Au delà de la diffusion des bonnes
pratiques et du partage d’expériences, un accent particulier a été mis sur les points suivants :
- Création des centres d’information sur le green business par secteurs d’activités
- Favoriser l’accès aux technologies de (savoir faire et équipement) de green business
- Constitution d’un groupe de pression sur la mise en application des politiques et résolutions
- Stimuler les activités économiques des femmes dans le sens de la croissance verte
Innovation et Maîtrise des chaînes de valeurs : moteurs de l’entreprenariat féminin en Afrique de l’Ouest
Un consensus s’est dégagé sur la nécessité pour les femmes entrepreneures de maîtriser les chaînes de valeur et miser sur l’innovation pour réduire les coûts et s’adapter à un contexte économique en perpétuelle mutation. Par contre, nous avons estimé que l’innovation doit
s’attaquer aux problèmes des africains. Et pour impulser l’innovation dans la promotion de l’entreprenariat féminin, il nous est apparu essentiel de développer des partenariats public-privé, de promouvoir la formalisation des entreprises ainsi que des démarches qualité pour être compétitif sur les marchés. Ceci passe aussi par une coopération accrue entre les femmes entrepreneures, les universités et les écoles d’ingénieurs. L’incubateur d’entreprises et la technopole de l’Institut International de l’Eau et de l’Environnement (2IE) ont fortement retenu l’attention. Pour remédier à la spécificité de l’entreprenariat féminin en Afrique de l’Ouest
constitué majoritairement de toutes petites entreprises, l’idée de la régionalisation et de la coentreprise a aussi été évoquée. Nous avons reconnu la nécessité d’encourager la prise de mesures incitatives à caractère fiscal pour les entreprises innovantes.
Politiques publiques et Partenariat Public- Privé (PPP) en matière de croissance verte et d’entreprenariat féminin
Au niveau mondial, les retours d’expériences démontrent que l’implémentation et le déploiement de la croissance verte et du green business sont tributaires du contexte législatif. Plus il est favorable, autant on observe un dynamisme des éco-activités. C’est dire combien les réformes politiques et structures sont indispensables pour le développement de l’économie verte et combien un dialogue et une coopération fortes entre le secteur privé et le secteur public sont les
garants de la qualité et de l’efficacité de ces réformes. Le Forum a également mis en exergue la forte empreinte environnementale du secteur informel à cause de la biocapacité. Le challenge est
donc majeur pour les femmes entrepreneures dont la majorité est active dans le secteur informel.
Nous pensons que le green business et l’économie verte peuvent servir de courroies de transmission non seulement pour le passage de l’informel au formel mais aussi pour « l’ écologisation » de l’entreprenariat féminin. Il faudrait donc une plate-forme de discussion avec les autorités publiques et surtout la mise en place d’initiatives d’économie sobre en carbone
par les femmes entrepreneures.
Structuration de l’entreprenariat féminin : économie sociale et solidaire, tremplin pour le passage de l’informel au formel
Réussir la sortie de millions de femmes du secteur informel pour une intégration effective au formel est un immense défi. Plusieurs propositions ont été évoquées dans ce sens :
- Renforcement des capacités à travers la mise en oeuvre de programmes d’alphabétisation, de formations sur les techniques de gestion, le développement de la culture d’entreprise, le développement de l’esprit d’entreprise,
- Sensibilisation et information des femmes sur les thèmes relatifs à l’importance et aux avantages de la formalisation (lisibilité de l’activité, accès aux marchés, accès aux crédits et l’amélioration du climat de confiances avec les partenaires (fournisseurs, banques, assurances, clients, …)
- Conduite d’actions en faveur du changement des mentalités afin d’accélérer les actions d’accompagnement des femmes dans les activités génératrices de revenus.
Financement des PME et accompagnement des femmes entrepreneures
La question du financement des PME en général et celles des femmes en particulier est d’une importance capitale. Il est fortement recommandé qu’il y ait des dispositifs particuliers pour cette cible qui a des accès limités aux sources de financement. Cependant plusieurs initiatives plus ou
moins réussies dans divers pays ont été présentées. Les Gouvernements et les bailleurs de Fonds sont interpellés pour un soutien plus actif au financement de l’entreprenariat féminin. Ceci étant, nous avons estimé que, plutôt que de continuer à rechercher des coupables, il importe qu’un
dialogue constructif, tenant compte des contraintes et de la logique de fonctionnement des uns et des autres s’établisse au niveau des trois acteurs principaux impliqués dans la question du financement : les banques et le système financier, l’Etat et les opérateurs économiques.
Formation et renforcement des capacités des femmes entrepreneures
Les participants ont insisté sur la nécessité de la formation et du renforcement de capacité des femmes entrepreneures dans le domaine de la croissance verte et du green business. Il s’agit là d’un point crucial pour lancer la dynamique d’éco-entreprise en Afrique de l’Ouest.
Nous saluons l’Institut International d’Ingénierie de l’Eau et de l’Environnement (2iE), basé à Ouagadougou, pour sa participation pleine et instructive à nos travaux ainsi que son expertise dans des champs d’intérêts communs dont l’économie verte et le renforcement des capacités. A cet égard, les efforts de cet Institut pour encourager les jeunes filles à choisir les filières d’ingénierie dans le domaine de l’eau, l’environnement et le BIP a retenu notre attention.
Nous émettons le voeu de développer une coopération active et fructueuse avec toutes les institutions impliquées dans la promotion de l’entreprenariat féminin et des éco-activités. A cet égard, nous lançons un appel au BIT pour qu’il facilite prochainement la mise en oeuvre d’un
partenariat entre nos organisations et l’Institut International d’Ingénierie de l’Eau et de l’Environnement.
Nous savons gré aux donateurs multilatéraux et bilatéraux de leur participation à la Table Ronde organisée lors du Forum. Nous nous félicitons des échanges que nous avons eus et au cours desquels l’occasion nous a été donnée de mieux connaître leur logique de fonctionnement et leur a été donnée d’avoir un bref aperçu de nos requêtes de financement futures.
Nous exhortons les instances dirigeantes de nos organisations, la Fédération des Organisations Patronales d’Afrique de l’Ouest (FOPAO), la Fédération des Femmes Entrepreneures et Femmes d’Affaires de la CEDEAO (FEFA/CEDEAO) et le Réseau des Opératrices Economiques de
l’UEMOA (RESOPE), à inscrire l’entreprenariat féminin et l’économie verte au coeur de leurs stratégies de développement.
Nous les invitons par ailleurs, dans la perspective de se doter d’un agenda commun de développement de l’entreprenariat féminin dans l’économie verte, de créer une plate-forme de discussion sur la croissance verte et les emplois verts. Cette structure prendrait la forme d’un réseau constitué de représentants de nos structures respectives et travaillant en collaboration avec toutes les parties prenantes à l’entreprenariat féminin et l’économie verte, y compris les Communautés économiques régionales, la Banque africaine de développement, les autres banques de développement et la Banque mondiale.
Nous en appelons de même aux gouvernements nationaux pour créer les conditions-cadres au développement de l’entreprenariat féminin dans l’économie verte et pour qu’ils apportent davantage de ressources financières aux ministères et institutions d’appui en la matière.
Nous remercions vivement le Bureau international du Travail pour son appui technique et financier à la tenue du Forum et son engagement soutenu à nos côtés aujourd’hui et demain pour faire de nos organisations de puissants vecteurs de l’entreprenariat féminin dans l’économie verte en Afrique de l’Ouest.
Nous exprimons notre profonde gratitude au pays hôte et au gouvernement Burkinabé pour leur chaleureuse hospitalité. Nous félicitons également le Conseil National du Patronat Burkinabé pour son accueil et l’excellente organisation de nos travaux.
Fait à Ouagadougou, le 22 septembre 2011
Document à télécharger sur le site officiel du Conseil National du Patronat Burkinabè (CNPB)




