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Formation et emploi : Le 2ie veut relever quatre défis du développement

Le chômage est l’un des grands défis auxquels le continent africain est confronté. Les différentes écoles de formation proposent aujourd’hui une alternative pour accéder à l’emploi et contribuer au développement. 14 pays de l’Afrique francophone se sont mis ensemble pour créer un institut et former des cadres en génie rural. Aujourd’hui, l’institut demeure l’une des rares écoles qui attirent de nombreux étudiants du continent. La raison, ils sont sûrs d’avoir un emploi à la fin de leur formation. L’école a su allier formation et emploi.

« L’homme et sa sécurité doivent constituer la première préoccupation de toute aventure technologique? » disait Albert Einstein. L’institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2ie) a fait de cette assertion la sienne. Basé à Ouagadougou et né de la volonté de plusieurs Etats de l’Afrique francophone de créer un pôle d’excellence en ingénierie rurale, l’institut est devenu aujourd’hui une prestigieuse école qui attire des étudiants de nombreuses nationalités. Pour cette année académique 2010- 2011, 1230 étudiants de 24 nationalités y étudient. Ils cherchent des solutions aux défis auxquels le continent africain fait face. L’eau, l’énergie, le génie civil et l’environnement sont les domaines de compétence de cette école qui se veut panafricaine. Des défis clés du développement auxquels font face la plupart des Etats africains. L’école 2ie a voulu allier deux points clés du développement dans leur formation. Former des jeunes qui n’auront pas de souci d’emploi et dans des domaines qui constituent les défis du développement. Daoud Kenefour et Attiib Salah sont deux jeunes Tchadiens arrivés dans cet institut il y a seulement une année. Orientés vers les étudiants ayant l’ambition de créer leur propre entreprise à la fin de leurs études, ils ont en main aujourd’hui un grand projet pour le Tchad dans le domaine du logement. A l’instar de la plupart des pays en voie de développement, le Tchad est aussi confronté à ce défi majeur qu’est le manque de logement. Kenefour et Salah ont monté un projet qui consiste à construire des logements sociaux pour les populations tchadiennes. Des logements qui couteraient deux fois moins chers que les coûts habituels et permettre (grâce au système des tontines bien développé sur le continent) aux populations d’avoir leur propre logement. Le projet était en compétition avec 1500 autres projets de grandes universités à un concours organisé par des universités françaises, anglaises et américaines. Les deux étudiants ont pris part à la finale aux Etats unis le 8 avril dernier et leur projet figure parmi les 12 meilleurs projets présentés par les étudiants. Aujourd’hui, les deux jeunes sont confiants quant à l’aboutissement de leur projet. L’institut les accompagne dans la finalisation du document et déjà trois partenaires financiers seraient intéressés par le projet qui devrait contribuer à réduire le déficit en matière de logement au Tchad. Mais pour le moment, ces jeunes ne semblent pas emportés par ces offres. Ils veulent d’abord finir leurs études avant de discuter avec ces partenaires.

L’emploi au cœur de la formation

Comme eux, plusieurs autres étudiants s’orientent vers la création de leurs propres entreprises à la fin de leur formation. La plupart de ceux qui viennent dans cet institut ne doutent pas d’avoir un emploi à la fin de leur formation. Selon les chiffres de l’institut, 90% des étudiants sortant de l’institut ont un emploi 6 mois après la fin de leur formation. 55 à 65% obtiendraient leur emploi avant la fin des études. L’établissement disposerait d’un système qui permet de suivre l’évolution des étudiants jusqu’à l’obtention d’un emploi. Le 2ie a placé l’emploi au cœur de la formation. C’est en 2005 que l’école a réadapté ses offres de formation pour se tourner vers le secteur privé en tenant surtout compte du marché de l’emploi. L’obtention d’un emploi après la formation est l’une des mesures de performance du système éducatif. Sur cet aspect, le 2ie ne se fait pas de souci. Il est une preuve selon un enseignant de l’établissement que quand les Etats africains se mettent ensemble ils peuvent devenir grands. « ?Le 2ie est aujourd’hui une fierté pour toute l’Afrique. Il faut des pôles d’excellence de ce genre dans les différentes régions du continent?.C’est ce que des grandes figures comme Kwamé n’Nkrumah ont défendu? » Affirme cet enseignant d’origine nigérienne. Chaque année l’école organise des journées appelées journées de l’entreprise. Une occasion d’échanger avec le secteur privé sur les besoins réels des sociétés. « ?Nous revenons régulièrement des entreprises qui viennent nous visiter et qui recrutent nos étudiants? » déclare le directeur de l’innovation, du management et de l’entreprise, Razack Sanoussi. C’est l’un des rares établissements en Afrique de l’ouest auxquels les banques font confiance. Les étudiants de l’établissement peuvent à partir de la deuxième année financer leurs études sur prêt bancaire grâce à la banque ouest africaine de développement (BOAD) « ?j’ai pris un prêt cette année pour terminer mes études. Si la banque a accepté financer, c’est parce qu’elle sait que je n’aurai pas de souci d’emploi à la fin de la formation? » témoigne Toussaint Kaboré. Ces prêts sont accordés aux étudiants de l’Afrique de l’Ouest. Certains étudiants sont même recrutés avant la fin de leur formation. C’est le cas de Omar Coulibaly et de Ze Bertrand qui n’attendent que leur diplôme pour rejoindre une entreprise française qui sera basée à Ouagadougou. Ils mettent au point avec l’entreprise des produits qui serviront à la prévention et au traitement de la malnutrition dans les pays du Sahel. Omar Coulibaly est passé d’abord par l’université de Ouagadougou avant d’atterrir dans cette école. Après une maitrise comme bons nombre de ses camarades de l’université, il s’est retrouvé devant l’éternelle question de l’emploi. Face à l’impasse, il a décidé d’aller s’inscrire au 2ie. Aujourd’hui, il ne regrette pas son choix. « C’est vrai que les frais de scolarité sont chers ici mais j’ai pu m’inscrire quand même et je suis déjà embauché par une entreprise. Je savais déjà à l’université qu’il me sera difficile d’avoir un emploi. Quand je voyais déjà les ainés qui ont terminé leurs études depuis des années et qui sont toujours dans l’attente, j’étais souvent angoissé. ».

La recherche sur les défis actuels

Comme Omar et Bertrand, de nombreux étudiants de l’institut sont déjà employés avant la fin de leurs études par des entreprises privées qui viennent recruter au sein de l’école à l’occasion des journées de l’entreprise. Certains étudiants ont même eu la chance d’être financés par des entreprises. Des sociétés choisissent des étudiants pour financer leurs études en fonction de leurs besoins. Ceux qui ont eu cette chance rejoignent l’entreprise à la fin de la formation. L’école ne fait pas que de la formation. La recherche est aussi l’un des domaines importants de l’institut. La question du développement durable n’est pas un simple vocable à la mode aujourd’hui. La planète terre est en mutation. Comment allier croissance démographique, urbanisation, changement climatique et la raréfaction des ressources naturelles et des énergies fossiles?? Ces grandes questions sont des défis majeurs du continent africain. En 2005, le 2ie a opté pour le système Licence Master Doctorat. Les projets scientifiques de l’école sont tournés vers la recherche des réponses aux grandes questions de l’aventure humaine spécifiques au continent africain. C’est ainsi que les recherches du professeur Amadou Hama Maiga ont permis d’apporter des innovations favorisant l’amélioration et le développement des services de l’eau et de l’assainissement des populations. Une technologie du 2ie qui constitue une alternative entre les branchements classiques individualisées et les bornes fontaines. Des espaces aménagés qui regroupent plusieurs compteurs. La technologie a été appliquée au Sahel dans les villes de Dori et de Djibo grâce à un financement de l’Union européenne. Aujourd’hui Dori est considérée comme l’une des rares villes du Burkina dont la plupart des familles ont accès à l’eau potable.

Une école hors de la portée du pauvre

Mais l’une des grandes critiques faites à cette école de formation panafricaine, c’est le coût de formation. Pour faire deux ans de formation au 2ie, il faut débloquer la bagatelle somme de 3?000?000f CFA. Une somme qui n’est pas à la portée des couches défavorisées. La première année d’études coûte 1?300?000f et 1?700?000f pour la deuxième année. Des montants qui écartent bon nombre de jeunes issus des familles modestes. Pourtant on assure au niveau des responsables de l’établissement que leurs étudiants ne sont pas forcement issus de milieux aisés. « ?Ici on trouve toutes les couches sociales. Je pense que ceux qui viennent ici sont surtout guidés par l’assurance d’avoir un emploi dès la fin de leur formation. Ce qui fait que les parents n’hésitent pas à se sacrifier pour nous envoyer leurs enfants? » Affirme le directeur de l’innovation, du management et de l’entreprise. Un point de vue que partage Omar Coulibaly. « ?Je suis issu d’une famille modeste. Je suis venu ici grâce à la solidarité de mes oncles qui m’ont permis de réunir 2?300?000F. Je n’ai pas encore terminé mais j’ai déjà rentabilisé ces moyens mis à ma disposition.? »L’école ne reçoit plus uniquement les étudiants boursiers envoyés par les Etats. Depuis 2005, l’entrée à l’institut est ouverte. En plus des boursiers, tout autre étudiant désirant s’inscrire peut le faire. Chaque Etat envoyait 3 à 4 étudiants par an. L’école a compris depuis 2005 qu’il faut rendre l’école accessible à plus d’étudiants et ne plus limiter l’entrée en fonction des bourses des pays mais plutôt en fonction des besoins du marché. De 220 étudiants en 2004, l’école compte aujourd’hui 1230 étudiants de 24 nationalités. Les conditions d’études sont nettement différentes de ce qui se passe au sein de l’université de Ouagadougou, située juste à côté. « Nous bénéficions ici de très bonnes conditions. On a d’excellents enseignants, de bons outils d’études, de laboratoires et de bibliothèques modernes, on nous dote d’ordinateurs portables et on a accès à internet pour faire nos recherches » explique Daoud Kenefour. Les diplômes du 2ie sont consacrés par la commission française des titres de l’ingénieur et cela lui confère la reconnaissance au niveau européen. L’institut est financé par les Etats africains, les entreprises et les partenaires au développement.

Par Moussa Zongo

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