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Fiscalité : Le retour à la vignette

Le gouvernement est-il enfin décidé à appliquer avec fermeté la politique fiscale ? On est tenté de répondre par l’affirmative, au regard de la kyrielle de mesures prises pour traquer l’incivisme. Avant que la campagne médiatique spéciale promise ne soit entreprise courant ce mois de février 2010, on sait d’ores et déjà que les contribuables ont été incités à s’acquitter de la taxe de développement communal, une expression bien enveloppée pour désigner les vignettes qui étaient perçues dans le temps.

La taxe est inscrite dans la loi de finances depuis 2009, mais l’application du texte avait été abandonnée pour diverses raisons, dont celles liées aux émeutes consécutives à la vie chère qui ont débouché sur les chaudes manifestations de rue contre le port du casque. Comme chat échaudé craint l’eau froide, le gouvernement, de même que l’impulsif maire de Ouagadougou, avait trouvé plus sage de surseoir à la perception de la taxe sur le développement communal. Le contexte est-il maintenant favorable ?

En tout cas, les autorités semblent décidées à renflouer les caisses de l’Etat, mais sauront-elles réussir le pari? Telle est la principale question car rien ne montre que les citoyens sont dans une autre disposition d’esprit vis-à-vis de ces taxes. Certes, personne ne conteste le bien-fondé de la taxe, car les Burkinabè ont conscience que la décentralisation qui s’est manifestée par la création de quelque 350 communes ne pourra être profitable aux populations que si les mairies disposent de moyens conséquents pour assurer leur développement. En outre, la démocratie à la base suppose aussi une participation financière des citoyens. Le payement de la taxe de développement communal est une exigence démocratique. C’est plutôt du côté des pouvoirs publics qu’il faut savoir si les services des Impôts se sont donné les moyens pour que l’opération ne connaisse pas de couacs.

En effet, il ne suffit pas d’appeler le citoyen à s’acquitter de ces taxes. Encore faut-il que, de façon pratique, le payement de ces impôts ne devienne pas une corvée supplémentaire pour le contribuable. Par exemple, éviter que les citoyens ne délaissent leur bureau pour venir perdre du temps dans de longues files d’attente car, aujourd’hui plus que jamais, le temps c’est de l’argent.

En outre, il est important que le gouvernement reste ferme sur sa décision de percevoir cette taxe car, s’il venait à reculer comme ce fut le cas pour le port du casque, ce serait renoncer pour toujours à la perception des autres impôts de la république. A l’analyse des faits pourtant, il y a un risque de recul de la part des autorités, principalement pour des considérations de politiques politiciennes. Avec l’élection présidentielle de novembre prochain, les gourous du CDP seront enclins à des compromissions. Personne ne voudra prendre le risque de provoquer la colère des populations pour ne pas être tenu pour responsables d’un score qui ne serait pas à “hauteur d’homme” en novembre prochain. Sauront-ils être assez courageux pour maintenir le cap? Il faut l’espérer car l’Etat doit faire preuve de fermeté pour mettre fin à l’incivisme dans notre pays.

C’est un secret de Polichinelle que certains opérateurs économiques, parmi les plus fortunés de ce pays, ne s’acquittent pas de leurs impôts et continuent de bénéficier de juteux marchés de l’Etat. Bien plus qu’une réforme fiscale, l’administration doit s’engager dans une véritable révolution. La tâche ne sera pas facile, mais si les pouvoirs publics continuent dans la politisation de certains actes, l’incivisme fiscal ne fera que prendre de l’ampleur. Ce serait la ligne toute tracée pour que la multitude de réformes fiscales en cours ne conduise à rien d’autre qu’à multiplier les textes sans renflouer conséquemment les caisses du Trésor public.

Adam Igor

Source : journaldujeudi.com

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