C’est ce mercredi 4 avril 2012, que débutent dans notre capitale, les états généraux de la filière coton du Burkina. Annoncés et voulus par les autorités politiques au temps fort de la crise qui a secoué le milieu cotonnier de notre pays il y a de cela bientôt un an, nombreux sont les acteurs et tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin, à la vie de cette filière qui les attendaient. Les uns, avec appréhensions, les autres, avec impatience. Ces états généraux, sauf erreur ou omission de notre part, sont une première dans l’histoire de l’or blanc du Burkina Faso. Une première qui s’imposait, tant la lecture des lignes rédigées sur ce secteur d’activité de notre agriculture était devenue difficile, au fil des jours. Ainsi, pendant soixante douze heures, environ 450 participants représentant l’Etat, les sociétés cotonnières, les producteurs, les partenaires techniques et financiers, les secteurs des transports, des banques, des assurances, des transformateurs, ainsi que ceux des fabricants et fournisseurs d’intrants et de produits de traitement auxquels, s’ajoutent plusieurs autres intervenants, vont se donner du grain à moudre, à travers l’examen du thème suivant : « La relance durable de la production cotonnière pour l’amélioration de sa contribution à l’économie nationale ». Un thème d’actualité, qui va en droite ligne des réalités qui caractérisent aujourd’hui, notre filière cotonnière.
- Dispositions organisationnelle et institutionnelle de la filière ;
- Mécanisme de fixation du prix d’achat du coton graine ou mécanisme de lissage ;
- Procédures, prix de cession et crédit relatifs à l’approvisionnement en intrants ;
- Rendements agricoles du coton et leurs corollaires.
Tels sont les quatre grandes problématiques qui caractérisent l’activité de production cotonnière et qui vont être présentées, sous forme de thèmes. D’aucuns trouveront que trois jours, ce n’est pas suffisant pour examiner des thèmes aussi sensibles et pertinents que ceux énumérés. Cela peut sembler vrai, même s’il reste entendu qu’au-delà du facteur temps, seuls comptent les résultats qui vont en découler, ainsi que leur impact sur l’avenir de la filière.
Le coton, un secteur vital de l’économie
La culture du coton, faut-il le rappeler encore dans ces colonnes, revêt une importance économique et sociale majeure pour notre pays. Pratiquée par plus de 350.000 exploitants agricoles, elle mobilise, en amont et en aval, de nombreux secteurs d’activités, et fait vivre directement et indirectement, environ trois millions de personnes. Il en est de même de l’Etat, qui tire un profit non négligeable des revenus générés par cette spéculation, à travers la perception de divers impôts et taxes. Quant aux producteurs, au titre de la campagne 2011/2012, c’est la bagatelle de près de 110milliards 250 millions de francs CFA qui leur a été distribuée dans le cadre de l’achat de leur coton, et cela, sans la ristourne. C’est donc, un secteur stratégique qui, malheureusement, reste tributaire d’une série de facteurs dont les plus importants sont les aléas climatiques et les fluctuations des prix des matières premières et des changes (devises). En 11 campagnes en effet, la production nationale a été multipliée par 4,6 et des records absolus de production ont été battus, avec des pics de 632.355 tonnes de coton graine en 2004/2005 et 731.661 tonnes en 2005/2006. Des chiffres qui, comparés aux 450.000 tonnes enregistrées cette année, donnent une idée de l’ampleur de la chute, malgré les nombreuse initiatives et mesures prises dont les subventions aux intrants et l’apurement des impayés internes des groupements de producteurs de coton. Il va s’en dire, que les participants à ces assises sont appelés à faire un diagnostic sans complaisance des points inscrits à l’ordre du jour. Certes. Tous les thèmes retenus pour faire l’objet de débats et d’échanges sont d’un intérêt indéniable, même si certains apparaissent plus « accrocheurs » que d’autres. Sont de ceux-là, le mécanisme de fixation des prix du coton graine. Un mécanisme, bien que considéré par les acteurs de la filière coton mondiale comme l’un des plus originaux et des plus adaptés aux conditions du marché mondial du coton, a besoin d’être expliqué dans un langage accessible et convaincant. Car, n’oublions pas que la fronde qui a secoué une partie des zones de production tire en partie ses origines de la non maîtrise, de la désinformation et de la surenchère qui ont entouré ce mécanisme. Il en est de même des politiques, stratégies et outils liés à l’approvisionnement en intrants des producteurs, et dont l’efficacité suscite beaucoup de débats. Notamment au sujet de l’octroi du crédit agricole, l’approvisionnement en intrants des sociétés cotonnières, la répartition et la gestion des intrants au sein des groupements de producteurs, le crédit individuel comme alternative des impayés internes, la gestion des intrants dans les exploitations agricoles et la subvention des prix de l’engrais.
Mettre fin à la politique de l’autruche
Bref. En un mot comme en mille, la tenue de ces états généraux s’imposait. Car, au regard des nombreuses incompréhensions et difficultés, il aurait été suicidaire, de continuer à faire la politique de l’autruche. Il s’agira alors pour les participants, de passer en revue les raisons ayant conduit à la fronde des cotonculteurs, de dégager les orientations susceptibles de solutionner à terme, les principales problématiques, afin d’assurer les conditions idéales du renforcement du partenariat avec les acteurs. Et enfin, il s’agira également, d’identifier les actions à court et moyen terme, susceptibles de créer les conditions favorables à la relance durable de la production cotonnière. C’est vrai qu’il ne faudra pas s’attendre à voir ce rendez-vous du donner et du recevoir annoncer déjà les nouveaux prix qui seront en vigueur au titre de la campagne 2012/2013 (cela est du ressort de l’Association interprofessionnelle du coton du Burkina). Mais plutôt souhaiter qu’il parvienne à sérieusement décrisper l’atmosphère. Cela contribuera à mieux préparer les esprits et partant, à mieux préparer la prochaine campagne qui démarre bientôt. Ce qui est sûr, c’est que les autorités et les sociétés cotonnières ont conscience de l’importance des enjeux qui se profilent à l’horizon. Raison pour laquelle il ne serait pas illusoire d’espérer un signal fort de leur part. Une sorte de « nous vous avons compris » à l’endroit des cotonculteurs qui, en retour, devront s’efforcer d’opérer une reconversion positive des mentalités et de certaines habitudes, néfastes à la bonne évolution de notre production cotonnière. Dieu merci ! Les assises qui commencent demain, se tiennent à un moment où la tension a sensiblement baissé dans les localités frondeuses. Ce qui est à mettre à l’actif des autorités du Burkina, des sociétés cotonnières et des producteurs eux-mêmes Elles interviennent aussi à quelques mois du démarrage de la prochaine campagne. Une campagne qui pourrait servir de test aux conclusions des travaux de ces états généraux.
Ministère de l’Agriculture et de l’Hydraulique




