Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Nous avons d’autant moins le droit à l’erreur que la conjoncture économique internationale demeure préoccupante, ceci malgré une certaine amélioration des grands agrégats macroéconomiques. La croissance mondiale a certes repris, atteignant 3,9 % en 2010. Elle devrait redescendre à 3,3 % en 2011 avant de s’établir à 3,6 % en 2012.
Certes également, le PIB du continent africain enregistre une progression de 4,7% en 2010. Cette tendance devrait se maintenir en 2011 et en 2012, avec respectivement 5,3 et 5,7%. Plusieurs facteurs ont contribué à ce regain de la croissance : une forte demande des matières premières, notamment les métaux, les minerais et le pétrole, ceci à la faveur de la reprise économique observée à travers le monde. Ensuite, un accroissement des investissements directs étrangers de 17% en 2010. Après un recul de plus de 12% en 2009, cette reprise confirme le positionnement de l’Afrique comme destination privilégiée des capitaux étrangers, même s’il faut noter que trois pays (Afrique du Sud, Angola et Nigeria) reçoivent à eux seuls 40% de ces capitaux. Enfin, l’Afrique a bénéficié d’une augmentation de la productivité agricole.
Mais une bonne nouvelle vient rarement sans s’accompagner de nouveaux défis. Ainsi, les prix des produits alimentaires continuent d’augmenter. L’indice des prix alimentaires de la Banque mondiale a augmenté de 15% entre octobre 2010 et janvier 2011 et frise actuellement son niveau record de 2008. Toujours d’après la Banque mondiale, les prix mondiaux du blé, du maïs, du sucre et des huiles alimentaires ont connu de fortes augmentations au cours des six derniers mois, tandis que ceux du riz enregistraient une hausse relativement plus faible.
Pour ce qui concerne les hydrocarbures, le niveau des prix devient de plus en plus préoccupant. Le cours du baril de brut qui était déjà à un niveau insupportable de 84 dollars au mois de Mai 2010, a progressivement évolué pour se situer à 91,08 dollars en Janvier 2011, pour exploser à 112,30 dollars au début du mois de Mars 2011. A cela il faut ajouter, au plan national, la persistance de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire qui perturbe gravement nos approvisionnements.
Ces hausses des prix fragilisent la situation macroéconomique de nombreux pays – notamment celle des pays comme le Burkina Faso dont le poids des importations alimentaires est élevé et qui disposent d’un espace budgétaire limité – et sont à l’origine d’une aggravation de la pauvreté. Un bilan provisoire des organisations des Nations Unies, montre que la flambée des prix des produits alimentaires depuis juin 2010 a plongé dans l’extrême pauvreté environ 44 millions de personnes dans les pays à revenu faible et intermédiaire.
Monsieur le Président,
Honorables Députés,
Il y a environ quatre ans, j’indiquais ici même que la poursuite de la mise en œuvre du programme présidentiel « Le Progrès continu pour une société d’espérance » s’opérerait sous le signe « de la consolidation des bases d’une croissance de qualité, réductrice de la pauvreté dans un contexte de gestion rigoureusement orientée sur les résultats ».
Dans cette perspective, la stratégie d’actions du Gouvernement devait s’appuyer sur les orientations suivantes :
- Premièrement : l’édification d’une économie ouverte et compétitive porteuse de croissance, de qualité et d’emplois ;
- Deuxièmement : la création de conditions d’épanouissement et la valorisation du capital humain ;
- Troisièmement : le renforcement de l’autorité de l’Etat et la promotion d’une gouvernance partagée ;
- Quatrièmement, enfin : le rayonnement international du Burkina et son leadership dans le concert des Nations.
Ce rappel permet de souligner la continuité entre l’ancien et le nouveau projet de société du Chef de l’Etat, ainsi que celle de l’action gouvernementale.
Monsieur le Président,
Honorables Députés,
Je sais que vous êtes avant tout des partisans de l’information concrète, des hommes et des femmes de résultats. Les populations que vous représentez en exigent. Permettez-moi donc de vous présenter rapidement les performances récentes de notre économie.
Sur l’ensemble de la période 2005-2010, la croissance économique a été de 5,2% en moyenne contre une poussée démographique de 3,1% correspondant à un accroissement du Produit Intérieur Brut par habitant de 2%.
Les secteurs tertiaire et primaire ont constitué la locomotive de la croissance avec des poids moyens respectifs au PIB de l’ordre de 46,8% et de 31,6%.
Le secteur secondaire a contribué pour 21,6% en moyenne, mais reste toutefois handicapé par sa faible compétitivité imputable entre autres au coût élevé des facteurs de production, à la faible productivité du capital humain en corrélation avec le niveau élevé de l’analphabétisme.
Au niveau sectoriel, le secteur primaire dans son ensemble a connu une progression moyenne de 4,9% avec cependant une forte contraction de l’agriculture de rente, notamment le coton, sur la période considérée.
En dépit de ces considérations, les mesures engagées par le Gouvernement pour soutenir la production (subvention des engrais, diffusion des semences améliorées et développement des cultures de contre-saison) auront permis de dynamiser la production vivrière et céréalière, compensant ainsi les contre-performances du secteur coton.
Au niveau du secteur secondaire, la dynamique de la croissance a été imprimée par les industries manufacturières et extractives.
De même, le sous-secteur du bâtiment et des travaux publics a connu un essor remarquable ces dernières années avec une croissance moyenne de l’ordre de 7,0%.
Quant au secteur tertiaire, son évolution s’explique par une amélioration des services (4,8%) suite à l’importante extension des secteurs des transports et des communications (14%) ; ce qui représente un essor remarquable mais essentiellement lié au processus de privatisation et d’ouverture des télécommunications, notamment la téléphonie mobile à la concurrence. Ces deux secteurs auront contribué pour 17% à la valeur ajoutée du tertiaire durant cette même période. Le sous secteur du commerce a lui aussi réalisé une évolution positive de 4,8% en moyenne annuelle.
Du côté de la demande, la croissance économique a été essentiellement tirée par la consommation et l’investissement. La consommation privée et l’investissement public ont représenté les principaux moteurs de dynamisme.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Un proverbe persan dit qu’il faut donner un cheval à celui qui dit la vérité car il en aura besoin pour s’enfuir. Heureusement, ce n’est pas le cas ici chez nous où l’exigence de vérité est au contraire un gage de fidélité à nos engagements communs. C’est pourquoi je m’empresserai de nuancer l’évaluation de la bonne évolution macroéconomique de notre pays en relevant que celle-ci a été réalisée dans un contexte marqué par des tensions inflationnistes en 2005 et en 2008, avec respectivement des taux d’inflation de 6,4% et de 10,7%. Cette situation est imputable essentiellement au renchérissement du coût des produits alimentaires consécutif aux mauvaises campagnes agricoles enregistrées et à la crise alimentaire mondiale. Le taux moyen d’inflation se situe à 4,4% sur la période considérée et, par conséquent légèrement au-dessus de la norme communautaire qui est de l’ordre de 3%.
Quant aux finances publiques, elles restent caractérisées par une détérioration du solde budgétaire global en 2009 et 2010 où il est passé de -2,8% à -5,6% du PIB. Cet état tient à une forte augmentation des dépenses publiques dans un contexte de relance de l’économie en réponse à la crise économique et aux inondations du 01 septembre 2009.
Toutefois, les réformes initiées dans l’optique d’améliorer la gestion des finances publiques produisent déjà des effets positifs.
S’agissant de l’encours de la dette publique, il est passé de 1.270 milliards de FCFA en fin 2005 à 1.321 milliards au 31/10/2010. La dette extérieure représente environ 86% du portefeuille avec une prédominance de la dette multilatérale. Le service de la dette a connu une évolution en dents de scie sur la période sus-visée avec une moyenne de 51 milliards de FCFA environ par an. Toutefois, en 2008, un effort important d’apurement des arriérés de la dette intérieure a porté le niveau du service de la dette à plus de 87 milliards de FCFA. Au travers des ratios service de la dette rapporté aux exportations d’une part et service de la dette rapporté aux recettes courantes d’autre part, son profil est excellent au regard des normes.
Monsieur le Président,
Honorables Députés,
Au total, malgré une conjoncture internationale difficile, les agrégats macro-économiques et financiers demeurent toujours en progrès.
Il est entendu que ces progrès sont le produit des réformes entreprises mais aussi de la saine et rigoureuse gestion des finances publiques.
Au total, on assiste à un accroissement de la production nationale, notamment agricole, à un raffermissement de la gouvernance économique qui, par ailleurs, s’illustre à la fois par la qualité du pilotage de l’économie, l’existence d’un cadre plus attractif des affaires et la lutte contre la corruption sans oublier le renforcement de la gouvernance politique au double niveau national et local.
Les avancées démocratiques ont ouvert de nouvelles perspectives d’affirmation progressive des rôles des acteurs majeurs tels l’Etat, le secteur privé et la société civile, dans la gestion du développement et de la gouvernance politique. L’irruption de ces nouveaux acteurs dans la conception, la mise en œuvre et le suivi-évaluation des politiques publiques, élargit la légitimité et l’efficacité de celles-ci.
Les principes et les normes de la bonne gouvernance se sont raffermis par touches successives et les élections locales, législatives et présidentielles sont organisées régulièrement.
Le processus de décentralisation qui a jeté les bases de la gouvernance locale se poursuit et se renforce car nous pensons, comme David Thoreau que « le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins ».
Toutefois, force est de reconnaître que le pays reste confronté à d’importants défis dont :
– le défi de l’amorce véritable de sa transition démographique du fait des niveaux encore élevés de la fécondité ;
– le défi de la lutte contre la pauvreté du fait de l’efficacité limitée des mécanismes de création d’emplois et de distribution des fruits de la croissance ;
– le défi de la lutte contre la corruption et l’insécurité du fait des formes très changeantes des phénomènes et du dispositif des sanctions en décalage, de l’extraversion culturelle et de la perte de nombreuses valeurs au sein de nos sociétés ;
– le défi du renforcement des capacités humaines et institutionnelles engendrant de faibles productivités du travail et des lourdeurs administratives en déphasage avec les exigences de célérité et de compétitivité qui caractérisent aujourd’hui la gouvernance des affaires.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Ce bref tour d’horizon de l’état des lieux n’est nullement dépourvu d’intérêt. Il permet de mieux comprendre que la mise en œuvre du Programme quinquennal de Son Excellence Monsieur le Président du Faso « Bâtir, ensemble, un Burkina émergent » vise d’abord la consolidation d’acquis considérables.
Pour les cinq années à venir, la stratégie d’actions du Gouvernement s’appuiera sur la vision du développement tracée par le nouveau programme politique du Président du Faso et dont le cadre opératoire est la Stratégie de Croissance Accélérée et de Développement Durable (SCADD). Les orientations stratégiques sur les cinq ans portent sur :
– premièrement : la consolidation de l’investissement humain et la promotion de la protection sociale ;
– deuxièmement : le développement institutionnel et le renforcement de la gouvernance ;
– troisièmement : le développement des piliers de la croissance accélérée et de l’émergence ;
– quatrièmement enfin : les dynamiques nouvelles pour l’économie et les priorités transversales.
Monsieur le Président,
Honorables Députés,
Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, l’occasion est peut-être venue de détruire un vieux mythe qui habite l’imaginaire de beaucoup de personnes qui nous veulent du bien, et même de certains d’entre nous. Pendant trop longtemps l’on a associé l’étiquette de « pays parmi les plus pauvres du monde » au Burkina Faso. Nombreux sont ceux qui continuent encore d’ailleurs à le faire aujourd’hui, souvent dans le but vertueux et généreux de susciter à l’égard de notre pays la compassion du monde.
S’il est indéniable que le niveau de revenu par habitant du Burkina Faso -critère d’évaluation au demeurant incomplet- ne le place pas encore parmi les pays les plus avancés, ses remarquables performances économiques notamment au cours de la dernière décennie en font sûrement un pays-leader dans la dynamique du progrès africain.
Mais il y a mieux : nous croyons comme le Professeur Amartya Sen, Prix Nobel d’économie, que la notion de richesse, tout comme son antonyme, celle de pauvreté, est un concept multidimensionnel que l’on ne saurait mesurer seulement au travers d’indicateurs monétaires. La vraie richesse est même parfois celle que l’argent seul ne permet pas de s’offrir. Elle est celle que l’on peut percevoir et lire, que si l’on veut bien aller au-delà des statistiques, et mesurer l’effort d’amélioration de soi. Or, le peuple burkinabè s’est illustré depuis toujours comme étant particulièrement travailleur, solidaire, ambitieux, et capable de tous les sacrifices pour changer sa condition et celle des générations à venir.
De ce point de vue, nous devons être positifs dans nos comportements et anticipations même si nous devons continuer à combattre énergiquement la pauvreté monétaire.
Nous croyons également comme Jean Bodin qu’ « il n’est de richesse que d’hommes. » Car « le plus grand bien que nous faisons aux autres hommes n’est pas de leur communiquer notre richesse mais de leur révéler la leur » (dixit Louis Lavelle). C’est pourquoi la stratégie de développement du Burkina Faso repose d’abord sur l’accumulation du capital humain, et la création des conditions de son épanouissement et de son usage optimal.
Pour les années à venir, en matière de consolidation de l’investissement humain, les interventions du Gouvernement se déclinent essentiellement dans les domaines suivants : le renforcement des systèmes sanitaire et éducatif, la formation professionnelle, la jeunesse, le renforcement des capacités, la solidarité nationale et la protection sociale et le développement de l’intelligence économique.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Je l’ai dit dans ma première Déclaration de Politique Générale prononcée ici même devant vous il y a plus de trois ans : le chômage est une grande plaie sur notre conscience collective. Nous avons tous l’obligation politique, économique et morale de faire du travail et notamment de la création d’emplois pour les jeunes la principale grille d’évaluation de la pertinence de nos choix stratégiques.
L’humoriste français Pierre Dac se demandait : « Le travail, c’est la santé… Mais à quoi sert alors la médecine du travail ? » Nous pensons au contraire que « le travail ennoblit l’homme » comme le dit le célèbre adage. C’est pourquoi nous devons nous interroger constamment sur les conditions de la noblesse non seulement des fonctionnaires et autres agents de l’Etat, mais également des mineurs, des paysans, des travailleurs manuels, des petits artisans et vendeurs de la rue —ces citoyens burkinabè aux moyens modestes qui créent pourtant de la richesse et élargissent notre capital de dignité nationale.
L’amélioration continue des conditions générales de travail et la recherche d’une plus grande flexibilité du marché du travail constituent les principaux piliers de la stratégie du Gouvernement dans le domaine du travail, de la protection sociale ainsi que de la sécurité et de la santé au travail. Aussi, le Gouvernement s’attèlera-t-il à :
- élaborer et mettre en œuvre une politique nationale de protection sociale ;
- renforcer le dialogue social par la tenue à bonne date des rencontres Gouvernement–Syndicats, favoriser la communication permanente entre le patronat et les organisations syndicales et la tenue régulière de la commission mixte paritaire de négociation salariale dans le secteur privé.
Dans le domaine de la protection sociale, notamment en matière de réduction des déficits sociaux, l’ambition du Gouvernement sera de garantir une protection et une promotion sociale inclusive à l’ensemble de la population, en particulier aux couches sociales les plus défavorisées. A cet effet, l’accent sera mis sur l’amélioration significative des conditions de vie, la lutte contre l’exclusion sociale sous toutes ses formes, la protection de l’enfant et de l’adolescent et la promotion de la solidarité nationale.
C’est pourquoi, face aux chocs et risques inhérents aux termes de l’échange, aux catastrophes naturelles, telles que les inondations et sécheresses, l’instabilité sous-régionale, qui affectent perpétuellement le bien-être des populations, notre action consistera à assurer la protection et la promotion des groupes sociaux spécifiques et marginalisés et créer les conditions favorables à la consolidation de la solidarité nationale au sein des communautés.
Cette vision commande la définition et l’adoption d’un cadre stratégique et institutionnel dans lequel s’intègrent les filets sociaux, en vue de promouvoir des synergies de réduction des déficits sociaux. De même, il s’agira de travailler au renforcement des liens entre les transferts sociaux, les services sociaux, l’assurance sociale, dans le but de développer un plan d’actions pour la mise en œuvre de programmes pluriannuels de filets sociaux. Ces programmes seront soutenus par des dispositifs financiers et des mécanismes budgétaires pérennes de solidarité nationale et un fonds national pour le soutien des actions d’urgence.
Dans cette optique, la dynamique engagée pour l’incitation à la solidarité nationale et la prise en charge par l’Etat et ses partenaires des personnes âgées et des populations vulnérables sera renforcée. Car nous devons éviter à tout prix que la marche de notre pays vers le progrès ne laisse en marge certains groupes sociaux.
Pour ce faire, des mesures seront prises afin de :
– renforcer les actions de protection et d’insertion socioéconomique des personnes du 3e âge, dépositaires de l’expérience et de la mémoire collective. A cet effet, conformément à l’engagement pris par le Président du Faso dans son discours du nouvel an, il sera organisé cette année le forum national des anciens en vue de renforcer le dialogue entre générations, source de maintien des valeurs fondamentales de notre société ;
– poursuivre les efforts de plaidoyer et d’investissement pour la prise en charge et l’accompagnement conséquents des orphelins et autres enfants vulnérables ;
– assurer l’épanouissement total des personnes handicapées par leur parfaite intégration socioéconomique ;
– proposer une loi d’orientation sur la prévention et la gestion des catastrophes et des crises humanitaires, assortie de mesures de délocalisation des sites à risques d’inondations ;
– adopter une cartographie nationale de zones à risques de catastrophes naturelles et d’un système d’alerte précoce, soutenu par un plan de suivi/contrôle des zones à risques d’inondations ;
– enfin, créer un fonds national de prévention des catastrophes (FNPC).
Monsieur le Président,
Honorables Députés,
La force d’une économie repose avant tout sur la stabilité politique et sociale qui constitue le socle sur lequel les acteurs de la vie économique nationale peuvent mener librement leurs activités sous les orientations de l’Etat qui, à travers les règles et les mesures incitatives, régule le circuit économique, stimule l’initiative privée et partant la création de richesses qui soutient la croissance et contribue à l’amélioration des conditions de vie des populations.
Les progrès réalisés par notre pays au cours de ces dernières années dans un contexte de crises traduisent la solidité de son système de gouvernance économique et augurent de bonnes perspectives pour sa marche vers l’émergence.
En dépit de la vulnérabilité de l’économie aux chocs externes et aux aléas climatiques, les résultats significatifs obtenus traduisent l’amorce d’un changement qualitatif du schéma de croissance grâce à l’élargissement de la base productive, à l’amélioration du climat des affaires et à l’ouverture progressive de l’économie. Cependant, le Burkina Faso fait face à de nombreux défis dans l’atteinte des objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
Nous avons tiré les leçons d’une décennie de lutte contre la pauvreté. C’est pourquoi le Burkina Faso s’est engagé sur une nouvelle stratégie de développement qui vise l’accélération de la croissance et la promotion du développement durable. Il s’agit de définir et de mettre en œuvre un schéma de développement équitable et viable qui concilie les aspects économiques, sociaux, culturels et environnementaux des activités humaines.
La Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD), adoptée au mois de décembre 2010, qui est le couronnement de cette démarche, tire ses fondements de l’étude prospective « Burkina 2025 » qui ambitionne de faire du Burkina Faso une nation solidaire, de progrès et de justice qui consolide son respect sur la scène internationale. La SCADD est également le cadre d’opérationnalisation du programme « Bâtir, ensemble, un Burkina émergent » proposé au peuple burkinabè par le Président Blaise COMPAORE.
La réalisation de cette vision implique des ruptures pour sortir de l’inertie et des pesanteurs, pour prendre l’envol vers le progrès en trouvant de nouvelles voies de création de richesses. Elle implique également une organisation harmonieuse des efforts de développement pour exploiter toutes les potentialités nationales au profit de l’ensemble des Burkinabè et faire participer tous les acteurs au développement national.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
L’écrivain et humoriste français Alfred Capus remarquait que « Pour faire fortune à Paris, aujourd’hui, il faut de l’argent. » Le chanteur congolais Pamelo Mounka a exprimé plus directement la même idée dans une célèbre chanson : « L’argent appelle l’argent ! » Pour notre part, nous croyons que les idées constituent le véritable nerf du développement. Toutefois, nous ne saurions nier cette règle de la vie moderne : l’argent est un ingrédient indispensable à la mise en œuvre des politiques publiques -ceci même lorsque les stratégies sont bien conçues.
La SCADD qui s’appuie sur les acquis du CSLP nécessitera d’importantes ressources, car elle vise sur la période 2011-2015 une croissance forte et soutenue avec un taux de croissance annuelle moyen attendu d’environ 10%. Pour atteindre ce résultat, outre le renforcement du système productif national, les mesures nécessaires au renforcement des fondamentaux de l’économie pour assurer la stabilité macro-économique seront poursuivies. La politique budgétaire visera essentiellement à soutenir la croissance accélérée, tout en préservant la soutenabilité des finances publiques et de la dette.
Il s’agira de renforcer le dispositif actuel de mobilisation des ressources extérieures pour le rendre proactif, tout en maintenant notre attitude prudente d’endettement. A cet effet, le Gouvernement s’attèlera à élaborer et à mettre en œuvre le plan d’actions de la politique d’endettement. En outre, des dispositions seront prises pour assurer l’efficacité de l’aide publique au développement. Les engagements pris par le Burkina Faso dans le cadre de la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide et le Programme d’actions d’Accra seront mis en œuvre à travers l’opérationnalisation du Plan d’actions national pour l’efficacité de l’aide (PANEA).
Sur la période 2011-2015, c’est environ 7 496,2 milliards de FCFA qui devront être mobilisés pour assurer le financement de nos projets et programmes contenus dans la SCADD, soit un coût annuel moyen de 1 499,24 milliards de FCFA, contre une capacité nationale annuelle moyenne de financement de 949,48 milliards de FCFA. Le coût global des investissements qui s’élève à la somme de 4 238,5 milliards de FCFA représente 56,5% de l’ensemble du financement requis. Le financement de la stratégie sera assuré à 63,3% sur les ressources propres et à 34,5% sur financements extérieurs auprès de nos partenaires aussi bien bilatéraux que multilatéraux. Le gap additionnel de 2,2% sera couvert par la mobilisation de l’épargne nationale et sous-régionale y compris celle des Burkinabè de l’extérieur par les émissions de titres publics et par le mécanisme du Partenariat public-privé.
Ainsi, les réformes destinées à l’accroissement des recettes et à la maîtrise des dépenses vont se poursuivre et s’intensifier. L’accent sera mis sur l’amélioration de la mobilisation des ressources tant au niveau interne qu’externe. Au niveau interne, les actions à mettre en œuvre permettront entre autres : (i) de renforcer les capacités des administrations fiscales, douanières et comptables notamment à travers l’informatisation ; (ii) de lutter efficacement contre la fraude et le faux et (iii) d’exploiter au mieux le potentiel des recettes de service.
L’allocation des ressources budgétaires sera axée principalement sur :
– le renforcement du soutien à l’agriculture et à l’élevage tout en mettant l’accent sur le développement des filières porteuses à travers l’approche orientée sur le développement des pôles de croissance et de compétitivité ;
– le développement des infrastructures économiques ;
– la consolidation des actions de lutte contre la pauvreté ;
– la promotion de l’emploi et de la formation professionnelle ;
– la promotion des niches et des réseaux ou « grappes » d’entreprises.
En outre, les mesures seront prises pour renforcer le circuit de la dépense, améliorer les procédures d’exécution du budget et le suivi de la trésorerie, la finalité étant d’assurer une gestion prudente des finances publiques afin de réduire les tensions de trésorerie et éviter tout dérapage qui pourrait fragiliser son équilibre.
Le Gouvernement veillera à respecter ses engagements internationaux, notamment les normes et critères de convergence communautaires et les engagements pris avec les institutions économiques et financières internationales.
Monsieur le Président,
Honorables Députés,
L’agriculture burkinabè constitue la base de notre sécurité alimentaire tout en contribuant de façon prépondérante à la formation du Produit Intérieur Brut. Dès lors, il revient au Gouvernement de travailler à assurer aux populations une alimentation en quantité et en qualité suffisantes et des revenus aux producteurs, par une agriculture moderne, diversifiée et pourvoyeuse d’emplois.
Les principaux objectifs de la période à venir consistent entre autres à :
– accroître la productivité des populations rurales par le renforcement de l’organisation et de la capacité des acteurs ;
– mettre l’accent sur la sécurisation foncière à travers l’application effective de la Politique de sécurisation foncière et de la Stratégie nationale de gestion intégrée de la fertilité des sols (SNGIFS) ;
– poursuivre la mise en œuvre du Plan d’actions de la mécanisation agricole, notamment par l’introduction d’au moins vingt mille (20 000) charrues chaque année dans le circuit de production pour les hommes et pour les femmes tout au long du quinquennat, ainsi que la mise à disposition d’équipements de motoculteurs, de motopompes, de tracteurs et de matériels de post-récolte. Pour assurer une plus grande mécanisation agricole, il sera créé une société d’économie mixte d’assemblage de tracteurs ;
– instaurer un partenariat effectif entre les producteurs agricoles et les petites, moyennes et grandes industries de transformation ;
– promouvoir l’investissement aussi bien privé que public autour de l’agriculture, pour l’émergence d’un nouvel entreprenariat agricole connecté au marché, fondé sur le savoir-faire et la maîtrise technologique ;
– faciliter l’accès au crédit aux promoteurs agricoles et aux groupements de jeunes désirant se lancer dans l’agriculture en développant des mécanismes innovants de nantissement des titres de propriétés foncières et des stocks au travers de la tierce détention ;
– réaliser des infrastructures hydro-agricoles (grande et petite irrigation) en mettant l’accent sur l’augmentation de la contribution de la culture irriguée dans la production agricole qui devra dépasser 50% à l’horizon 2015 ;
– augmenter la production locale de riz paddy de manière à couvrir les deux tiers (2/3) de la consommation nationale.
Sous un autre angle, le Gouvernement s’emploiera à développer et à diversifier les filières porteuses notamment le coton, les fruits et légumes et le sésame. Il s’agira de développer une chaîne de valeur viable à terme, d’accroître la production, et d’assurer la transformation sur place (égrenage, filature, tissage, industrie du vêtement, mise en conserve, etc.).
La consommation du poisson et de ses produits dérivés va croissant au niveau des populations, d’où l’intérêt de parvenir au développement des ressources halieutiques. A cet effet, des mesures seront prises pour étendre le programme d’aménagements piscicoles de l’unité aquacole de Bagré, de promouvoir l’initiative privée en matière de pisciculture moderne, et développer la pêche traditionnelle notamment au niveau de Ziga, de la Kompienga et du Sourou de manière à satisfaire la demande nationale.
Le secteur de l’élevage contribue pour plus de 18% à la formation du PIB et occupe le troisième rang des produits d’exportation. Il contribue à la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations, à l’intensification des exploitations agricoles à travers la traction animale et la fertilité des sols.
Dans ce domaine, nos grandes lignes d’action sont définies par la Politique Nationale de Développement durable de l’élevage (PNDEL) et son outil d’opérationnalisation qu’est le Plan d’Actions et Programmes d’Investissement du Secteur de l’Elevage (PAPISE) à l’horizon 2015. L’objectif principal visé dans ce sous secteur est d’assurer la disponibilité en produits animaux locaux. Des efforts seront déployés autour des axes suivants :
– le renforcement de l’organisation et des capacités des acteurs ;
– l’accroissement de la productivité et des productions animales avec un accent particulier sur les espèces performantes, l’alimentation et la santé ;
– l’amélioration de la compétitivité des produits animaux et de la liaison entre la production et le marché par le renforcement des infrastructures marchandes dont les unités de laiterie et de maroquinerie ;
– la mise en place d’un pôle de croissance pour le sous-secteur de l’élevage par le développement de la coopération entre les organisations de producteurs, les centres de recherche et les unités de formation.
S’agissant des filières pastorales, un accent particulier sera mis sur l’organisation et le développement de la filière lait à travers des coopératives, l’amélioration de la collecte et la mise en place d’unités de transformation laitière.
La filière bétail-viande sera particulièrement dynamisée pour accroître la production et assurer la qualité de la viande par la multiplication des ateliers d’embouche de bovins et d’ovins ainsi que le renforcement des infrastructures modernes de transformation et de distribution de la viande. Dans ce domaine, il est prévu la création d’une Société de Bétail Viande (SOBEVI).
En ce qui concerne la filière volaille, sa dynamisation se fera à travers la réduction de la mortalité de la volaille en augmentant de façon substantielle le taux de couverture vaccinale.
Monsieur le Président,
Honorables Députés,
Au cours de ces dernières années, le dynamisme du secteur minier a permis de hisser l’or au premier rang des produits exportés par notre pays. Le secteur minier se positionne, désormais, en bonne place dans l’économie nationale et l’option du Gouvernement est d’en faire un véritable vecteur de la dynamique de développement durable du Burkina Faso.
Des réformes appropriées seront entreprises à cet effet, afin d’optimiser l’impact économique, financier et social du développement de ce secteur pour les populations riveraines et la nation toute entière. A cet effet, la stratégie du Gouvernement sera centrée sur les aspects suivants :
– la réadaptation de l’environnement juridique national à l’évolution du secteur au plan international, régional et sous-régional ;
– le réajustement du dispositif fiscal et douanier ;
– la promotion d’une meilleure participation des collectivités territoriales à la gestion minière ;
– la valorisation et l’encadrement de la petite production artisanale et de l’orpaillage ;
– la création d’un dispositif juridique pour assurer la sécurité des mineurs, des populations avoisinantes et garantir la préservation de l’environnement ;
– le renforcement de la formation dans le métier des mines y compris la sous-traitance ;
– l’instauration de la transparence dans les activités minières par la publication des revenus perçus par l’Etat et les opérateurs miniers.
Monsieur le Président,
Honorables Députés,
Un des problèmes récurrents auxquels le Gouvernement compte s’attaquer avec encore plus de détermination que par le passé est la question de l’énergie, si cruciale pour la croissance économique et la lutte contre la pauvreté. La baisse du coût de l’électricité ainsi que sa disponibilité et l’accès de tous aux services énergétiques modernes, constituent donc une priorité de notre action, surtout dans le contexte actuel de difficultés politiques en Côte d’Ivoire, pays-frère d’où nous importons en temps normal quelques 100 mégawatts d’électricité sur les 121 MGW autorisés par les accords.
Le Gouvernement s’attèlera à :
– poursuivre la mise en place d’un cadre institutionnel et prendre les mesures réglementaires et fiscales qui permettent la mobilisation des acteurs et des ressources ;
– sécuriser l’approvisionnement du pays et réduire les coûts de l’énergie ;
– desservir les zones rurales par l’extension des réseaux et la pré- électrification en vue de porter le taux d’électrification nationale à 60% à l’horizon 2015 ;
– mobiliser le potentiel énergétique national et le mettre en valeur ;
– améliorer l’efficacité de la consommation d’énergie.
Afin de favoriser l’accès des services énergétiques au plus grand nombre, une attention particulière sera portée à l’électrification rurale qui constitue un vecteur essentiel d’amélioration des conditions de vie et de production des populations. Il en sera de même pour le développement des énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire. L’interconnexion avec les pays de la sous-région se poursuivra et le recours au système photovoltaïque pour les populations (rurales et urbaines) des zones de faible densité, s’intensifiera.
Monsieur le Président,
Honorables Députés,
L’habitat et l’urbanisme sont des critères déterminants du cadre de vie de nos populations. Il est donc normal qu’ils constituent un enjeu important de la politique nationale.
Il suffit de se promener aussi bien dans nos grandes villes que dans les villages pour s’apercevoir que les progrès réalisés dans ce domaine demeurent insuffisants. Nous devons nous presser d’apporter des réponses pertinentes aux préoccupations des populations.
Conformément aux orientations de Son Excellence Monsieur le Président du Faso, le Gouvernement veillera à la promotion d’une politique ambitieuse et inclusive de logement et d’assainissement. Le plan d’actions de l’habitat et de développement urbain constituera un instrument de choix pour la mise en œuvre de cette politique. Les actions envisagées visent à favoriser une bonne intégration des populations urbaines. Ce sera le début de la mise en œuvre d’un réseau urbain national et sous-régional, d’une meilleure planification de l’évolution des villes qui prendra en compte l’offre et la demande de logements décents et la valorisation du patrimoine urbanistique.
Le Gouvernement s’emploiera, en outre, à mettre en place un système urbain performant, l’objectif étant de porter le taux d’urbanisation à 29% en 2015. Les villes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso connaîtront un traitement particulier pour en faire de véritables métropoles au niveau de la sous région. A cet effet, le Gouvernement adoptera une loi d’orientation foncière afin de mieux maîtriser le foncier urbain et également une politique d’urbanisation adaptée.
La promotion immobilière sera développée dans le cadre de la relance du secteur de l’habitat tout en maintenant sa composante sociale. Le partenariat public/privé s’investira également dans la promotion d’habitations à loyer modéré (HLM) pour limiter l’extension incontrôlée des grands centres urbains. Aussi, dans la production de logements, une attention particulière sera portée à la maîtrise des coûts selon des mécanismes appropriés. Par ailleurs, l’Etat poursuivra les efforts pouvant faciliter l’accès à un logement décent.
La mise en œuvre du projet ZACA se poursuivra et des mesures seront prises pour la mise aux normes des quartiers spontanés et la réhabilitation des anciens quartiers. L’Etat créera des structures appropriées pour développer la planification urbaine en appui aux communes. Enfin, des équipements publics de proximité seront promus conformément à une grille d’équipements collectifs à élaborer par les services compétents.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Les batailles idéologiques ont longtemps perturbé la réflexion sur les stratégies économiques de développement. Au cours du dernier siècle notamment, les rivalités entre capitalisme et socialisme ont parfois poussé certains à adopter des positions extrêmes, conduisant l’écrivain Arthur Koestler à déclarer ironiquement que « Le capitalisme est l’exploitation de l’homme par l’homme. Le socialisme c’est exactement l’inverse… »
Le nouveau programme quinquennal « Bâtir, ensemble, un Burkina émergent » proposé par Son Excellence Blaise COMPAORE, Président du Faso, se démarque évidemment des postures idéologiques et intellectuelles caricaturales. Parce qu’il ne s’enferme pas dans une enclave idéologique, ce programme se nourrit du pragmatisme de l’expérience des pays à succès, où l’Etat et le secteur privé se partagent les rôles et attributions et jouent chacun leur partition dans la grande symphonie du développement durable.
C’est pourquoi il encourage la constitution d’un stock de connaissances et donc d’une intelligence économique, en tant que démarche à la fois volontariste et organisée, portant sur la recherche, le traitement et la protection d’informations utiles à la prise de décision et à l’action. Cette intelligence vise d’une part, la mise à disposition d’informations pertinentes pour comprendre et anticiper les variations de l’environnement économique, pour favoriser l’accès à de nouveaux marchés, à l’innovation et à la créativité ; et d’autre part, la protection du patrimoine d’informations pour se défendre contre d’éventuels concurrents déloyaux.
Notre priorité en la matière sera la construction et la formalisation de deux pôles d’intelligence économique que sont le pôle de l’administration et celui du secteur privé. Un dispositif sera mis en place pour assurer l’interface entre ces deux pôles ; ceci en vue de favoriser la synergie d’actions dans ce domaine pour une meilleure compétitivité de nos entreprises et de notre économie dans son ensemble. Aussi, les différentes structures fonctionnelles, tant étatiques que privées, en charge entre autres de la veille économique, de la production et de la gestion des données, devront-elles contribuer, à travers leurs actions quotidiennes, à relever les importants défis de l’innovation.
Par ailleurs, dans un contexte marqué par l’évolution rapide de la science et des processus de production industrielle, technologique et médicale, nous nous devons de nous doter de ressources performantes qui nous permettent de prévoir l’avenir avec beaucoup de lucidité et d’anticipation, afin d’exercer plus efficacement la fonction d’ordonnateur économique et de régulateur de la vie politique et sociale. En vue d’y parvenir, le Gouvernement s’emploiera à développer des compétences dans les domaines stratégiques que sont : la veille économique et technologique, la gestion de la propriété industrielle, la protection des connaissances et la sécurité économique ainsi que la gestion et l’exploitation des connaissances et de l’information.
Monsieur le Président,
Honorables Députés,
Autre bonne nouvelle dont nous devons tous nous enorgueillir : au cours de la décennie qui vient de s’achever, le Burkina Faso a enregistré d’énormes progrès en matière d’amélioration du climat des affaires. En témoignent les différents rapports du programme « Doing Business » de la Banque mondiale, confirmés par le dernier rapport de Transparency International. Ces avancées ont été le fruit du dialogue permanent institué entre le Gouvernement et le secteur privé et qui a permis d’aplanir les divergences et de lever des entraves à l’initiative privée.
La création du Conseil Présidentiel pour l’Investissement (CPI) participe encore de la volonté du Président du Faso de placer l’investissement dans un environnement sécurisé, au centre des préoccupations pour renforcer davantage les acquis et attirer dans notre pays des investisseurs capables de contribuer significativement à la consolidation de la croissance.
Notre volonté de renforcer ces acquis et de faire du dialogue public-privé un tremplin pour la compétitivité de l’économie nationale se traduira par la poursuite des actions visant à :
- simplifier et renforcer la transparence des procédures administratives pour un essor de l’investissement et de l’initiative privée ;
- moderniser le droit des affaires ;
- améliorer la résolution des litiges commerciaux ;
- renforcer la concertation et la communication sur les réformes.
Par ailleurs, le Gouvernement travaillera à augmenter le nombre d’entreprises industrielles, en favorisant la manifestation des vocations à l’entreprise industrielle et en accompagnant les promoteurs dans la réalisation d’un tissu industriel plus étoffé. Dans cette perspective, il continuera à explorer avec le secteur privé de nouvelles formules capables de stimuler l’initiative privée et d’attirer les investissements directs étrangers. Nos actions consisteront, à cet effet, à :
– éliminer les blocages au niveau du foncier par l’amélioration du cadre juridique et règlementaire en matière foncière ;
– consolider les acquis en matière d’allègement de procédures et de coûts des formalités administratives ;
– adapter et moderniser les capacités d’appui-conseil des structures de l’Etat, et les instruments de promotion des investissements privés ;
– accompagner la mutation institutionnelle, technique et financière du secteur informel ;
– développer le capital privé national ;
– rendre opérationnels les tribunaux de commerce notamment ceux de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso ;
– mettre en place un guichet unique du commerce ;
– rendre opérationnelles l’Agence de Promotion des Petites et Moyennes Entreprises et Industries et l’Agence de Promotion des Investissements.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Je parierais que chacun de vous dans cette auguste Assemblée dispose d’un ou de deux téléphones portables. Certains en ont même trois, quatre ou cinq… Je ne ferai aucun sarcasme là-dessus car je comprends parfaitement la nécessité de se doter des moyens de communication qui nous permettent de rester connectés en permanence aux urgences et aux opportunités.
Les technologies de l’information et de la communication constituent aujourd’hui un passage obligé dans le processus de développement. En vue de réduire la fracture numérique et mettre notre pays à la hauteur de ce défi, l’ambition du Gouvernement pour les prochaines années est de conforter les acquis tout en développant de programmes innovants pour une édification de la société de l’information, à travers :
– la création d’un environnement juridique et institutionnel favorable à l’éclosion des TIC ;
– la création d’un environnement technologique et infrastructurel favorable aux TIC ;
– l’appui à la mise en œuvre des cyberstratégies sectorielles ;
– la réalisation d’actions de communication, de formation, de recherche et de renforcement des capacités dans le domaine des TIC ;
– la promotion de zones d’activités dédiées au numérique.
Monsieur le Président,
Honorables Députés,
Les mystères de la géographie ont doté notre pays de très nombreux charmes qui sautent désormais aux yeux des voyageurs du monde entier et font du tourisme une nouvelle source de croissance. Au cours des cinq dernières années, notre pays a su développer des évènements culturels tant publics que privés, de renommée internationale. Ces grandes manifestations ainsi que l’action de promotion de sites culturels et touristiques tels que le village de sculpture de blocs de granit à Laongo et les Ruines de Loropéni attirent des touristes et visiteurs nationaux et étrangers qui procurent des devises importantes au pays. Le Gouvernement souhaite donc tirer profit du dynamisme de ce sous-secteur ainsi que de la réputation du Burkina Faso en tant que pays hospitalier pour développer son potentiel touristique.
La politique nationale vise à accroître la rentabilité et la contribution de ce sous-secteur au produit intérieur brut. Les efforts du Gouvernement seront concentrés sur :
– le développement de l’entrepreneuriat et des industries touristiques et hôtelières ;
– la mise en œuvre de stratégies efficaces de promotion extérieure des biens et services culturels et touristiques ;
– le développement des infrastructures touristiques et hôtelières ainsi que l’aménagement de sites et de zones à vocation touristique ;
– la mise en œuvre d’une nouvelle politique de l’offre touristique dérivée basée sur la qualité et la diversification des modes d’hébergement, la restructuration et la réhabilitation des sites touristiques ;
– la valorisation du produit touristique dans les domaines du tourisme culturel, écologique, et de loisir en tant qu’instrument pour le renforcement de la rentabilité du secteur ;
– la promotion du tourisme intérieur en tant que axe stratégique de développement du tourisme en général ;
– la consolidation du rôle du secteur privé dans le développement du tourisme et la gestion du secteur particulièrement dans les domaines de la promotion, de la formation et de la réalisation d’infrastructures.
Monsieur le Président,
Honorables Députés,
Le secteur des transports constitue la colonne vertébrale de notre système de communication et de promotion des échanges. Pour lui permettre de jouer véritablement son rôle de support du développement, notre stratégie dans ce domaine commencera par une relecture de la stratégie de développement du secteur des transports, assortie d’un plan d’actions pour consolider les acquis du PASEC-T et du PST2.
Notre démarche consistera à accorder une place de choix aux investissements destinés à entretenir et à réhabiliter les infrastructures routières, à construire de nouvelles routes pour densifier le réseau national et à entreprendre des actions pour préserver et améliorer le patrimoine routier existant. Le Gouvernement veillera à la bonne fin de l’ensemble des projets en cours d’exécution et à la réalisation des projets prioritaires. Le projet de construction de l’aéroport de Donsin constituera une priorité pour le Gouvernement.
Par ailleurs, le Gouvernement veillera au renforcement des mesures en matière :
– de contrôle de l’exploitation des infrastructures routières ;
– de promotion de la sécurité routière ;
– d’amélioration et de rationalisation des conditions générales de transport et de transit ;
– de mobilité urbaine et rurale ;
– de facilitation de l’émergence d’entreprises de transport et de travaux ;
– de recherche de la réduction des coûts de transport et d’une meilleure maîtrise de la chaîne logistique ;
– de mise en œuvre du programme d’investissement ferroviaire 2011-2020 ;
– de mise en œuvre des réformes des structures responsables des activités aéronautiques nationales.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Les potentialités économiques, socioculturelles et artistiques de notre pays sont aussi riches que variées. Dans la perspective d’une meilleure valorisation de ces ressources et au regard des avantages comparatifs révélés au niveau local, la région demeure un maillon essentiel pour promouvoir le développement économique et social.
Le Gouvernement entend par conséquent s’appuyer sur les acquis de la décentralisation et de la déconcentration pour assurer la promotion des potentialités spécifiques de chaque région en y créant les conditions idoines pour soutenir les investissements productifs. Des pôles régionaux de croissance et de compétitivité seront développés pour soutenir la croissance et réduire les grandes disparités qui existent entre les différentes régions d’une part, et d’autre part entre les villes et les campagnes. Notre action portera sur :
– l’élaboration d’outils méthodologiques pour accompagner le développement régional et local en vue de développer autour des centres urbains ou des localités à fort potentiel spécifique, des pôles à dominante agro-sylvo-pastorale et cynégétique ;
– le développement des pôles d’excellence en matière d’enseignement supérieur et de recherche autour des centres urbains ou des localités à fort potentiel spécifique afin de promouvoir les initiatives locales à travers l’organisation des acteurs locaux ;
– le développement des pôles à dominante de services autour des centres urbains ou des localités à fort potentiel spécifique ;
– le développement des pôles à dominante minière autour des centres urbains ou des localités à fort potentiel spécifique ;
– la mise en place d’un fonds de promotion des pôles de croissance ;
– la mise en place d’un cadre pragmatique cohérent réunissant les principaux acteurs à savoir l’Etat, les collectivités territoriales, le secteur privé et la société civile.
Le Projet Pôle de Croissance de Bagré qui entame sa mise en œuvre, constitue une première expérience qui s’étendra de manière progressive à d’autres régions.
Des dispositions seront prises pour améliorer la planification spatiale des investissements en infrastructures en vue de réduire les coûts des facteurs de production tout en connectant les zones de production aux centres de consommation.
Pour accroître l’accès à l’électricité dans les zones rurales et périurbaines, le fonds de développement de l’électrification (FDE) sera restructuré et ses capacités renforcées. Les interconnexions aux réseaux électriques, en particulier celles entre le Burkina Faso, le Ghana et le Mali ainsi que celles entre le Burkina Faso, le Nigéria, le Niger et le Bénin vont être accélérées.
Un soutien important sera également apporté au développement des chaînes de valeur agricoles, par le biais d’appui à l’investissement tout en mettant l’accent sur le développement des pôles de croissance et des zones économiques spéciales pour faciliter l’accès au marché et maximiser les externalités positives et les liens intersectoriels.
La mise en place de zones économiques constitue une option stratégique du Chef de l’Etat et vise au renforcement de la compétitivité de notre économie. C’est pourquoi le Gouvernement a inscrit la création de zones économiques spéciales dans son programme politique qui viendront en appui aux projets Pôles de croissance en cours d’exécution. Ces zones économiques spéciales seront des espaces bénéficiant d’un régime juridique particulier qui les rend plus attractives pour les investisseurs tant nationaux qu’étrangers. Elles offriront des facilités aux entreprises qui s’y installeront.
C’est donc un important chantier que le Gouvernement entend mettre en œuvre de manière progressive, en s’inspirant des expériences spécifiques de certains pays d’Asie et d’Afrique en la matière. Des aménagements pilotes de zones économiques spécifiques seront engagés au niveau des régions, toute chose devant permettre à terme de valoriser les immenses potentialités dont regorge notre pays, de créer plus d’emplois et de richesses avec des retombées socio-économiques plus importantes pour nos populations.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Nous nous retrouvons ici aujourd’hui à un moment où le processus inéluctable d’intégration régionale engagé par nos pays dans le cadre d’une vision réaliste de l’avenir des économies africaines subit quelques difficultés du fait de la situation de crise post-électorale en Côte d’Ivoire. Martin Luther King disait : « Ce n’est que lorsqu’il fait assez sombre que l’on peut voir les étoiles. » Oui, c’est précisément au moment où les difficultés semblent s’accumuler sur le chemin que l’on peut entrevoir la justesse de l’itinéraire choisi.
Dans un contexte de mondialisation marqué par une forte concurrence, le besoin de nos pays de renforcer leur synergie d’actions est réel. C’est en cela que le processus d’intégration à l’économie régionale apparaît comme une alternative pour nos économies encore en construction pour mieux les préparer à une meilleure insertion dans l’économie mondiale. En conséquence, le Gouvernement œuvrera pour une affirmation de plus en plus poussée de notre pays dans l’économie régionale et mondiale par une contribution constante au renforcement de la stabilité et de la prospérité dans le monde et en particulier dans notre sous-région. Il s’engage par conséquent à soutenir les projets intégrateurs tout en veillant au respect de nos engagements au niveau des différents organes d’intégration ainsi qu’avec nos partenaires au développement.
Dans cette perspective, l’accent sera mis sur les actions suivantes :
– le développement de l’intégration commerciale, l’extension de la mobilité et le renforcement du dialogue ;
– la promotion des partenariats équilibrés et globaux avec les pays et régions tiers en respectant les mesures concertées de facilitation des échanges et des paiements ;
– la poursuite des activités visant à régler les questions politiques et sécuritaires les plus urgentes dans la sous-région ouest africaine et sur le continent ;
– l’appui à la résolution des crises majeures ainsi que la lutte contre la criminalité transfrontalière, la prolifération des armes et des drogues ;
– l’élaboration d’une politique de défense et de sécurité forte, souple et ouverte au multilatéralisme.
Ces actions devraient contribuer à la paix et créer des conditions optimales pour d’une part, mieux exploiter les économies d’échelle permises par l’unification des marchés et l’ouverture au monde et d’autre part, renforcer la compétitivité de notre économie.




