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Evaluez l’entreprise dans laquelle vous êtes investi

Les outils pour préparer l’évaluation d’une entreprise

Les réfractaires à la lecture et aux chiffres doivent se faire violence pour se lancer dans l’évaluation d’une entreprise. Si au départ ce travail paraît titanesque, une fois lancé et après avoir adopté quelques réflexes, l’évaluation s’avère finalement accessible. Mais il faut du temps et de la rigueur. Du temps pour lire. Et des documents il y en a. Les rapports annuels, qu’ils soient financiers ou sociaux, la lettre aux actionnaires, les communiqués de presse, les articles dans la presse, la veille concurrentielle, le suivi macroéconomique… Dans le rapport financier, vous trouvez le détail des chiffres pour analyser la santé économique d'une entreprise.

Si vous avez un fort intérêt pour l’actualité, vous avez un avantage. C’est un outil clé pour commencer à évaluer une entreprise. Il faut le coupler avec une forte capacité de synthèse pour ne retenir que l’essentiel : les éléments clés pour conforter ou infirmer votre choix. Ce qui implique d’éviter de suivre les emballements de marché et médiatiques. Ce qui revient à se méfier des rumeurs, de ne tenir compte que de ce qui est avéré ou vérifiable et de croiser les informations quand elles ne proviennent pas d’une communication officielle de la direction de l’entreprise.

Pour garder la tête froide, il faut s’en tenir au rapport financier : le bilan et le compte de résultat. Là, vous avez toutes les éléments comptables détaillés, commentés et mis en perspective. Ainsi lorsqu’un événement survient, posez-vous une seule et unique question : est-ce que cela impacte positivement ou négativement l’activité ou la santé financière de l’entreprise ? Pour répondre, il faut disposer d’un tableau de bord qui permette de faire ressortir les ratios financiers qui mettent clairement en avant l’état de l’entreprise et de les tenir à jour.

Construire un tableau de bord pour évaluer une entreprise

L’évaluation de l’entreprise repose sur un bon tableau de bord. Ce ne sont ni sa longueur ni sa complexité qui vont en faire sa pertinence. Au contraire, la clarté et la simplicité peuvent éviter de se retrouver vite dans des impasses. Une feuille de calcul sur l’ordinateur peut largement suffire. Dessus, vous reportez les chiffres clés trouvés dans le bilan et le compte de résultat : évaluation des actifs de l’entreprise, les dettes, l’état de la trésorerie et les flux au cours de l’année, le niveau des commandes, le chiffre d’affaires, le résultat d’exploitation et le résultat net avant et après impôts. Et d’année en année, de mois en mois, vous suivez les évolutions.

Grâce à ces données, vous allez pouvoir aussi établir toute une série de ratios. Certains vont porter sur l’activité de l’entreprise, d’autres sur la rentabilité ou en encore sur la profitabilité. Ainsi selon le type d’annonce, vous allez pouvoir évaluer si c’est intéressant pour l’entreprise ou non. Pour mesurer l’activité, il peut être intéressant de diviser le volume du carnet de commandes par le chiffre d’affaires. On peut aussi s’intéresser au niveau des stocks, aux délais de livraison…

Surveiller l’évolution des finances

Pour la partie purement financière, c’est-à-dire la rentabilité et la solvabilité, on peut observer le lien entre l’activité et les bénéfices. En ce cas, on va rapporter le chiffre d’affaires au résultat d’exploitation ou au résultat net. Si l’on cherche à mesure l’efficacité d’un investissement, il faut diviser le montant de l’investissement par le résultat d’exploitation pour l’activité en question. Pour la solvabilité, on peut établir le quotient issu du rapport entre le montant des dettes et le montant des fonds propres ou le résultat net. De même, on peut établir le lien entre les dettes de court terme et les dettes de long terme en divisant les unes par les autres.

La dernière partie du tableau de bord doit porter sur l’évaluation des marchés financiers. Autrement dit, il s’agit de mesurer l’écart de perception des investissements et la réalité de la valeur de l’entreprise. Le grand classique est de calculer le rapport entre le cours de l’action et le bénéfice net par action ou le montant de la capitalisation et le bénéfice net. Il y a aussi le ratio entre la capitalisation et les actifs nets réactualisés. On peut entrer dans plus de finesse en divisant la capitalisation par le montant de la trésorerie disponible ou encore les dettes par le montant de capitalisation.

Interpréter l’évaluation d’une entreprise

Un tableau de bord ne suffit pas pour évaluer une entreprise. Il faut arriver à tirer les bonnes interprétations et en déduire les bons enseignements. Par exemple, l’entreprise a un carnet de commandes qui représente quatre années d’activités. L’annonce de la perte d’un petit contrat est sans conséquence. En revanche, si l’entreprise décide d’allonger ses délais de livraison, cela implique un retard des paiements et un manque à gagner, du moins un décalage des recettes. L’entreprise va devoir faire des avances de trésorerie et donc éventuellement emprunter.

Surveiller les types de dettes

Autre exemple : les dettes restent stables en volume mais la répartition change. En revanche, les dettes de court terme augmentent fortement et celles à long terme baissent. Cela indique que l’entreprise finance sa trésorerie par le crédit. Le risque est que si les rentrées d’argent ont du retard, l’entreprise pourra difficilement faire face et va se retrouver en cessation de paiement. Prenons l’évolution inverse. Les dettes à long terme augmentent au détriment de la dette à court terme. C’est une bonne nouvelle. Le risque de cessation de paiement devient plus faible et les échéances mieux réparties dans le temps.

Les rapports annuels contiennent quelqu'uns des ratios clés pour l'évaluation de l'entreprise avec un commentaire. Il existe aussi des niveaux d’interprétation. Imaginons que le ratio chiffre d’affaires/résultat net s’améliore. Cela laisse à penser que l’activité augmente sa profitabilité. Mais dans le même temps, le ratio chiffre d’affaires/résultat d’exploitation baisse. Ce qui veut dire ici que c’est le résultat financier, une réduction de la dette par exemple, qui compense en réalité une activité qui rapporte moins. Il peut se passer l’inverse. Là, la rentabilité de l’activité est consommée pour partie par le règlement de l’endettement ou d’autres opérations financières. Si l’entreprise ne fait rien pour revoir l’ampleur de sa dette et son coût, une réduction de son activité aura un effet amplifié sur la santé économique de l’entreprise.

Chiffre d’affaires et résultat net

Enfin, il y a des interprétations génériques. Prenons le cas d’un chiffre d’affaires qui progresse de 10 % et le résultat d’exploitation ou net de 20 %, en considérant le résultat financier neutre. C’est plutôt bon signe. La croissance accentue la rentabilité de l’entreprise. Dans une situation inverse, soit les bénéfices progressent mais moins vite que l’activité. La situation n’est pas alarmante. C’est plutôt bon signe. Soit la croissance se traduit par des pertes. Il faut alors être vigilant au sujet des explications données sur les raisons de la chute de rentabilité et de la hausse de la croissance. C’est un signe que l’emballement sur l’activité n’est pas totalement sous contrôle. On retrouve là l’une des caractéristiques de l’éclatement de la bulle Internet dans les années 2000.

Le rôle des commissaires aux comptes

Les données financières publiées par une entreprise font l’objet de plusieurs contrôles. D’un côté, il y a les experts-comptables qui s’assurent que les opérations comptables sont fiables et les chiffres honnêtes. De l’autre, il y a les commissaires aux comptes. Eux s’assurent qu’aucune irrégularité n’a été constatée. Et si une écriture comptable est soumise à interprétation, ils peuvent signaler dans leurs commentaires l’intérêt ou non d’avoir effectué telle ou telle écriture. En cas de désaccord, ils peuvent refuser de certifier les comptes. Ce qui est un risque réel chaque année au moment de la clôture des comptes.

Par Baptiste Julien BLANDET,

Journal du Net

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