lundi, octobre 5, 2026
Google search engine

Etes-vous fait pour être patron ?

Etre patron est d’abord une affaire de motivation et de personnalité. Avez-vous les qualités requises pour exercer cette fonction? Voici les cinq grandes questions à vous poser pour le savoir.

« Un bon dirigeant, c’est comme un éléphant. C’est impossible à définir en théorie mais, quand vous en rencontrez un, l’évidence s’impose à vous ! » Cette boutade de Frédéric de Broglie, le directeur général de la société de capital-risque 3i, donne le ton : s’il existe de bons et de mauvais dirigeants, il n’y a pas de patron modèle. De l’autodidacte pur et dur qui a progressivement construit son affaire au jeune diplômé plein d’avenir qui a pris son indépendance après quelques années en entreprise, il y a autant de styles que de personnes.

Toute tentative de portrait-robot tournerait donc rapidement au chapelet d’évidences : pour être un bon dirigeant, mieux vaut être intelligent qu’idiot, en bonne santé plutôt que mal portant… Prudents, les chasseurs de têtes préfèrent d’ailleurs souvent choisir les patrons qu’on leur demande de recruter parmi des candidats qui le sont déjà.

Comment, alors, déterminer le plus objectivement possible si l’on a le caractère et les qualités nécessaires à un patron ?

Première question

En avez-vous vraiment envie?

C’est, de l’avis de tous ceux qui sont familiers du sujet, le point essentiel. La seule chose qui compte vraiment est de ressentir un réel désir d’entreprendre. « Il faut avoir l’envie, la passion d’y aller », souligne Alain Richard, un des associés du groupe Arj, spécialisé dans le coaching des patrons. Autrement dit, il faut vouloir créer quelque chose, faire bouger les choses et, en tout cas, aspirer à sortir du moule. Car tout s’apprend, sauf la soif d’entreprendre. On peut se former ou s’améliorer dans presque tous les domaines, mais l’envie d’émerger ne s’enseigne pas.

Quelles sont vos motivations ?

A ceux qu’attire cette aventure, Robert Papin, professeur à HEC, conseille de se poser la question suivante : qu’est-ce qui, dans la vie, me rendrait vraiment heureux ?

Ce besoin d’engagement peut être fondé sur un désir de laisser sa trace, d’apporter son empreinte au monde. Ou sur un manque, une insatisfaction, qui pousse à créer quelque chose. Cela correspond nécessairement à un ego fort, voire à un certain goût du pouvoir, pas seulement à une volonté de réussite matérielle.

Mais attention : ceux qui sont attirés par le mirage de l’indépendance du chef d’entreprise risquent de déchanter bien vite. « C’est un leurre de croire qu’en devenant patron on n’aura plus de comptes à rendre à personne. Entre les clients, les salariés, le cadre juridique, le marché, le chef d’entreprise est soumis à un faisceau de contraintes », commente Christiane Maréchal, qui dirige le cabinet Lombard, spécialisé dans l’accompagnement de dirigeants.

Même écho chez Gabrielle Rolland, patronne de l’Institut européen du leadership : « Il est essentiel de savoir ce qui vous tente. La lassitude d’une organisation trop lourde peut être un levier, mais cela ne peut pas être la motivation ultime. » En effet, devenir patron ne saurait être une fuite : cela doit au contraire répondre à un besoin de bâtir, de construire.

Etes-vous un homme – ou une femme – de convictions ?

Pour Alain Richard, « un vrai patron est quelqu’un qui a des convictions de fond très fortes, un système de croyances ancrées au plus profond de lui, qui le fait avancer ».

En clair, il faut avoir un projet et de la consistance. Diriger une entreprise, c’est confronter quotidiennement sa volonté à la réalité. Ce qui implique de savoir résister. Le processus est ensuite cumulatif : la réussite nourrit les convictions. « Le problème des créateurs fraîchement émoulus d’écoles de gestion, c’est qu’ils ont souvent trop de modèles, trop de réponses à des questions qu’ils ne se sont pas encore posées », poursuit Alain Richard.

Savez-vous susciter l’adhésion autour de vous ?

« On ne dirige pas une entreprise aujourd’hui, alors que 70 % des jeunes ont le bac, comme on le faisait autrefois. Auparavant, on était légitime parce qu’on avait raison ; désormais, on ne peut réussir que lorsqu’on arrive à susciter l’adhésion », explique Jean-Luc Placet, qui conseille les dirigeants depuis de nombreuses années.

Bref, il faut avoir du charisme. Mais ne nous méprenons pas sur la signification de ce mot. Le charisme n’est pas nécessairement le fait des personnalités hautes en couleur. Cela repose plutôt sur le fait d’avoir une vision, un vrai projet. Et sur une façon simple de le communiquer pour le faire partager. « Etre bon, c’est être très clair dans son discours, dire les choses avec une grande simplicité », résume Christine Sensier, directrice du cabinet de chasseur de têtes Jouve & Associés.

Deuxième question

Etes-vous prêt à prendre des risques?

Avoir envie de diriger ou de créer une entreprise est une ambition largement partagée. Oser le faire est une autre histoire. Devenir patron, c’est prendre des risques professionnels et personnels. Même si une telle décision résulte d’une contrainte extérieure, comme un licenciement, elle ne doit jamais être prise à la légère.

Qu’êtes-vous prêt à jouer pour gagner ?

Un bon test consiste à se poser la question : que suis-je prêt à risquer pour mon entreprise ?

D’après Gabrielle Rolland, « être patron de son affaire, aujourd’hui, est plus un engagement qu’un statut social ». C’est souvent un combat, qui demande de l’enthousiasme, et aussi de l’optimisme pour accepter une baisse de ses revenus au départ ou pour savoir renoncer à ses vacances.

Etes-vous suffisamment courageux ?

La vie quotidienne d’un chef d’entreprise est rythmée par la prise de risque. Il lui faut conjuguer prudence et audace, donc avoir un certain sens du jeu, une volonté farouche de gagner.

Car, pour réussir au jeu de l’entreprise, il faut beaucoup tenter, et parfois se tromper. « On ne peut être patron si on passe son temps à se poser des questions. Le patron agit, moyennant quoi il se trompe ! », commente Claude Maire, de la Financière Meeschaert. Ce qui suppose des qualités de courage et de ténacité.

Pensez-vous avoir du jugement ?

Enfin, il faut aussi sentir les choses, avoir assez de flair pour arriver à toujours s’ajuster. « Le jugement, explique Aymeric Prot, associé du cabinet de chasseur de têtes Boyden, c’est ce curieux mélange d’intuition et de prise de risque qui amène à arrêter une décision. »

Troisième question

Savez-vous fonctionner en équipe?

L’heure n’est plus aujourd’hui à l’autocrate tout-puissant, à celui qui décide de tout en solo. « Pendant les Trente Glorieuses, beaucoup de chefs d’entreprise ont cru pouvoir réussir avec ce genre de méthode. Le durcissement du marché a révélé leur faiblesse », souligne Alain Richard. Face à un environnement bien plus complexe, qui nécessitait des compétences de plus en plus nombreuses et une grande souplesse, l’esprit autocratique a montré ses limites.

Pour Christiane Maréchal, « être un bon dirigeant actuellement, c’est avoir la capacité de prendre des avis et la capacité de faire des synthèses avant de décider par
soi-même ».

Etes-vous prêt à recruter des gens différents de vous ?

Conscient qu’il ne peut tout faire lui-même, un dirigeant doit savoir s’entourer de collaborateurs ayant les compétences qui lui font défaut. « Il faut ne pas être projectif, oser recruter des gens différents pour pouvoir jouer en complémentarité », explique Lionel Bellanger, qui dirige le groupe Centor Idep. Ainsi, un créatif s’adjoindra un bon gestionnaire, et le gestionnaire aura besoin d’un fonceur. C’est le fameux exemple de Dubrulle et Pellisson, le tandem du groupe Accor, qui expliquent que les plus mauvaises décisions qu’ils aient prises furent celles pour lesquelles ils étaient d’accord dès le départ…

Ce recours à des personnalités diverses demande une forte capacité d’intégration. Car c’est au chef d’entreprise que revient la tâche de coordonner les différents intérêts.

Quelle vision avez-vous de la délégation ?

Travailler en équipe ne signifie pas distribuer les tâches. C’est accepter d’avoir besoin des autres pour réussir. « Autrefois, un dirigeant réglait dix problèmes à la fois. A présent, c’est un homme qui doit savoir diriger dix personnes, une par problème », résume Jean-Luc Placet, consultant.

Etre patron, c’est donc déléguer, mais aussi fixer les limites de ce que l’on est prêt à confier à ses collaborateurs. Avec un impératif : la responsabilité et la décision finale ne se délèguent jamais ! Comme le précise Christiane Lombard, « c’est le chef d’entreprise qui est responsable en dernier recours de tout ce qui se passe, ce qui suppose qu’il garde toujours le contrôle ».

Savez-vous faire confiance ?

S’appuyer sur d’autres implique la confiance. Or cette capacité est parfois vécue en contradiction avec la qualité d’engagement. « Jadis, le patron était celui qui avait l’idée géniale. Maintenant, c’est celui qui sait mettre en place un système permettant aux autres d’avoir cette idée géniale », poursuit Jean-Luc Placet.

Avez-vous la fibre humaniste ?

Permettre à chacun de donner le meilleur de lui-même réclame de s’intéresser à chaque personne, de savoir qui elle est, ce qu’elle aime et ce qui la motive. « Le dirigeant de PME doit être capable de faire attention aux gens. De connaître le rôle et la personnalité de chacun », note Aymeric Prot.

Il doit reconnaître les mérites de chacun et prendre le temps de le dire. « Les grands dirigeants sont ceux qui savent remercier jusqu’à leurs contradicteurs », souligne Daniel Jouve (voir l’encadré ci-contre).

Mais il faut veiller au registre employé et éviter de tomber dans le paternalisme ou un quelconque management par l’affectif. Si un tel mode de relations peut fonctionner dans un environnement protégé, gare à la casse si le marché se durcit !

Jean-Luc Placet le martèle aux patrons qu’il conseille : « Vous n’êtes ni des prêtres ni des psychiatres. Vous n’êtes pas là pour acheter la paix sociale ou motiver les gens par un numéro de cirque, mais pour mettre chacun en condition de développer le mieux possible ses compétences. »

Quatrième question

Savez-vous faire preuve de modestie?

Un dirigeant doit pouvoir se remettre en cause. Conscient de ne pas avoir la science infuse, il doit accepter de ne pas avoir toujours raison. C’est la seule manière de s’adapter à toutes les circonstances.

Etes-vous capable de vous remettre en question ?

D’après Christiane Lombard, « le dirigeant doit faire preuve d’une certaine modestie intellectuelle tout en ayant la capacité de se faire confiance en dernier recours ». Ce qui signifie qu’il doit avoir une ligne directrice claire, mais également qu’il doit être suffisamment ouvert pour entendre la critique.

Savez-vous vraiment écouter ?

Avant de trancher, le dirigeant doit prendre l’avis de chacun. Même si c’est à lui qu’il incombe de choisir en dernier ressort. Ce qui demande une grande écoute, vis-à-vis de ses collaborateurs, de ses clients et de son environnement.

Pour Robert Papin, cette qualité est rarement innée puisqu’elle doit se greffer sur une personnalité assise sur des convictions fortes. Elle s’améliore avec le temps, quand le chef d’entreprise se rend compte par expérience que, pour mobiliser les hommes, il faut d’abord les écouter…

Quelle image pensez-vous dégager ?

« Dans les années 60, un patron était au-dessus de tous. Dans les années 70, il se devait d’être devant. Aujourd’hui, il doit être avec, au milieu de ses collaborateurs », commente Lionel Bellanger. Dès lors, rien de pire qu’un patron qui « respire le patron », coincé, distant, manquant d’aisance sociale. Pour Lionel Bellanger encore, c’est cette faculté d’être comme M. Tout-le-Monde qui a fait la popularité de Bernard Tapie.

Pour réussir, inutile de jouer au surhomme, de trop refouler humeurs et sentiments : faire part de ses doutes, de son enthousiasme, est toujours un atout. A condition de les maîtriser !

Cinquième question

Arrivez-vous à prendre du recul?

Etre patron exige une aptitude à prendre du recul, à mettre les choses en perspective, à faire le lien entre ses décisions et sa vision. « L’anxiété au quotidien et l’optimisme dans la durée », résume Lionel Bellanger.

Savez-vous maîtriser vos états d’âme ?

Un bon dirigeant ne peut se laisser mener par ses humeurs. Contrairement à une idée reçue, un chef d’entreprise a du caractère, sans être pour autant un caractériel ! « Au contraire, ce doit être un animal à sang froid, sachant relativiser l’échec comme le succès, pour ne pas passer de l’euphorie à la déprime », estime Jean-Luc Placet.

Etes-vous lucide sur vous-même ?

D’après le psychologue Gérard Collignon, « à tout moment, le chef d’entreprise doit avoir conscience de ce qu’il est en train de faire, et comment il le fait ». Il doit donc bien se connaître, et connaître ses limites.

Comment appréhendez-vous votre environnement ?

Faire preuve de la même lucidité sur son environnement est essentiel. « Un chef d’entreprise doit être capable de trouver la solution à une situation inextricable en apparence en l’envisageant d’une manière différente », précise Christiane Lombard.

Sauriez-vous dépasser votre métier de base ?

Par exemple, un ancien directeur financier devra pouvoir aller au-delà d’une fonction de gestionnaire et avoir une vision d’ensemble, qui dépasse la seule réalité chiffrée.

Etes-vous capable d’évoluer avec votre entreprise ?

C’est parfois là que le bât blesse. On peut être un bon créateur, sans être intéressé par la gestion d’une plus grosse entreprise. A chacun de savoir ce qu’il aime et ce pour quoi il est fait.

Source : L’entreprise

RELATED ARTICLES
- Advertisment -
Google search engine

Most Popular