– Comment êtes-vous arrivé à cette situation ?
Je suis un commerçant. J’avais besoin de deux millions. J’ai donc pris attache avec un de mes amis, Daouda Semdé. Il m’a dit qu’il n’en avait pas les moyens et m’a conduit chez un de ses petits frères. On l’a vu ensemble. Il était d’accord, mais avec un intérêt de 800 000 francs CFA. Il a cependant demandé une garantie. Il se trouvait que j’avais acheté une parcelle mais je n’avais pas encore mis les papiers à mon nom. Ce sont ces papiers que j’ai remis à mon créancier comme garantie. Il a gardé les originaux et moi les copies. C’est alors que son frère qui est mon ami m’a dit d’aller voir un notaire et de consigner tout cela sur papier. C’était une reconnaissance de dette payable sous trois mois. Ce qui fut fait chez Me Billy Ouattara.
Entretemps, j’ai eu un million. Mon ami et moi, sommes repartis voir le créancier pour solder une partie de la créance. Le créancier a pris l’argent. C’est à ce moment que son propre frère a dit que l’on doit retourner chez le huissier pour consigner le fait qu’un million de francs a été payé. Il a prétexté qu’il était occupé et qu’il ne retrouvait pas ses documents. Nous sommes allés le voir trois fois pour cela, mais en vain. Il a fini par nous dire plusieurs semaines après, qu’il ne retrouve pas les papiers qui seraient perdus. On a décidé de faire une déclaration de perte au domaine afin d’entamer la procédure de reconstitution des papiers de la parcelle à mon nom. Il n’avait toujours pas retrouvé les papiers lorsque j’ai décidé de me rendre en Côte d’ivoire pour faire des achats pour livrer à un client. On devait se revoir à mon retour.
– Et c’est là que tout se gâte ?
Avant de partir, j’avais besoin d’argent, donc j’ai hypothéqué la cour, un duplex à la BCB. Cette hypothèque a été faite au cabinet de Me Bayala. L’évaluation de ma maison a été estimée à 19 millions. La Banque a retenu seulement 16 millions. J’ai donc emprunté autour de cinq millions de francs. J’ai payé trois mois de traite à la banque par prudence en avance avant de partir. Malheureusement pour moi, à Abidjan, je suis tombé sur une rafle, c’était pendant la période chaude. J’ai été débarqué de mon taxi et comme j’avais pris de l’argent avec la banque, une somme de près de quatre millions, les policiers ivoiriens m’ont retenu. Ils ont pris mon argent et j’ai été emprisonné parce que soupçonné d’être un rebelle.
– Combien de temps êtes-vous resté en prison à Abidjan ?
Pratiquement 5 ans dans les geôles à Abidjan. Alors que j’étais parti pour 3 jours voire une semaine. C’était de 2004 à 2009. Et je crois que je dois ma libération et celle de beaucoup d’autres personnes à l’action de médiation du Président Compaoré. Notre situation s’est améliorée quand il s’est impliqué dans le dossier ivoirien, et aussi avec l’action de notre compatriote Emile Kima qui a fait le tour des prisons pour voir la situation des burkinabè emprisonnés injustement. C’est ainsi qu’un jour, on m’a appelé pour me dire que je ne suis pas un rebelle et j’ai été libéré. C’était le 17 décembre 2009.
– Vous voilà donc de retour au pays. La première chose que vous avez faite, c’est quoi ?
J’ai foncé chez moi. Et là, j’ai trouvé un nouveau propriétaire qui me dit qu’il a acheté la maison avec mon créancier. J’ai donc rejoint mon témoin Daouda Semdé et grand frère de mon créancier. Après explication, il n’en revenait pas. On s’est transporté chez mon créancier laissant mes baluchons sur place. Interrogé par son frère, il nous a répondu que lui, n’a pas vendu la maison et que c’est la Banque qui l’a vendue. J’ai alors demandé à voir mes meubles. Il m’a dit de voir avec son avocat. Ce que j’ai fait le lendemain, c’est d’aller me renseigner à la Banque sur mon crédit. Après vérification, il se trouve que ce n’est pas la Banque qui a vendu la maison. La raison est que, quelqu’un est venu solder mon compte.
– Qui savait que vous y aviez un compte ?
A ce moment là, je ne savais pas. A la banque, on m’a dit que c’est l’avocat de mon créancier qui est venu faire le premier versement et que c’est mon créancier lui-même qui est venu verser le reste de l’argent dû. La Banque m’a conseillé d’aller voir Me Bayala qui avait consigné l’hypothèque au profit de la Banque pour en avoir le cœur net. A ma grande surprise, Me Bayala me dit que la Banque, même avec les papiers que nous avions signés, ne peut vendre la maison parce que la valeur de la maison est de 16 millions alors que le crédit n’est que de cinq millions.
Mon ami et moi, sommes repartis voir Me Billy Ouattara en se disant que le créancier ne pouvait vendre la cour sans passer par lui. Me Billy Ouattara, dit qu’il n’est au courant de rien et qu’aucune décision judiciaire ne lui a commandé un tel acte. Le Huissier a convoqué tous ceux qui étaient présents lors de la signature de la reconnaissance de dette. Devant le Huissier, mon créancier dit que ce n’est pas lui qui a vendu mais que c’est son avocat qui a exécuté la vente, à la suite de la reconnaissance de dette qui existait entre nous. L’huissier a donc exigé de voir les papiers le lendemain. C’est là que mon créancier a présenté un papier de reconnaissance de dette d’environ 5 750 000 F CFA avec les entêtes du cabinet de Me Ouattara. Me Ouattara n’a pas reconnu sa propre signature, et moi, je n’ai pas reconnu la mienne. C’était donc du faux. Me Billy a donc décidé de le poursuivre en justice. Cette plainte est en cours.
Et nous avons été entendus dans ce dossier ainsi que l’avocat de mon créancier qui a finalement reconnu avoir effectué la vente mais sur la foi d’un document venu de la justice et que lui aurait transmis son client, mon créancier. Ils ont déclaré à la gendarmerie avoir vendu la Cour, un duplex à 6 millions de F CFA et qu’ils seraient ensuite allés solder mon crédit qui est de 5 millions de F CFA. La gendarmerie a trouvé cela curieux. Toujours est-il que le dossier est en cours. Et depuis j’attends. J’ai demandé à mon avocat de faire mon testament parce que je ne voudrais pas abandonner ce dossier puis qu’il ne me reste plus rien. Je souhaite que justice soit faite, je la veux ardemment. Si mon créancier n’a pas raison, que l’on me remette ma maison et mes affaires pour que je puisse vivre tranquillement. Si j’ai tort, je prendrai acte. Dans cette cour, il y avait mon père, ma mère, mon frère, ma femme et mes enfants. On les a vidés. Au moment où je vous parle, mon père est mort, mon petit frère qui vivait dans la cour est décédé aussi. Mes enfants qui sont au nombre de six sont dispersés, et ma femme a pris un autre homme. Ma mère quant à elle, s’est refugiée au village. Moi, je commence à être à bout. C’est pour cela que je lance un appel au Président du Faso. Il est notre président à tous. Il est le Président des gendarmes et des huissiers qui ont connu le dossier et il est le Président de la justice qui tarde à donner le résultat de cette affaire. C’est un SOS que je lance. C’est à lui seul que je peux m’adresser de cette façon pour réintégrer ma maison. Dans la Bible, il est écrit qu’il faut rendre à César ce qui est à César. Dans le Coran, il est dit : yamyelle be ni wendé.
– N’avez-vous pas intenté un procès à votre créancier pour rentrer dans vos droits ?
Si. J’ai pris un avocat pour faire casser cette vente de ma cour qui vraisemblablement est basée sur de faux documents. J’étais dans l’attente de ce jugement, lorsque j’ai reçu une convocation de la part de mon créancier pour escroquerie de près de 5 750 000 F CFA. C’était au commissariat de Ouaga 2000. J’y ai répondu et j’ai montré les papiers en ma possession avec les témoins de l’affaire. Son propre frère est venu témoigner sur le fait que la reconnaissance de dette entre lui et moi était de 2 800 000 F CFA et que j’ai soldé un million de francs CFA avant mes problèmes. Voila où j’en suis, et je ne vois rien à l’horizon.
Par Abdoulaye TAO
Source : Lepays.bf




