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Entrepreneur culturel, Un métier qu’il faut exercer avec des gestionnaires fiables et professionnels

Koudbi KOALA, homme de culture est fondateur de l’association Benenooma. Sa structure est promotrice des célèbres Nuits Atypiques de Koudougou (NAK) du nom de cette province du Centre-ouest du Burkina Faso. Le portail Burkinapmepmi.com a eu un entretien avec le géniteur de ces rencontres culturelles qui sortent de l’ordinaire. Il donne la philosophie de l’association et apporte des précisons relatives à la tenue de la 16ème édition des NAK prévue du 29 novembre au 4 décembre 2011 et placée sous la thématique «culture et développement durable ».

– Burkinapmepmi.com : On vous présente comme un homme de culture. Quel est votre profil ?

Koudbi Koala : Je suis professeur d’anglais de profession. Je suis dans la culture depuis ma tendre enfance. Depuis 1982, j’ai tout abandonné pour me consacrer à la promotion de la culture en créant d’abord la troupe Saaba, ensuite l’association Benebnooma qui aujourd’hui regroupe beaucoup de filières à savoir la culture, la communication, l’éducation et la formation ainsi que le volet social.

– Expliquez-nous un peu le lien entre les Nuits Atypiques de Koudougou et l’association Benebnooma ?

D’une manière imagée, je dirai que l’association benebnooma créée en 1984 est la « «maman » des NAK. L’association a été créée d’abord pour la promotion de l’éducation et de la formation. C’est cela notre cheval de bataille. Il est matérialisé par l’offre d’éducation pour le préscolaire, le primaire, l’enseignement technique et l’apprentissage au métier. Quant aux NAK, elles ont été créées en 1996 dans le cadre de l’association. Mais compte tenu du renom international que revêtent les NAK, on peut avoir l’impression que c’est une activité à part entière sans lien avec l’association. Et j’ai toujours dit que la culture est l’alpha et l’oméga de toute chose. Nous avons commencé par la culture à travers la création de la troupe saaba, et tout ce que nous avons aujourd’hui comme réalisations sont les fruits de la culture. C’est pour signifier que la culture est incontournable.

– Comment passe-t-on du statut de professeur d’anglais à celui de promoteur culturel ?

Je dirai oui mais à condition de connaître et d’aimer ce qu’on fait. J’ai toujours baigné depuis mon enfance dans un environnement culturel. Ma maman était griotte et mon papa était batteur de tam-tam. J’ai toujours aimé la culture et tout s’est précisé quand je suis parti en France pour le troisième cycle. Là, je me suis décidé à promouvoir la musique et la culture en général. Etre professeur, c’est être d’abord un animateur. J’ai aimé l’enseignement. Egalement, j’ai toujours tapé le tam-tam, les percussions en étant professeur ou élève. J’aime bien la culture si bien que je me demande ce que je serai devenu sans cela.

– Et le talent s’est mis au service de votre passion ?

Effectivement, c’est cela. Mais je dois cela à beaucoup de personnes qui m’ont aidé à déceler mes talents d’homme de culture. Quand tu as des talents que tu peux les mettre à la disposition des autres, tu t’épanouis et tu participes à l’épanouissement des autres. Aujourd’hui, en plus des NAK, il y a la troupe Saaba qui regroupe plus de trente personnes jeunes. On part en tournée en Europe chaque année pour six mois. Et cela est très important pour nous parce que c’est notre source propre de financement. Même si on reçoit quelque chose d’ailleurs, nous donnons toujours nos conditions.

– Comment se prépare la 16ème édition des NAK ?

Tout se déroule bien selon le chronogramme établi. Pour nous, c’est comme si les NAK devaient avoir lieu demain. Il y a huit commissions qui sont à pied d’œuvre. Nous sommes prêts pour la 16ème édition.

– On imagine que de nombreuses personnes sont attendues parmi lesquelles des têtes couronnées ?

Près de 300 invités sont attendus .Ils viendront du Burkina-Faso, d’Afrique et d’Europe .Quant aux stars, j’ai toujours dit que tout artiste qui vient aux NAK est une star .Cette année, la star que nous avons sélectionnée est Alain Gires. Pour moi, il est une star, car se produire en live ce n’est pas donné à tout le monde. Notre leitmotiv aussi est de servir de vitrine pour donner de la visibilité aux artistes montants. Et le fait de réunir des artistes connus et moins connus permet une saine émulation qui profite aux artistes qui sont appelés à grandir. Grace aux NAK, je connais 15 groupes qui tournent très bien .Il y en a qui ne déposent même plus leur valise au Burkina Faso. Certains ont complètement émigré. Des artistes, nous en avons fait au Burkina Faso et même dans la sous-région. A cette édition, nous aurons à titre d’exemple d’artiste très connu Billy Billy.

– Cette édition promet d’être extraordinaire ?

Chaque édition est assez spéciale. Cette année l’aspect particulier est le renforcement du professionnalisme et surtout arriver à un auto financement des NAK, car si tu dors sur la natte de quelqu’un tu dors à terre. Bien sûr, un festival de cette envergure ne peut s’auto financer à100% mais il nous faut arriver à le faire à 50% et c’est en cela qu’on pourra pérenniser les NAK.

– On entend dire partout que la culture est un vecteur de développement. Dites-nous l’apport des NAK à la vie de Koudougou ?

Si on devait faire une évaluation au niveau économique, beaucoup de gens vous diront que les NAK leur apportent beaucoup .Il y en a qui font leurs chiffres d’affaire en 5 jours. Chose qu’ils ne feront jamais pendant un an. Je voudrais que ces personnes nous aident à pérenniser l’évènement. L’association a créé les NAK, mais il n’y a pas que les NAK. Il faut qu’on nous aide au risque de pénaliser les autres activités qui sont aussi indispensables pour le Burkina Faso. Depuis 15 ans, les gens reviennent pour l’évènement et lui sont fidèle. C’est dire quand même qu’ils y gagnent.

– A coté des gains, vous partagez également des difficultés ?

Bien-sur. Mais sur le plan organisationnel, on est vraiment aguerri. La difficulté est surtout d’ordre financier. Personne ne veut financer la culture. Mais fort heureusement, même si tout n’est pas rose on peut dire que les gens croient à la culture au Burkina Faso. Et ce n’est pas du folklore. Lorsqu’on considère tous les festivals qui tiennent la route dans ce pays, on peut dire que ça va. Et il y a des acteurs du privé qui se battent vraiment pour la culture. Seulement il n’y a pas de mécénat, les sponsors ne se bousculent pas. Ce sont surtout les structures, les organisations qui travaillent dans la culture qui sont prêtes à nous accompagner. C’est fort de ce constat que nous prônons l’auto- financement .C’est possible à condition que tout le monde s’y mette.

– Expliquez-nous comment vous arrivez à tenir la route malgré ces soucis financiers ?

Avec la culture, il faut être sérieux et professionnel. Le grand péché de nos parents est de se disperser quand une œuvre marche. Alors on commence à investir ailleurs sans s’y connaitre. La culture, c’est un métier à part entière qu’il faut exercer avec des gestionnaires fiables et professionnels. On ne badine pas avec la culture. Personnellement, j’ai eu l’initiative mais aussi la chance d’avoir une équipe motivée et motivante .Il y a 89 personnes qui travaillent ici d’une manière permanente. C’est une grande structure et à Koudougou hormis Faso Fani, nous sommes parmi ceux qui offre le plus d’emplois. Mais toutes ces personnes ont compris quelque chose : le partage. A l’instar d’Emmaüs international avec qui nous collaborons, notre but est d’aider les nécessiteux. Pour nous, c’est un crime que d’être heureux tout seul. C’est en cela que le mot Benebnooma est illustratif. Il faut l’apport de tous pour un monde plus heureux. Et c’est ensemble que nous nous battons quotidiennement pour réussir tous nos programmes. Ce n’est pas facile, mais nous y croyons.

L’ASSOCIATION BENEBNOOMA, a été créée en 1984 pour venir en aide aux populations défavorisées. Elle s’est assignée pour missions de :

  • promouvoir l’individu ou le groupe par l’éducation permanente sous toutes ses formes ;
  • promouvoir tout projet permettant d’améliorer les conditions de vie des populations ;
  • être un cadre d’échanges et de partenariat nord-sud et sud-sud ;
  • promouvoir la culture et le sport ;
  • réaliser des infrastructures et équipements pour les besoins de son milieu ;
  • amener les burkinabè à résoudre eux-mêmes leurs problèmes par l’éducation, l’information et la sensibilisation.

Pour mener à bien ces objectifs, de structures et services et ont été mis en place. Ainsi il a été créé des structures d’enseignement pour préscolaire, le primaire, l’enseignement technique, l’apprentissage aux métiers, la troupe Saaba et les NAK pour la promotion de la culture, une pharmacie populaire ou une radio pour le volet communication.
L’association travaille en synergie avec des partenaires nationaux et internationaux. Convaincus de la pertinence de leur combat pour le développement par la culture et la solidarité, les responsables de l’association nourrissent des ambitions qui sont entre l’exportation de la culture burkinabè en Asie, aux Etats Unis et en Amérique Latine à travers la troupe Saaba.

Manzaba Lucien pour Burkinapmepmi.com

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