lundi, octobre 5, 2026
Google search engine
AccueilActualitéEmplois dans les mines au Burkina Faso : C’est le dialogue qui...

Emplois dans les mines au Burkina Faso : C’est le dialogue qui manque le plus

La ville de Dori, dans le nord du pays, était en ébullition la semaine dernière. Des jeunes en colère contre la plus grande mine du Burkina ont barré la route à ses engins. Le motif de cette poussée de fièvre : des promesses d’emplois non tenues. Il a fallu une intervention des forces de l’ordre pour permettre le trafic vers la mine d’Essakane.

Fort heureusement, le pire a été évité. Une rencontre d’urgence a été initiée par le ministère en charge des mines. Résultat : un cadre de concertation a été mis en place pour maintenir le dialogue entre les partenaires sociaux. Il fallait commencer par là et l’on aurait peut-être évité tout ce ramdam. Depuis quelques années, on constate que l’Etat fait beaucoup d’efforts pour attirer les investisseurs dans le secteur minier. Mais à trop vouloir leur ouvrir grandement les portes, l’on est en train de sacrifier les intérêts des communautés qui accueillent ces sociétés. Des ONG tentent depuis quelques temps déjà d’attirer l’attention des autorités locales et centrales sur la prise en charge de ces questions.

Tant que ces questions, (emploi, protection de l’environnement et développement local) ne seront pas prises correctement en compte par quelque mécanisme que ce soit, le risque est grand de voir l’activité extractive perturbée de temps en temps par ce genre de saute d’humeur vécue à Dori. Déjà que dans l’attribution des permis d’exploiter, il se passe bien des choses. Alors, il ne faudrait pas en rajouter. En matière d’emplois, l’ouverture des mines a suscité beaucoup d’espoirs au sein des populations riveraines ; des espoirs souvent nés de pratiques démagogiques de certains leaders politiques locaux. Eux savaient que les mines, certes, créeraient des emplois mais, qu’il n’y en aurait pas assez pour tout le monde.

En effet, à cause du niveau de technicité des postes à pourvoir, les jeunes riverains étaient d’office éliminés. Mais à qui la faute, quand des emplois qui ne nécessitent pas de qualifications particulières échappent aux jeunes riverains ? Les gros salaires dans les mines sont en train de développer une sorte de mafia ou de clientélisme dans les recrutements, dénoncés tout au long de la semaine dernière. Sans le savoir, certains acteurs miniers ont fait le lit à une certaine hostilité entre la mine et la communauté. Quand le gouvernement annonce 50 000 emplois créés, les communautés qui abritent les mines se mettent à compter combien des leurs y travaillent réellement. Ils ne sont malheureusement pas très nombreux dans les faits. C’est un constat qui est valable sur tous les sites miniers. Le Premier ministre lors du lancement de la production de la mine de Youga avait mis le doigt sur l’impérieuse nécessité de former les cadres burkinabè pour occuper les principaux postes dans les entreprises minières.

En attendant que l’Etat sorte de sa torpeur, les chercheurs d’emplois ont intérêt à se construire un propre approprie. L’administration d’Essakane fait état de 41% de travailleurs locaux. C’est un chiffre flatteur. Mais aujourd’hui, les langues se délient et l’on fait état de faux certificats de résidence acquis par certains prétendants dans les communes riveraines. C’est dire qu’il ne faut pas jeter la pierre aux miniers seulement. Les communautés ont également une part de responsabilité, notamment les communes qui se sont rendues complices en délivrant des actes qui ont permis de spolier leurs propres administrés. La présence des mines ne pose pas seulement la question de l’emploi. Elle pose la question lancinante de la répartition de cette manne qu’encaisse l’Etat chaque année : 46 milliards de F CFA en 2010. Sur le terrain, les populations riveraines ont du mal à en voir les traces. Pourtant, les communes reçoivent des taxes superficiaires. De tout cela, il faut une bonne information des communautés. Il faut leur donner l’information juste. Expliquer les droits et les devoirs de chaque partie, dire ce qui est faisable et ce qui ne l’est pas afin que les entreprises puissent travailler en toute conscience. Celles qui en feront un peu plus en tireront les bénéfices en termes d’image et de cohésion sociale. C’est pour cette raison qu’il faut saluer vivement la mise en place des cadres de concertation. Ils ne doivent point être une occasion de se payer des perdiems mais un véritable outil d’information et de dialogue social. C’est à ce prix que l’on détruira rapidement cette image des mines vivant dans des camps retranchés, au cœur de communautés qui s’appauvrissent parce qu’on leur a retiré des sites d’orpaillage qui faisaient d’elles jadis un Eldorado et leur permettaient de tromper de temps à autre leur pauvreté, au gré des pépites.

Abdoulaye TAO | Lepays.bf

RELATED ARTICLES
- Advertisment -
Google search engine

Most Popular