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Economie : On ne mange pas les taux de croissance !

Les experts s’entendent pour appeler « taux de croissance » un indicateur économique qui s’utilise pour mesurer la croissance de l’économie d’un pays d’une année sur l’autre. Interviennent alors dans l’appréciation de ce taux de croissance, différents paramètres dont les produits intérieurs bruts, les ressources naturelles (l’or, le coton, le cacao, le pétrole par exemple).

Le drame est que les taux de croissance ne semblent pas coller avec la réalité de la vie chère. Dans des pays aussi pauvres que le Burkina Faso, les gymnastiques auxquelles se livrent les exégètes de l’économie et des finances, intéressent peu le profane. C’est qu’il a parfois le sentiment de se faire berner. En effet, le discours officiel met généralement en relief les performances enregistrées par les pouvoirs publics, lesquels se focalisent sur les projections macro-économiques. Celles-ci visent toujours à attirer les investisseurs. « L’argent appelle l’argent », comme le soulignait le regretté poète chanteur congolais de Brazzaville, Pamelo Munka. Il ne croyait pas si bien dire, cet homme qui avait fait les beaux jours des non moins célèbres « Bantous de la capitale ».

Face aux banquiers du monde, il faut toujours savoir montrer patte blanche, étaler la preuve que l’on dispose d’une économie florissante, des textes de lois favorables et des mécanismes performants. Bref, la confiance est de mise, et les affaires sont… rentables ! Dans leur confort douillet, les gouvernants africains se préoccupent avant tout d’échafauder et de présenter un bilan à nul autre pareil. En fait, l’exercice auquel se livre la plupart des dirigeants africains, est surtout destiné à la consommation extérieure. Il faut bien faire la preuve que l’on gouverne bien, que l’on progresse sérieusement ! Les chiffres permettent alors de confirmer que l’on a atteint des performances jamais égalées auparavant. Les difficultés ? Il en existe sûrement. Le plus souvent, on les impute à des phénomènes extérieurs, toujours difficiles à maîtriser. Ainsi, nul n’a la maîtrise de l’inflation et la crise financière est mondiale. Quant aux prix en vigueur sur le marché international, leur contrôle échappe totalement à l’emprise de nos chers dirigeants. Il faut donc faire avec. Le plus curieux, c’est ce que l’on avance lorsqu’arrive le moment de tendre la sébile. Demander et obtenir le soutien d’autres partenaires techniques et financiers, n’est pas non plus facile. A condition de savoir changer de style. On prend les mêmes chiffres, mais on inverse la tendance. Les taux de croissance se muent facilement en indicateurs sociaux ou de santé. On apprend alors que malgré les progrès qu’on réalise, les problèmes persistent, car les ressources font cruellement défaut. Non, elles ne sont ni dilapidées, ni dissipées ! Des catastrophes naturelles ont tout compromis, et les prévisions se sont métamorphosées un soir en un chapelet de problèmes à résoudre. En Afrique, l’économie est virtuelle. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter les ouvrages du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) qui insiste sur la nécessité de considérer l’indice de développement humain. Des spécialistes travaillent chaque jour à masquer les dures réalités, au gré de politiques de développement inadéquates. Les taux de croissance auxquels se réfèrent constamment les acteurs politiques, ne reflètent donc pas la réalité. L’on peut observer par exemple, qu’au-delà des indicateurs macro-économiques, l’Afrique ploie sous le poids d’une énorme dette. Le chômage, surtout celui des jeunes, est à l’état endémique. Les indicateurs sociaux autant que les indicateurs de santé, sont plus qu’au rouge : les taux de mortalité et de morbidité sont insupportables dans les maternités et les hôpitaux. Lorsque l’école existe, elle se tient parfois sous un arbre par manque d’infrastructures. Parmi les enfants chanceux qui la fréquentent, on compte de nombreux cas de malnutrition. La corruption et les détournements de biens sont scandaleux. Qui les intègre dans les indicateurs macro-économiques ? On parle de taux de croissance de plus en plus élevé, pendant que les matières premières sont exportées à l’état brut, vendues le plus souvent à des prix que le marché international nous impose, et qui sont rarement à notre avantage. Les petites et moyennes industries ferment leurs portes du fait de politiques désastreuses. Bref, après plus de cinquante ans d’indépendance, les économies continuent toujours de se livrer à la danse macabre du « surplace ». En ce qui concerne le Burkina Faso, s’il veut vraiment « émerger », il lui faut renoncer à prendre pour boussole exclusive ces sempiternelles référence au taux de croissance. Celui-ci est sans commune mesure avec le vécu du citoyen moyen qui souffre plus que jamais des affres de la vie chère. En ville comme en campagne. Il faut non seulement changer de cadres de références, mais surtout songer davantage à une juste répartition des fruits de cette fameuse croissance à laquelle on fait constamment allusion. Ces chiffres qu’on exhibe et ces exercices de style auxquels on soumet volontiers l’opinion nationale, n’ont pas grande signification pour la plupart des citoyens de ce pays. Cela, en raison même de la persistance de l’état d’indigence dans lequel ils végètent. Dans un contexte où déjà on meurt de faim, comment se satisfaire de taux de croissance même à plusieurs chiffres avant la virgule. Jamais il ne remplit le ventre !

« Le Pays »

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