Le 24 août, Steve Jobs annonçait qu’il démissionnait de son poste de PDG d’Apple. Sa maladie, révélée en 2004, n’était plus un secret pour personne. Peu avant, Maurice, (son prénom a été modifié), cadre supérieur dans un grand groupe, apprend qu’il est « atteint d’une grave maladie », comme on le dit pudiquement. Dire, ou ne pas dire ? Il a tranché par la négative. Ne pas dire pour ne pas risquer de freiner sa carrière.
Faut-il donc être Steve pour dire et garder son job ? Un dirigeant trop précieux et irremplaçable, mais qui doit informer la société, ses actionnaires, sous peine de délit ? A l’instar d’un chef d’Etat, qui se doit d’être transparent quant à sa santé ?
On se souvient aussi d’une photographie de Paul Allen, cofondateur de Microsoft avec Bill Gates, dans un grand magazine américain. Il était atteint de la maladie de Hodgkin. La légende de la photo l’indiquait clairement. Pas de mystère. Respect plutôt. Faut-il être Américain, plutôt que Français, pour que cette attitude soit jugée courageuse, et non dangereuse ou risquée, pour l’entreprise ?
Dire, conseillent les psys. Pour augmenter les chances de guérison. Pour qu’un coup de fatigue ne soit pas interprété comme un coup de paresse. Mais que la présence à son poste soit au contraire valorisée, comme une preuve d’attachement. Ne pas dire, répond l’intéressé, pour ne pas en pâtir professionnellement ; pour se préserver un espace où il n’est pas perçu comme malade, et peut, quelques heures par jour, tenter d’oublier.
« Bruits de couloir »
Plus du tiers des salariés ayant repris leur travail après un cancer, interrogés deux ans après le diagnostic, estiment avoir été pénalisés, selon une étude de la Direction de la recherche des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). Deux tiers ne l’ont donc pas été, diront les optimistes !
« Quand l’arrêt de travail émane de l’Institut Curie, c’est un faux problème de vouloir cacher sa maladie. Les bruits de couloir vont très vite », remarque Solange de Nazelle, assistante sociale, responsable du service social de cette institution spécialisée dans le traitement des cancers. Son conseil : la consulter, elle ou ses semblables.
Car tout dépend de la situation, du secteur d’activité, du caractère compréhensif du supérieur, mais aussi du comportement de l’intéressé avant, quand tout allait bien. Les sérieux, consciencieux, conciliants, ont peu de souci à se faire quant à leur situation professionnelle, affirme-t-elle. Et les collègues ? Ils sont compréhensifs à 94 %, selon la Drees ! A l’entreprise, qui se veut désormais irréprochable au plan social et sociétal, d’en faire autant !
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Le Monde




