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DELESTAGES A OUAGADOUGOU : Fructueuses négociations à Abidjan

Le ministre des Mines, des carrières et de l’énergie, Abdoulaye Abdoulkader Cissé, a conduit du 18 au 21 avril 2010 à Abidjan une délégation burkinabè pour des négociations en vue d’accroître la fourniture d’électricité depuis les bords de la lagune Ebrié. La mission s’est soldée par des compromis combien heureux, la partie ivoirienne s’étant engagée à exporter plus de jus vers la République soeur du Burkina. Le communiqué final des négociations l’indique si bien. Les Ouagalais connaîtront moins les délestages et ce à compter du 22 avril. Les experts des deux pays veillent à l’application des dispositions prises à cet effet.

La crise énergétique que connaît le Burkina devrait prendre fin dans quelques semaines. Les délestages ne seront donc plus qu’un vieux souvenir. Une mission conduite par le ministre des Mines, des carrières et de l’énergie, Abdoulaye Abdoulkader Cissé, s’est rendue du 18 au 21 avril 2010 à Abidjan, aux fins de négocier avec la partie ivoirienne, l’accroissement de la fourniture d’électricité depuis la Côte d’Ivoire. Les choses rentreront dans l’ordre progressivement, comme le stipule le communiqué final des négociations. Sur instruction du Premier ministre, la mission partie du Burkina était d’un enjeu capital. Les Ouagalais attendaient beaucoup des émissaires, avec la canicule qui s’est amplifiée du fait des coupures intempestives d’électricité. A l’aéroport international Félix Houphouët Boigny, un air de solennité planait, à notre arrivée. Le cortège ministériel s’ébranla vers le Plateau où presque tout devait se dérouler. Les huis clos se multipliaient et la presse ivoirienne tout comme les journalistes burkinabè attendaient de savoir les conclusions. Dans la soirée du mardi 20 avril 2010, les hommes de médias ont été conviés à la lecture du communiqué, au 15e étage de l’immeuble abritant le ministère ivoirien des Mines et de l’énergie. Le directeur général de l’énergie de la Côte d’Ivoire, Simon Alexandre Eddy, livre enfin, les conclusions (voir encadré). Des tête-à-tête, on retiendra que malgré les difficultés que connaît ce pays, l’énergie exportée vers le Burkina sera plus importante.

Des solutions pérennes en vue

Face à la situation conjoncturelle qui caractèrise les secteurs énergétiques burkinabè et ivoirien, les deux parties ont pris l’engagement de travailler pour des solutions pérennes. « Cette visite dans le cadre des rapports de coopération et d’amitié entre nos deux pays nous réconforte. Nos populations devront tirer profit des accords signés par nos autorités. Les présidents Laurent Gbagbo et Blaise Compaoré nous ont instruits de travailler à approfondir ces relations de façon pérenne… » a laissé entendre, le ministre ivoirien des Mines et de l’énergie, Augustin K. Komoé. Il a dit toute la volonté de son pays à respecter les contrats signés. Son homologue burkinabè, Abdoulaye Abdoulkader Cissé, a rappelé la tenue à Yamoussoukro, du conseil des ministres conjoint des gouvernements des deux pays, le signe de solides liens d’amitié : « Nous nous sommes engagés à fortifier cette coopération. Le plus important, ce ne sont pas des solutions ponctuelles et nous devons nous investir pour oublier cette triste période caractérisée par la crise énergétique… » a-t-il relevé, face à des hôtes ivoiriens très attentifs. Le Premier ministre ivoirien, Guillaume Soro, a reçu en audience la délégation burkinabè et a pris connaissance des conclusions.

La Côte d’Ivoire renforce ses installations

La matinée du mardi 20 avril a été consacrée à une visite d’importantes structures électriques. Les membres de la délégation burkinabè au nombre desquels, le directeur général de la SONABEL, Salif Kaboré, le Directeur général de l’énergie, Emmanuel Nonyarma, se sont rendus à Vridi où la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE) dispose d’un important parc assurant une exploitation thermique estimée à 100 Mw. La Direction de la production de l’énergie (DPE) qui a reçu les hôtes burkinabè fournit 30 à 40 % des besoins en électricité de la Côte d’Ivoire. C’est en 1984, année où la coupe des Nations s’est jouée dans ce pays, que les autorités ont procédé à l’installation de grosses machines de divers types et calibres afin de faire face à la forte demande en électricité. Depuis lors, les installations assurent une bonne partie des besoins de la Côte d’Ivoire mais, avec la panne survenue sur la centrale d’Azito, cette année, les choses se sont compliquées. Le directeur général adjoint de la DPE, Siaka Bakayoko, a expliqué les travaux de renforcement des équipements ayant cours depuis peu. La délégation burkinabè a pu constater ces travaux dont la fin ne fera qu’accroître davantage la production ivoirienne. Du côté de la Compagnie ivoirienne de production d’électricité (CIPREL), on attend également la fin de la révision du groupe de 113 Mw, dans deux mois. Cette puissance viendra s’ajouter à celles des trois groupes de 33 Mw chacun ; un nouveau groupe de 113 Mw lui aussi sera installé. Toutes choses qui porteront de ce côté bientôt la production à plus de 300 Mw. Le directeur général adjoint de la CIPREL, Gilles Doniol, pense que les choses rentreront dans l’ordre bientôt. Le Burkina attend impatiemment. L’assurance a été donnée à la délégation burkinabè quant au respect des délais.

Le communiqué final des négociations

Une délégation de la République sœur du Burkina conduite par Monsieur Abdoulaye Abdoulkader Cissé, Ministre des Mines, des Carrières et de l’Energie du Faso, a séjourné en Côte d’Ivoire du 18 au 21 avril 2010. Cette mission a permis aux deux pays d’analyser les difficultés rencontrées dans la gestion des systèmes électriques de la sous-région en général et en particulier, celle des réseaux interconnectés de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso. Les Ministres en charge de l’énergie des deux pays, après avoir apprécié les contraintes qui pèsent sur leurs systèmes électriques respectifs, se sont accordés à renforcer leur coopération. Ils ont envisagé les solutions appropriées à la situation de crise qui risque de porter atteinte aux plans de développement de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso. Ces solutions ont été portées à la connaissance du Premier Ministre lors de l’audience qu’il a accordée à la délégation burkinabè. Ainsi malgré la situation difficile que traverse la Côte d’Ivoire, le Gouvernement ivoirien, consent à apporter son concours au pays frère du Burkina Faso, au regard de la longue coopération exemplaire existant entre les deux pays et des dispositions contractuelles existant entre le secteur électrique ivoirien et la Société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL).

Par conséquent il a été décidé ce qui suit :
– à partir du 22 avril 2010, la Côte d’Ivoire exportera vers le Burkina Faso 20 MW en période Hors Pointe et 15 MW en période de Pointe avec la remise en exploitation de la TAG2 de Vridi 1.
– dans la première semaine du mois de mai 2010, le niveau des échanges sera de 30 MW en période Hors Pointe et 25 MW en période de Pointe avec l’installation et la mise en services des premiers groupes d’AGGREKO.
– du 22 Mai au 30 Juin 2010, le niveau des échanges sera de 50 MW en période Hors Pointe et 50 MW en période de Pointe avec l’arrivée sur le réseau de la TAG 4 de Vridi 1, la mise en service des derniers groupes d’AGGREKO et le retour en exploitation la TAG 8 de CIPREL.
– à partir du 1er juillet 2010, les exportations reprendront leur cours normal.

Les experts des deux pays vont prendre toutes les dispositions utiles pour le bon fonctionnement des réseaux.

Fait à Abidjan le 21 avril 2010


* Bref aperçu de la coopération Burkina/Côte d’Ivoire et de la situation énergétique nationale.

Depuis le 21 avril 2001, les systèmes électriques de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso sont interconnectés à travers une ligne de transport d’énergie électrique de 225 KV reliant les villes de Ferkéssédougou en Côte d’Ivoire et Bobo Dioulasso au Burkina Faso. Ainsi, depuis avril 2001, cette ligne, considérée comme la première tranche de l’interconnexion entre les deux pays, permet au Burkina Faso d’importer ses besoins en énergie électrique à partir de la Côte d’Ivoire pour l’alimentation du Centre régional de Consommation de Bobo Dioulasso (CRCB). Anticipant sur l’éventualité de poursuivre la ligne jusqu’à Ouagadougou, elle a été volontairement dimensionnée pour transiter une grande capacité d’énergie (au moins 300 MW). A travers le contrat de fourniture d’énergie électrique signé entre le Secteur électrique ivoirien et la Société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL), la partie ivoirienne s’était engagée à garantir au Burkina Faso une puissance minimale de 50 MW pendant toute la durée du contrat, puissance pouvant aller jusqu’à 121 MW ; ce qui avait conforté les bailleurs de fonds et l’Etat burkinabè à s’engager dans le financement et la réalisation de cet important investissement. Malheureusement, la mise en service de cette ligne, qui devait permettre au Burkina Faso d’importer une grande partie de ses besoins en énergie électrique, coincide avec un déficit de production en Côte d’Ivoire qui résulte d’une incapacité du secteur électrique ivoirien à satisfaire les besoins du Burkina Faso conformément aux dispositions contractuelles. Or, cette interconnexion a été réalisée sur la base des assurances qui ont toujours été données quant à la disponibilité et à la capacité d’exportation de l’énergie électrique de la Côte d’Ivoire vers le Burkina Faso. Il en résulte un déséquilibre important entre l’offre et la demande, entraînant des délestages importants dans le système électrique du Burkina Faso. Pour le premier trimestre 2010, la puissance moyenne fournie par la Côte d’Ivoire au Burkina Faso est de 13 MW pour le mois de janvier, 12 MW pour le mois février et 19 MW pour le mois de mars. Pour la période allant du 01 au 16 avril 2010, la puissance moyenne fournie est de l’ordre de 10 MW. Quant à l’énergie importée, elle est de 9 749 MWh pour le mois de janvier, 7887 MWh pour le mois de février, 14 278 MWh pour le mois de mars. L’énergie non distribuée du fait du faible niveau d’importation est évaluée à 404 MWh pour le mois de janvier, 1 595 MWh pour le mois de février et 2 961 MWh pour le mois de mars. Il en résulte, pour le premier trimestre 2010, un manque à gagner financier pour la SONABEL de 667 millions de F CFA et économique pour le pays de 3,335 milliards de F CFA. Les besoins d’importation du Burkina Faso pour l’année 2010 sont 570 GWh soit une moyenne de 71,25 MW sous 8 000 h de fonctionnement. C’est ce chiffre qui a servi de base pour l’élaboration du budget 2010 et les projections financières de la SONABEL . A défaut d’obtenir la fourniture de cette quantité d’énergie, il conviendrait d’exiger le respect des dispositions contractuelles qui est la fourniture d’une puissance minimale de 50 MW, soit 400 GWh sous 8 000 h de fonctionnement.

L’amitié par l’énergie

Augustin K. Komoé, ministre Ivoirien des Mines et de l’énergie : « La coopération qui lie nos deux pays doit chaque jour se concrétiser par des actes. Elle ne doit pas être un vain mot. Nos chefs d’Etat ont signé des accords très importants. Liés par l’histoire et la sociologie, le Burkina et la Côte d’Ivoire ont interconnecté leurs réseaux électriques. Du fait des perturbations, la Côte d’Ivoire n’ a pu honorer ses engagements, et fait aujourd’hui un effort supplémentaire pour permettre au Burkina de résoudre ses difficultés actuelles qui sont conjoncturelles. Nous avons pris l’engagement de travailler sur le long terme. Un groupe important de notre réseau est tombé en panne et dans le domaine de l’énergie, les délais sont difficiles à tenir, vu que des pièces de rechange doivent arriver de très loin pour les réparations. Nous prenons l’engagement de respecter les délais. Nous compatissons à la situation difficile que vivent nos deux populations en cette période exceptionnelle. »

Abdoulaye Abdoulkader Cissé, ministre burkinabè des Mines, des carrières et de l’énergie : « Cette visite nous rassure à plus d’un titre quant à la capacité de la Côte d’Ivoire à produire suffisamment d’électricité pour satisfaire ses besoins et ceux du Burkina. Ici à Vridi, nous avons vu des installations qui nous rassurent énormément. Le communiqué final est le fruit d’échanges fructueux. Connaissant la situation que vit la Côte d’Ivoire, ce pays frère et ami, nous saluons les efforts fournis pour satisfaire notre demande. L’essentiel reste donc la mise en oeuvre des accords afin d’accroître l’approvisionnement du Burkina en électricité. Nous saluons la sollicitude des autorités ivoiriennes malgré les difficultés que connaît leur pays à l’instar du nôtre. C’est une preuve de la bonne coopération entre les deux pays. »

Philippe BAMA (Envoyé spécial)

Source : lepays.bf

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