Les délestages de fin janvier, début février augurent des lendemains qui déchantent pour les clients de la nationale de l’électricité. Le directeur général sortant est devenu ministre, et l’interrogation, c’est à qui va échoir le dossier chaud de la SONABEL ? En attendant, il faut trouver de l’énergie pour les Burkinabè.
Qu’est ce qui a pu bien motiver certains choix opérés par Tertius Zongo dans son nouveau gouvernement ? Il faut peut-être comprendre qu’avec lui, il suffit de se repentir pour être absout ! Il a dû entendre bien de confessions ce monsieur aux allures de pasteurs. Et de quoi a pu bien se confesser Salif Kaboré pour passer de la SONABEL au ministère de l’Energie, des mines et des carrières ? Il est certain que Saint-Nazaire y figurait. Saint-Nazaire ou coup de publicité ? En pleine période noire pour les habitants de Ouagadougou, en 2009, la presse nationale nous sert les images d’une sortie du directeur général de la SONABEL de l’époque, Salif Kaboré sur un chantier de construction de moteur diésel à Saint-Nazaire, en France. Il avait à ses côtés, entre autres personnalités, Mohamed P. Sogli, PDG de SOPAM S.A, dont l’entreprise va assurer la construction et l’installation du moteur, Alphonse Kadjo, Directeur général de la BIB (aujourd’hui UBA), Gnoumato B. Ouattara, Chef de projet de la centrale de Komsilga Arona Diarra, Chef du Département Communication et Relations publiques de la Nationale de l’électricité et des représentants de la société de transit chargée d’acheminer le matériel jusqu’au Burkina. Ils sont en compagnie des responsables de l’usine MAN Diesel SAS. C’est l’entreprise qui a fourni le groupe. La nouvelle centrale thermique diesel de 18 mégawatt a coûté 18 milliards de FCFA et est installée à Komsilga. Elle devait augmenter la capacité de production d’énergie pour pallier le déficit de puissance du Centre régional de consommation de Ouagadougou et sécuriser l’approvisionnement en énergie électrique. Cela a bien fait flop. Ensuite, le public de Ouagadougou a eu droit à un rabattement d’oreilles avec le projet d’interconnexion avec la Côte d’Ivoire. Comme à pareil moment, l’occasion était belle pour le directeur général de régler ses comptes avec ceux qu’il prenait pour ses contempteurs. La réalité, c’est qu’aujourd’hui, les choses sont en l’état. Le directeur général a été promu ministre, mais la situation des délestages est restée en l’état. Des délestages ont même eu lieu quelques jours après sa nomination comme pour rappeler qu’il part en laissant les problèmes entiers. Certainement qu’au terme de sa confession, « saint » Tertius a estimé qu’en le nommant ministre, il serait à même de mieux résoudre les problèmes d’énergie. Cette logique, peut être bien curieuse. L’homme a toutefois des qualités certaines en matière de communication. A voir comment il a souvent réussi à calmer la clientèle, comme par cette magie de Saint-Nazaire, il y a des raisons de penser qu’il peut faire l’affaire de Tertius, lui-même beau parleur, mais pas forcément du peuple. Si l’on ne prend garde, on aura affaire à un gouvernement qui s’emploiera plus à parler qu’à travailler. Les problèmes du peuple se trouveront résolus le plus souvent par la parole que de manière concrète. Essakane est aujourd’hui la plus grande mine du Burkina. Certains parlent d’une mine de classe mondiale. Les travaux de construction de cette mine ont été lancés en mars 2009 par le Premier ministre Tertius Zongo. En phase de production, Essakane vaut 315 000 onces par an, 30 milliards de FCFA par an pour le budget de l’Etat.
« Saint » Salif trône désormais sur l’empire minier
A l’image d’Essakane, l’activité minière est en pleine expansion au Burkina. L’or est à ciel ouvert au Burkina. Selon des sources bien introduites, l’Etat en est venu parfois à sommer ses partenaires du BUMIGEB à fouiller le sous-sol pour trouver du pétrole. En clair, il n’est pas exclu que le Burkina devienne la plaque tournante de l’activité minière dans la sous-région. Kader Cissé y a fait son temps. C’est maintenant le tour de Salif Kaboré, « l’homme de la SONABEL et de ses délestages ». Il arrive à la tête des mines au moment où l’Etat et ses partenaires de la société civile s’accrochent sur la question de la transparence dans les industries extractives. Le Burkina lutte pour avoir le label de transparence que l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) octroie aux pays miniers suivant un long processus qui atteste de l’implication de tous les acteurs. Les sociétés minières, l’Etat, les populations des zones d’exploitation, la société civile, tous doivent y prendre part. L’objectif de l’ITIE est de favoriser un climat attractif pour les investissements dans le secteur minier, un meilleur recouvrement des revenus et des impôts générés par les activités extractives dans le secteur minier et une meilleure redevabilité (rendre compte) des pouvoirs publics vis-à-vis des populations. Le Burkina s’est engagé dans le processus depuis 2008. Il a obtenu le statut de pays candidat en mai 2009. Le dossier du Burkina doit être examiné en mai 2011. Mais il est devenu presque évident que ce délai ne sera pas tenu. Encore une marque de fabrique du Burkina. Pas pressé d’aller à la transparence. Problème : notre gouvernement veut les investisseurs, mais il n’est pas trop intéressé par la transparence. Depuis lors, il ne fait que remanier son code des investisseurs, pour attirer de nombreux investisseurs. Il est aidé en cela par les américains. Il est prêt à brader la terre, comme Ben Ali et son clan l’avait réussi en Tunisie. Les mêmes personnes se retrouvent propriétaires de toutes les terres et constituent des portes d’entrées pour les investisseurs. Dans le cadre de l’ITIE, la société civile doit participer activement à la conception, au suivi et à l’évaluation de ce processus. Elle participe à un comité de pilotage avec l’Etat. Elle doit prendre part à l’élaboration des termes de références pour le recrutement de l’évaluateur. Seulement, l’Etat n’est pas très motivé pour prendre en compte les observations de la société civile. Donc, il veut une transparence à vision étatique. Ce qui ne marche pas. Ce que l’Etat veut, c’est pouvoir prendre soin des intérêts de quelques individus. Et « saint » Salif est justement là pour ça ; assurer la continuité de ce que Kader Cissé faisait déjà « si bien ». Comment concilier l’exigence de transparence dans le secteur minier et la garantie des intérêts d’un clan ? Il faut pour cela torpiller les autres acteurs qui interviennent dans le processus. C’est sans doute la mission sécrète de « saint » Salif. Il appartient alors à la société civile de ne pas se laisser faire.
Aziz Vincent LEGMA
L’indépendant




