lundi, octobre 5, 2026
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David Sifah : «Les gens achètent avant tout une réputation»

Après un diplôme d’ingénieur civil à l’Université de Kumasi, au Ghana, David Sifah est entré au service de la Standard Chartered Bank, où il a passé une année avant de rejoindre Barclays Bank, à Accra, il y a deux ans. En parallèle, il poursuit des études de MBA par correspondance auprès de la Paris Graduate School. Il est l’un des lauréats de la 2e édition du Prix Robin Cosgrove pour l’éthique en finance, avec une mention spéciale pour sa contribution intitulée « Ethics : an Essential Prerequisite in the Financial System ». Celle-ci a été publiée dans Finance & Bien commun/the Common Good, la revue bilingue de l’Observatoire de la finance, une fondation basée à Genève et placée sous la direction du professeur Paul Dembinski. Lancé en 2006, le Prix Robin Cosgrove s’adresse à des jeunes professionnels de la finance venus du monde entier. Pour sa 2e édition, le prix s’est doté d’un chapitre ibéro-américain qui reçoit des contributions en espagnol et en portugais, venant s’ajouter au français et à l’anglais, les deux langues du jury international. Telle qu’elle ressort de l’entretien avec David Sifah, la problématique éthique dans les banques de détail africaines ne diffère pas, pour l’essentiel, de la réalité qui s’observe en Europe. Peut-être faut-il tout de même garder à l’esprit qu’une grande partie de la population du Ghana est non bancarisée.

« Parfois, l’employé doit vendre un produit financier ou faire souscrire un emprunt à un client à des conditions dont il sait pertinemment qu’elles ne sont pas favorables au client. »

Les Afriques : Que signifie pour vous le fait d’être lauréat du Prix Robin Cosgrove pour l’éthique en finance ?

David Sifah : Cela me donne un regain de confiance en moi et me procure une certaine notoriété. Le prix m’a aussi permis d’élaborer ma réflexion sur l’éthique, un thème qui est souvent un sujet de conversation et de préoccupation pour moi.


LA : Quels sont les problèmes concrets qui peuvent se poser dans votre activité professionnelle et comporter une dimension éthique ?

DS : Il y a beaucoup de pression à la vente dans l’ensemble des banques présentes au Ghana, et Barclays n’échappe pas à la règle. Parfois, l’employé doit vendre un produit financier ou faire souscrire un emprunt à un client à des conditions, par exemple de taux d’intérêt, dont il sait pertinemment qu’elles ne sont pas favorables au client. Dans certaines banques la pression est telle qu’elle fait passer la préoccupation éthique, au mieux, en seconde position.


LA : Mais la préoccupation éthique n’est-elle pas un luxe, peut-être superflu, dans le cadre de l’activité bancaire ?

DS : Au contraire, la préoccupation éthique est d’autant plus fondamentale que les banques vendent un peu toutes les mêmes produits. Ce qui change, c’est précisément le vendeur et, dans une telle perspective, mériter la confiance de la clientèle fait toute la différence. Je me souviens de ce gérant qui nous tenait à peu près ce langage : « Si vous manquez une transaction et si vous perdez de l’argent, j’en serai fâché. Mais si vous compromettez la réputation de la banque, j’en serai furieux et le licenciement sera immédiat, car une réputation, qui met des années à se faire, peut se défaire en quelques instants. » La plupart des sociétés vendent à peu près la même chose et ce que les gens achètent est avant tout une réputation qui a mis longtemps à s’imposer.

LA : Peut-on identifier risque éthique et risque de réputation ?

DS : Oui, je le pense, même si la meilleure ligne de conduite consiste à agir de manière éthique en toute circonstance. Ce n’est que de cette façon que la question de savoir si telle ou telle action compromet la réputation de la banque ne se pose même plus de façon concrète.


LA : Vous êtes un pentecôtiste pratiquant. Y a-t-il un lien entre vos convictions religieuses et vos activités au sein de la banque ?

DS : Les croyances religieuses font partie intégrante de la personne. Si je devais être dans un environnement qui ne me permettait pas d’exprimer cette partie de ma personnalité, je préférerais changer d’emploi, pour conserver ma tranquillité d’esprit. C’est cela l’essentiel.

Source : Les Afriques.com,
Propos recueillis par Mohammad Farrokh, Genève

La contribution de David Sifah est disponible à cette adresse : http://www.lesafriques.com/docs/robin_cosgrove_prize.pdf

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