Avec la décision prise par la BCEAO (Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) de fermer toutes ses agences en Côte d’Ivoire, on imaginait bien les problèmes que cela entraînerait au niveau de la finance et de l’économie ivoirienne.
Une mesure qui a eu pour conséquence d’obliger les banques à recourir à la compensation manuelle interbancaire ; un système obsolète, peu fiable et nécessitant beaucoup de temps. De plus, se posait un problème de ravitaillement des banques et le blocage de leurs opérations avec le reste du monde.
L’autarcie ne pouvait qu’être que de courte durée. Face aux difficultés qu’elles rencontrent dans leur quotidien, les banques et autres établissements financiers ont de véritables problèmes à répondre à leurs missions, surtout qu’ils sont pris entre deux feux : le clan Gbagbo, qui les invite à poursuivre leur job, et le camp Ouattara, qui leur intime le contraire.
C’est dans ce contexte que deux banques, et pas des moindres, la BICICI et la Citybank, ont décidé de suspendre temporairement leurs activités en Côte d’Ivoire. Dans la foulée, la BRVM (Bourse régionale des valeurs mobilières) d’Abidjan a aussi annoncé la suspension, jusqu’à nouvel ordre, de ses opérations boursières.
Bourse régionale ? Le terme est un peu trop fort, car dans les faits, il s’agit d’une bourse ivoirienne : en effet, la plupart des sociétés cotées sont ivoiriennes, la portion congrue revenant à sept autres pays de l’espace UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine). Un autre coup dur porté contre Laurent Gbagbo, qui n’avait pas encore fini de s’arracher les cheveux face aux problèmes du paysage bancaire et à l’embargo décrété par Alassane Ouattara sur l’exportation du café et du cacao.
C’est dire que ça commence à vraiment cailler du côté de la lagune Ebrié ; car les différentes mesures de rétorsion qui visent à assécher les finances de Laurent Gbagbo commencent à produire leurs effets, avec la pénurie prévisible de liquidité pour financer l’économie et assurer les charges de souveraineté de l’Etat.
Du coup, cette stratégie du boa, à savoir l’asphyxie financière, qui a été une des options choisie dès le départ de la crise pour contraindre Laurent Gbagbo, est en train de se révéler payante. Seulement elle est lente. Le boa, on le sait, procède par étouffement. Cette mise à mort de sa proie met du temps à se concrétiser. Et une fois la proie étouffée, il faut l’avaler et la digérer. Cette autre phase est encore plus lente.
La question que l’on se pose aujourd’hui est de savoir si cette stratégie va vraiment payer et surtout dans quel délai. C’est là tout le problème. L’option militaire qu’on brandissait comme un épouvantail contre Gbagbo semble de moins en moins d’actualité. Elle avait été mise sur la table parce que, pour beaucoup, la solution militaire était la voie la plus rapide pour régler le problème.
On se disait qu’avec les soldats, en deux temps trois mouvements, on saute le bouchon Gbagbo et la vie reprend son cours normal. Mais il y a là un grand risque humain à courir ; ce qui fait finalement que cette option semble remisée, pour l’instant, au placard, car les uns et les autres ont vite fait de ranger dans leurs paquetages le fameux plan de bataille qu’ils avaient élaboré.
Alors est-ce que l’asphyxie financière fera partir Gbagbo ? On ne le sait trop. Parce que l’enfant terrible de Mama peut choisir le chaos. Il peut en effet décider de rester malgré la difficile situation, surtout s’il n’en a cure de la souffrance du peuple.
C’est connu, les effets collatéraux d’un embargo ne touche pas de plein fouet les dirigeants. C’est surtout le peuple, le petit peuple, qui trinque. Certes, on ne peut pas faire des omelettes sans casser des œufs. Mais c’est la population qui paie le plus lourd tribut. Déjà, les effets socio-économiques sont là : la pénurie des produits de première nécessité (pour l’alimentation et la santé) et l’inflation qui l’accompagne. Pris en tenaille par Alassane Ouattara et les institutions internationales, à l’instar d’une proie autour de laquelle le boa resserre son étreinte, Laurent Gbagbo pourra tenir encore combien de temps ?
San Evariste Barro
Lobservateur




